(© picture-alliance/dpa)

  Tentative de coup d'Etat en Turquie

  10 Débats

En Turquie, le procès contre 486 putschistes présumés a commencé il y a une semaine. On leur reproche d’avoir orchestré la tentative de coup d'Etat en été 2016 sur ordre de l’imam Fethullah Gülen. De nombreuses peines à perpétuité sont requises, et des badauds devant le palais de justice scandent des slogans en faveur de la peine de mort. Les attentes par rapport à ce procès divergent en fonction des éditorialistes.

En Turquie, de nombreuses cérémonies ont commémoré la résistance au coup d'Etat du 15 juillet 2016. Des dizaines de milliers de personnes ont assisté à un discours du président Erdoğan, qui s'est à nouveau déclaré favorable à la restauration de la peine de mort. Quel regard les commentateurs européens portent-ils sur les évènements survenus dans le pays depuis l'été dernier ?

Le président turc Tayyip Erdoğan veut soumettre le rétablissement de la peine de mort au vote du Parlement. Il a déclaré samedi qu'il était convaincu que les députés l'approuveraient et a annoncé sa volonté de ratifier la loi en ce sens. Si la majorité des commentateurs critiquent vivement le projet, d'autres font valoir qu'il s'agit d'une mesure inévitable.

La police turque a violenté et torturé des détenus après la tentative de coup d'Etat du 15 juillet. C'est ce qu'affirme l'organisation Human Rights Watch dans un rapport publié mardi. L'état d'urgence instauré par le gouvernement est toujours en vigueur aujourd'hui. Les commentateurs font état d'un climat de peur en Turquie et déplorent que l'UE ne fasse pas davantage pression sur Ankara.

Une manifestation contre la tentative avortée de coup d'Etat a mobilisé environ trois millions de personnes, dimanche à Istanbul, selon les médias turcs. Avant l'intervention du président Erdoğan, les leaders des partis d'opposition kémaliste et nationaliste ont pris la parole. Seul le parti pro-kurde HDP n'avait pas été invité. Les éditorialistes sont nombreux à ne pas se fier à l'unité clamée avec ostentation, certains allant jusqu'à craindre que la Turquie ne sombre dans la guerre civile.

Suite à la réaction d'Erdoğan à la tentative de putsch, le chancelier autrichien Christian Kern a demandé le gel de la procédure d'adhésion de la Turquie à l'UE. Ceci aurait l'effet inverse à l'effet recherché, mettent en garde certains commentateurs. D'autres regrettent que l'UE n'envisage pas de prendre des sanctions conséquentes contre Ankara.

Un document confidentiel du gouvernement allemand tombé dans les mains des médias qualifie la Turquie de "plateforme pour les groupes islamistes". Selon ce document, Ankara soutiendrait depuis des années les Frères musulmans, le Hamas et les forces anti-Assad en Syrie. Berlin devrait toutefois se garder de chercher la confrontation, soulignent les médias, qui reprochent à la critique lancée contre Ankara son côté hypocrite.

Le président turc Erdoğan a imputé la responsabilité de la tentative de coup d'Etat à son ancien allié Fethullah Gülen, un prédicateur musulman aujourd'hui exilé aux Etats-Unis. Celui-ci réfute cependant toute implication. Si certains commentateurs incriminent aussi Erdoğan, d'autres assurent que Gülen et les Etats-Unis sont les seuls responsables du putsch.

Après l'arrestation et la mise à pied de plusieurs milliers de putschistes présumés, notamment dans l'armée et l'éducation, le gouvernement turc sévit désormais contre les médias et les journalistes. De l'avis des commentateurs, le mouvement Gülen constitue l'ennemi parfait pour Erdoğan et le moyen idéal de conforter son pouvoir.

Selon les médias, le président turc Recep Tayyip Erdoğan doit rencontrer son homologue russe Vladimir Poutine début août à Moscou. Lors de la tentative de coup d'Etat en Turquie, le président russe avait été le premier chef d'Etat à témoigner son soutien au régime. La Turquie s'éloigne de plus en plus de l'Europe, constatent les commentateurs, qui redoutent la naissance d'un axe Moscou-Ankara.