La Grèce fait son retour sur les marchés

Alors que le troisième programme d'austérité doit s'achever à l'été 2018, la Grèce a fait son retour mardi sur les marchés, trois ans après la dernière tentative d'émission obligataire. Athènes a pu emprunter près de trois milliards d'euros. Mais pour de nombreux éditorialistes, le pays n'est pas près de retrouver son autonomie financière.

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Financial Times (GB) / 26 juillet 2017

Une étape importante

Pour The Financial Times, le retour de la Grèce sur les marchés de capitaux est une bonne nouvelle :

«Cette émission obligataire signale la confiance accrue des investisseurs dans la capacité de la Grèce à continuer sur la voie de réformes douloureuses. Elle montre en outre qu'en dépit des obstacles politiques, les créanciers approuveront finalement une remise de dettes, qui s'avère nécessaire pour que les finances publiques s'établissent sur une nouvelle base, viable. ... Le retour de la Grèce sur les marchés n'est pas la panacée - mais c'est le signe positif d'un retour à la normale. Après tant de faux-départs, il pourrait apporter un énorme gain de confiance - et le pays en a cruellement besoin.»

Neue Zürcher Zeitung (CH) / 26 juillet 2017

Une impression de déjà-vu

Il n'y a pas de quoi se réjouir, juge pour sa part Panagis Galiatsatos, correspondant économique du journal Neue Zürcher Zeitung à Athènes :

«En réalité, la Grèce se retrouve là où elle en était en avril 2014. A l'époque, Athènes s'était financée sur les marchés, dans des conditions comparativement bien plus difficiles. Il n'y avait pas de programme d'assouplissement quantitatif de la BCE, et la prime de risque était plus élevée au sein de la zone euro. En Grèce, l'avènement d'une opposition radicale inquiétait les investisseurs. Aujourd'hui en revanche, il n'y a pas de risque politique ; le parti conservateur Nea Dimokratia, en tête dans les sondages, est favorable aux marchés et aux programmes d'austérité. A l'époque également, l'émission avait été un succès. ... Un succès sans lendemain. Tout trader connaissant un tant soit peu la Grèce vous dira qu'il est peu probable que cette fois-ci, les choses se passent différemment.»

Der Standard (AT) / 26 juillet 2017

Attention aux turbulences

La voie du retour à la normale est semée d'embûches, prévient également Der Standard, méfiant :

«Pour la Grèce et la zone euro, la confiance des investisseurs est un signal positif. Le programme de secours de l'UEM et du FMI devrait s'achever d'ici un peu plus d'un an. Mais il n'y a pas de quoi être euphorique. La réussite de cette émission obligataire est en grande partie liée à la recherche de rendements élevés, qui revêt depuis longtemps des proportions inquiétantes. A la moindre turbulence économique ou politique, cette fragile charpente financière risque de s'effondrer.»

To Vima Online (GR) / 26 juillet 2017

Un cheminement douloureux

Dans son édition numérique, To Vima revient sur le pénible processus qui a précédé le retour sur les marchés :

«Si le gouvernement se réjouit aujourd'hui, tout le monde se souvient néanmoins des absurdités de sa politique. ... Il a fallu de nouveaux programmes d'austérité et des charges dramatiques imposées aux entreprises et citoyens pour comprendre combien il était utile d'emprunter de l'argent sur ces satanés marchés financiers. Il a fallu trois ans pour que Tsipras et ses cadres apprennent, à nos dépens, l'art de gouverner et puissent ré-emprunter de l'argent. Dans des conditions très éloignées de celles qui prédominent en réalité sur les marchés internationaux.»

Protagon.gr (GR) / 25 juillet 2017

Tsipras a réussi

Le portail Protagon se réjouit de ce développement, même s'il regrette que l'émission obligataire n'ait pas généré de taux d'intérêt plus avantageux :

«Sans 'l'accident' de l'été 2015 [le référendum et la mise en place des contrôles de capitaux], cela fait longtemps que nous pourrions emprunter aux mêmes taux que le Portugal. L'actuel taux d'emprunt du Portugal sur cinq ans est de 1,25 pour cent. ... Il est important, néanmoins, de souligner les mérites du gouvernement : le grand compromis qu'il a passé avec la troïka a permis de terrasser l'hydre populiste alimentée par les dirigeants du pays ces dernières décennies. Et cela, c'est peut-être la plus grande réforme générée par les mémorandums.»

Kathimerini (GR) / 23 juillet 2017

Encore loin d'un retour à la normale

Le retour sur les marchés n'est pas d'un grand secours pour le pays, souligne Kathimerini :

«Nous voulons tous un retour à la normale, et le pays en a énormément besoin. Mais une simple émission obligataire et la conclusion de l'évaluation de la mise en œuvre du programme de crédits ne suffiront pas. Pour que le pays revienne à la normale, il lui faut des institutions fortes et viables. La condition préalable à des investissements en Grèce et ailleurs, c'est l'existence d'une justice, d'une sécurité et de règles qui soient les mêmes pour tous. Ce sont ses institutions qui préservent un pays de l'incertitude. ... Or le gouvernement actuel semble ne pas le comprendre.»

Ta Nea (GR) / 19 juillet 2017

Le risque d'un effet boomerang

Dans Ta Nea, l'expert en droit constitutionnel Kostas Botopoulos met en garde contre les risques d'un retour sur les marchés :

«Ce n'est pas un hasard si les politiques préconisent de faire un test, tandis que l'écrasante majorité des économistes juge la mesure prématurée. ... Comme la prime de risque liée aux emprunts grecs sera dans tous les cas bien plus élevée que les taux des crédits que notre pays perçoit dans le cadre du programme d'aide, il faut éviter que cette 'émission test' n'ait un effet négatif. Nous serions bien embêtés si les créanciers nous disaient subitement : maintenant que vous réalisez des excédents et que vous revenez sur les marchés, vous pouvez vous en sortir sans nous.»

Naftemporiki (GR) / 20 juillet 2017

Athènes doit préserver la confiance

Le "retour sur les marchés" n'est qu'un coup de communication du gouvernement, critique Naftemporiki :

«Les dirigeants ont généré des attentes élevées ces derniers jours. ... Que la Grèce revienne ou non sur les marchés la semaine prochaine, cela importe peu en réalité. Il n'y a pas de réelle nécessité économique justifiant l'initiative, son unique raison d'être étant liée à des considérations de communication ou de politique intérieure. Personne ne se soucie de savoir si le gouvernement obtiendra un taux d'emprunt plus favorable que celui du gouvernement précédent d'Antonis Samaras. Ce qui importe, c'est de préserver la crédibilité et la confiance obtenues par le pays au prix de milliards d'euros de sacrifices.»

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