Allégations de viol par des migrants : une pure invention

L’adolescente russe vivant à Berlin prétendument victime d’un viol perpétré par des hommes "d'apparence méridionale" a avoué avoir inventé l’histoire de toutes pièces. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait reproché aux autorités allemandes de vouloir étouffer l’affaire. Jusqu’où peut aller la propagande russe ?

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Handelsblatt (DE) / 01 février 2016

Par sa propagande, la Russie veut affaiblir l'UE

Le prétendu viol avait provoqué des protestations de milliers de personnes d'origine russe en Allemagne. Cette affaire montre, selon le quotidien économique libéral Handelsblatt, la manière dont la propagande russe tente de déstabiliser l'Europe :

«Premièrement, les principaux titres des chaînes de l'Etat russes traitent presque uniquement de sujets étrangers afin de détourner le regard de la crise économique pratiquement sans issue dans le pays même. Deuxièmement, le Kremlin veut montrer au peuple la dangerosité que représenterait l'arrivée de réfugiés en Russie. ... Troisièmement, l'affaire n'est pas seulement un exemple type de la propagande russe, mais indique également que Moscou soutient activement l'extrême-droite en Europe. Que ce soit sous forme d'aide de propagande pour le [parti d'extrême droite allemand] NPD comme dans l'affaire de Berlin, de crédits en faveur du parti français d'extrême-droite, le Front National, ou de soutien politique apporté aux partis favorables à Moscou en Hongrie, Bulgarie ou ailleurs. Le Kremlin cherche lui aussi un 'changement de régime'.»

Die Welt (DE) / 27 janvier 2016

Berlin doit convoquer l'ambassadeur russe

Le présumé viol d’une adolescente d’origine russe à Berlin a suscité un grand émoi dans la blogosphère russe. Bien que la police allemande affirme qu’il n’y a pas eu de viol, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a mis en doute ce démenti mardi. Il appartient à l’Allemagne, et à elle seule, de faire la lumière sur cette affaire, rappelle le quotidien conservateur Die Welt :

«L’impudence avec laquelle Lavrov évoque 'notre Lisa', la présumée victime, est bien pernicieuse. Il semblerait que Moscou s’ingénie à prendre sous sa protection des personnes d’origine russe domiciliées en Allemagne, comme elle l’avait fait précédemment en Ukraine avec les ressortissants russophones. … [Le gouvernement allemand] doit convoquer l’ambassadeur russe pour lui faire comprendre que l’Allemagne ne tolèrera pas que la Russie diffame et sabote son ordre démocratique libéral, ni qu'elle intimide les citoyens allemands critiques envers le Kremlin. Et il est grand temps de révéler l’ampleur de l’infiltration par les agents secrets russes de la République allemande, et les réseaux que ceux-ci tissent avec les extrémistes de notre pays.»

Frankfurter Allgemeine Zeitung (DE) / 27 janvier 2016

Extension du domaine de la lutte

Selon le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung, la propagande du Kremlin instrumentalise les allégations de viol :

«Poutine cherche à exploiter l’affaire à fond, car tout ce qui affaiblit l’UE profite au Kremlin. Il est plus facile de mettre sous pression un Etat pris individuellement. A cette fin, il mise sur les forces nationalistes, du Front National à l’AfD. La tactique des médias de Poutine, qui consiste à attiser la méfiance à l'égard des élites occidentales, ne date pas d’hier. Ces dernières semaines, la propagande du Kremlin - de concert avec le NPD [parti néonazi allemand] - a récupéré le cas du présumé viol d'une adolescente russe par des migrants à Berlin pour échauffer les esprits au sein de la population russophone en Allemagne. Cette extension du domaine de la lutte a culminé avec les manifestations du week-end dernier, à Berlin et ailleurs, ainsi que les sombres allégations du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.»

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