May annonce des élections anticipées

A la surprise générale, la cheffe du gouvernement britannique Theresa May a annoncé la tenue d'élections anticipées le 8 juin. Elle affirme vouloir se doter d'une majorité solide pour mener à bien les négociations sur le Brexit. Les sondages donnent à son Parti conservateur une large avance sur les autres partis. La stratégie de May sera-t-elle payante ?

Ouvrir/fermer tous les articles
De Standaard (BE) / 21 avril 2017

L'aventurisme autocratique du Royaume-Uni

La stratégie de Theresa May est profondément antidémocratique, critique De Standaard :

«May provoque un séisme politique dans le but affiché de s’assurer une large majorité parlementaire. … Le Parlement deviendrait ainsi une machine à applaudir la Première ministre et le cimetière d’une opposition décimée. … La démocratie moribonde d’Europe occidentale dérive-t-elle inéluctablement vers l’autocratisme ? Ne faudrait-il pas lui faire d’urgence des injections de dynamisme et d’efficacité ? … Du point de vue du nécessaire renouvellement politique, l’équilibre des forces et le contrôle du pouvoir doivent toujours avoir la priorité.»

Efimerida ton Syntakton (GR) / 20 avril 2017

L'occasion ratée du Labour

Dans Efimerida ton Syntakton, le politologue Vasilis-Konstantinos Fouskas explique pourquoi le Labour se trouve loin derrière les Tories dans les derniers sondages :

«A l’occasion du référendum sur le Brexit, les travaillistes ont raté une occasion unique de prendre clairement position contre l’autoritarisme allemand de l'UE, et de proposer une sortie de crise concrète et socialiste. … Ils auraient pu, en procédant ainsi, mobiliser de nombreux électeurs. … Avec le SNP écossais et le Sinn Féin nord-irlandais, ils auraient pu créer une plate-forme unie promouvant un patriotisme de gauche. … En 2016, Corbyn aurait pu proposer à la gauche européenne et mondiale un nouveau départ, comme l’avait fait Thatcher en 1979 pour la droite européenne et mondiale.»

Le Soir (BE) / 20 avril 2017

Gare à la vengeance du 'bétail électoral' !

May doit se garder de croire que la victoire de son camp est assurée aux élections anticipées, prévient Le Soir, soulignant l'imprévisibilité des électeurs :

«Theresa May sollicite l’appui qu’elle pense fort de nombre de citoyens, consolidant son Brexit dur au sein de son propre parti et du Parlement avec lequel elle va traverser les négociations avec l’UE. Mais le recours aux élections, comme tactique de bétonnage du pouvoir ou d’une majorité a déjà joué plus d’un tour à un Premier ministre européen. ... Pauvres populations, pauvres citoyens, jouets de ces démocrates qui manipulent l’électeur aux profits de leurs tactiques de pouvoir. Comment s’étonner alors que ce 'bétail électoral', parfois, se venge ?»

The Independent (GB) / 19 avril 2017

Ne pas minimiser les chances du Labour

Les élections ne sont pas encore perdues pour le Labour, assure The Independent :

«Il serait naïf de faire fi des réalités et de croire que le Parti travailliste pourrait remporter une victoire certaine. Mais dans un contexte politique volatile, le parti a peut-être une chance. Il suffit de regarder l’essor fulgurant de Jean-Luc Mélenchon de l’autre côté de la Manche pour voir que face au populisme de droite, la gauche peut aussi avoir son mot à dire. Il est indéniable que le Labour débute la campagne dans un rôle d’outsider. … Mais si le parti veut avoir une chance de remporter le scrutin, il doit mettre ses divisions de côté et se concentrer sur ce que peut apporter un gouvernement travailliste. Les critiques adressées à Corbyn par ses détracteurs sont contre-productives. »

Financial Times (GB) / 19 avril 2017

Un mandat fort pour May serait bon pour l'UE

Une victoire haut la main des Tories aux élections anticipées donnerait à Theresa May une plus large marge de manœuvre dans les négociations avec l’UE, écrit The Financial Times :

«La décision d’appeler à la tenue d’élections anticipées vise à débarrasser May de l’immixtion indésirable d’éléments pro-UE parmi les députés Tory, d’une part, et de celle de tenants de la ligne dure, d’autre part. Et bien qu’il y ait matière à s’inquiéter, il sera bon et pour la Grande-Bretagne et pour l’UE que May trouve dans les négociations la flexibilité dont elle a besoin. Détail crucial : les législatives suivantes n’auront lieu qu’en 2022, et non pas dès 2020. Ceci permettra à May de faire des compromis - par exemple sur la question du montant de la dette de la Grande-Bretagne envers l’UE en raison du Brexit, ou encore sur la question de la compétence de la Cour de justice européenne pour la Grande-Bretagne, pendant une période transitoire. Des thèmes qui pourraient autrement faire échouer les négociations sur le Brexit dans leur phase finale.»

De Volkskrant (NL) / 19 avril 2017

Faire taire les eurosceptiques

Par ces élections anticipées, Theresa May espère surtout neutraliser les voix critiques qui s’élèvent dans son propre camp, analyse De Volkskrant :

«Dans le pays, des avis critiques accusent May d’exacerber par cette décision les clivages sociaux liés au Brexit et de mettre sur la touche les anti-Brexit. Mais une grande victoire de May pourrait tout aussi bien augmenter les chances d'un Brexit version soft. Car avec une majorité plus solide au Parlement, la Première ministre ne sera plus à la merci des eurosceptiques dans son propre parti. Un espoir également devenu audible dans certaines capitales européennes. ... May n'encourt pas un grand risque - quoique d'ici le 8 juin, bien des choses peuvent se produire. En tout état de cause, l’agenda politique européen s’alourdira encore un peu plus cette année.»

Frankfurter Rundschau (DE) / 19 avril 2017

Le faux prétexte de l''intérêt national'

Theresa May invoque la stabilité et l’intérêt national, mais Frankfurter Rundschau n'en croit rien :

«La direction du pays n’est pas en danger. Malgré des décisions catastrophiques, dont son soutien à un Brexit dur n’est pas des moindres, May a fait voter la loi de sortie sans contestation. Grâce aux unionistes d’Irlande du Nord et aux indépendants, les conservateurs jouissent d’une majorité stable. … Si la chef de file des conservateurs a convoqué des élections anticipées, elle l’a fait pour une seule raison : dans les sondages, son parti devance de plus de 20 pour cent un parti d'opposition divisé, le Labour, autour de son leader Jeremy Corbyn. Si elle réussit à sauvegarder la moitié de son avance, May pourra gouverner comme elle l’entend, forte d’une majorité plus confortable. Ni les libéraux-démocrates ni l'UKIP ne constituent un danger sérieux. Le prétexte de l’intérêt national est donc un mensonge.»

Dnevnik (SI) / 19 avril 2017

Un nouveau tour des conservateurs

Dnevnik voit lui aussi des raisons purement tactiques à ces élections anticipées et ne ménage guère la cheffe du gouvernement et son parti :

«Tout comme le référendum sur le Brexit, ces élections sur fond de Brexit sont sans lien avec les intérêts nationaux, elles servent les intérêts du parti conservateur au sens strict. David Cameron avait organisé le référendum pour empêcher un schisme au sein de son parti. May appelle à des élections pour consolider le pouvoir des conservateurs – le parti des élites bientôt libérées. Avec le Brexit, dans lequel ils ont investi beaucoup d’argent, de xénophobie et de mensonges, ils ont réussi un tour incroyable : ils l’ont fait passer pour une révolte du peuple.»

El País (ES) / 19 avril 2017

Les déboires de Corbyn font le jeu de May

Les élections anticipées auraient pu être la chance de soumettre à un nouveau vote la décision sur le Brexit, si seulement le parti Labour n’avait pas aussi lamentablement échoué à se faire le porte-voix de l’UE, écrit El País :

«Au fond, la décision de May est l'aveu que la rupture de Londres avec le reste de l'UE ne sera pas aussi rapide, indolore et surtout aussi victorieuse pour les Britanniques que cela avait été promis lors de la campagne pro-Brexit. ... L’idéal à l’heure actuelle serait que ces élections puissent - tacitement - se transformer en un genre de nouveau plébiscite sur le maintien dans l’UE. Mais en raison du tournant populiste du parti Labour sous la direction de Jeremy Corbyn, ce ne sera pas possible. Le parti qui agrégeait préalablement les voix jeunes, urbaines et progressistes – aux antipodes du Brexit – a tourné le dos à une partie importante de son électorat, privilégiant désormais le discours du repli sur soi. Ce dont se ressentent les résultats des sondages : les conservateurs ont 21 points d’avance sur le Labour de Corbyn.»

Autres débats d'actualité

Libération (FR)
La Vanguardia (ES)
Frankfurter Allgemeine Zeitung (DE)
Tages-Anzeiger (CH)
The Economist (GB)
La Repubblica (IT)
Neatkarīgā (LV)
Diena (LV)
Kapital Daily (BG)
Haniotika Nea (GR)
The Irish Times (IE)
The Independent (GB)