Quels changements en Turquie depuis la tentative de putsch ?

En Turquie, de nombreuses cérémonies ont commémoré la résistance au coup d'Etat du 15 juillet 2016. Des dizaines de milliers de personnes ont assisté à un discours du président Erdoğan, qui s'est à nouveau déclaré favorable à la restauration de la peine de mort. Quel regard les commentateurs européens portent-ils sur les évènements survenus dans le pays depuis l'été dernier ?

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Tages-Anzeiger (CH) / 17 juillet 2017

La République du talion

Erdoğan tente de bâtir une autre Turquie, explique Der Tages-Anzeiger :

«Le 'vengeur' se sert de la tentative de putsch pour créer un nouveau 'mythe fondateur' national. Il entend créer une Turquie ultraconservatrice, islamiste et chauviniste sur les ruines de la république pro-occidentale fondée par Mustafa Kemal Atatürk. Les jalons de ce changement ont été posés : les cours sur l'évolution ont été retirés des programmes scolaires, les écoles se voient dotées de salles de prière, policiers et soldats doivent prêter des serments religieux et les intellectuels sont muselés. Cela fait longtemps déjà que la vague de répression, en plus de cibler les membres du mouvement Gülen, frappe également les Turcs laïcs, les Kurdes, les personnes de gauche et les libéraux.»

Sabah (TR) / 17 juillet 2017

La Turquie se réinvente

Le quotidien progouvernemental Sabah se réjouit des profonds changements survenus depuis la tentative de coup d'Etat :

«La structure de l'Etat a connu une transformation fondamentale, de même que le regard de la société sur la politique et l'Etat - une évolution si drastique qu'on a le sentiment que ce nouvel ordre est déjà en place depuis des siècles. Le point le plus important, c'est que l'armée n'est plus considérée comme un parti kémaliste. ... Dans la politique étrangère vis-à-vis de pays soit disant amis et alliés, on suit désormais la ligne 'Otez-vous de notre soleil, c'est tout ce que nous vous demandons'. ... Et depuis la dernière révision constitutionnelle, on sait que ce nouvel ordre repose désormais sur des structures valables. ... Bref, désormais plus rien ne sera comme avant.»

Le Monde (FR) / 17 juillet 2017

La résistance se met en place

Dans Le Monde, le journaliste exilé Can Dündar assure qu'il existe une résistance démocratique croissante au gouvernement turc :

«Les sociaux-démocrates qui, par stratégie politique, essayaient jusqu’à présent de se rapprocher des partis du centre-droit, sont descendus dans la rue pour la première fois. Les autres mouvements de gauche n’ont pas tardé à rejoindre la marche. Nous pouvons effectivement parler d’un front démocratique qui s’est formé de manière spontanée sur la route d’Istanbul. Le mot d’ordre de cette marche, 'justice', reflète un besoin si fort qu’il suffit à rassembler tout le monde sous sa bannière. Et il revêt une importance cruciale car il montre qu’en dépit de toutes les pressions, la société refuse de se soumettre. Le destin de la Turquie et d’Erdogan sera scellé par cette contestation qui viendra de la rue

Duma (BG) / 17 juillet 2017

La prise de conscience tardive de l'UE

Douma, de son côté, se réjouit que l'UE ait révisé sa position concernant la Turquie :

«Il y a un an, on croyait encore qu'Erdoğan, après la tentative de putsch et la répression brutale de ses opposants, desserrerait progressivement l'étau autour de la société turque, afin de rééquilibrer la balance. Or c'est l'inverse qu'il a choisi de faire, en consolidant un peu plus sa dictature violente. ... Pour nous, Bulgares et Européens, cette évolution est particulièrement préoccupante. ... La Turquie s'éloigne de l'Europe, affirme désormais [le président de la Commission de Bruxelles Jean-Claude] Juncker, quelque peu tardivement, cependant, compte tenu des nombreuses tentatives de chantage et des compromis déshonorants que l'Europe a fait à la Turquie pendant la crise des réfugiés. Mais mieux vaut tard que jamais, c'est notoire.»

Daily Sabah (TR) / 14 juillet 2017

Hommage à la démocratie

La Turquie revient de loin depuis la tentative de coup d’Etat, et elle a bien remonté la pente, conclut Daily Sabah :

«L'Etat poursuit avec une dynamique croissante sa lutte contre le groupe terroriste de Fetüllah Gülen (FETÖ), placé sur liste noire, bien avant le putsch avorté, comme facteur de menace pour la sécurité nationale. Les procès des participants présumés au putsch sont conformes aux principes d’un Etat de droit démocratique. ... Dans ce contexte exceptionnel de lutte antiterroriste, on a accordé au premier parti d’opposition la possibilité d’organiser une marche de 25 jours qui a rassemblé environ 175.000 personnes. En d’autres termes : la culture de la démocratie est un bien précieux dans notre pays.»

Cumhuriyet (TR) / 14 juillet 2017

Il n'y a pas de quoi faire la fête

Cumhuriyet entend les choses d’une autre oreille :

«Au lendemain du 15 juillet 2016, rendu fou de rage par tant de trahison et de fourberie, l’AKP a durement sévi contre le FETÖ et a arrêté des dizaines de milliers de suspects. Ce que nous ne condamnons pas ! Mais le processus a échappé à tout contrôle. Par milliers, des universitaires, artistes, journalistes, politiques kurdes, opposants issus de tous les milieux sociaux ont également été jetés en prison bien qu'ils n'aient eu aucune espèce de lien avec FETÖ. Après le 15 juillet, nous aurions pu ouvrir un nouveau chapitre de notre démocratie. Mais ce n’est pas ce qui s’est produit. L’anniversaire de demain aurait pu être une grande fête pour l’ensemble de la population. Mais ce ne sera pas le cas. On nous a gâché l’envie de faire la fête. C’est bien dommage.»

Der Tagesspiegel (DE) / 13 juillet 2017

Le système Erdoğan est bâti sur du sable

Der Tagesspiegel ne croit pas que la toute-puissance du président Erdoğan et de son parti de l'AKP soit un gage durable de stabilité :

«Erdoğan ne peut plus revenir en arrière. Il rognerait sur son pouvoir personnel en suivant la voie des réformes et de l’Etat de droit. Il est donc obligé de restreindre encore plus les droits de ses citoyens, de trouver des boucs émissaires en Turquie et ailleurs pour expliquer tous ses revers et de s’approprier de plus en plus les affaires de l’Etat. Si cela peut bien se passer pendant un temps, à la longue, le président est voué à l’échec, car toute son action n’aspire qu’à une seule chose : le maintien de son pouvoir. Le système Erdoğan ne constitue pas un modèle d’avenir pour la Turquie.»

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