Quelle sera la suite des évènements au Zimbabwe ?

Le président du Parlement du Zimbabwe a annoncé mardi la démission du chef d'Etat Robert Mugabe, âgé de 93 ans. Le dirigeant a gouverné le pays d'une main de fer pendant près de 40 ans, jusqu'au coup d'Etat militaire de la semaine dernière et son placement en résidence surveillée. La presse européenne évoque les raisons de ce putsch et appelle l'Europe à œuvrer davantage pour le changement au Zimbabwe.

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Magyar Nemzet (HU) / 21 novembre 2017

Mugabe n'était pas un 'dictateur né'

La trajectoire de Mugabe est l'exemple édifiant d'une dérive funeste, explique l'essayiste Gyula Hegyi dans le quotidien Magyar Nemzet :

«[Elle illustre] comment un politique de talent, un combattant de la liberté devient un dictateur honni. ... Alors qu'il était Premier ministre du Zimbabwe, Mugabe avait au départ fait des gestes généreux en faveur des anciens oppresseurs blancs. Sa manière de penser avait ensuite évolué, allant de pair avec une politique de plus en plus agressive. ... En tant que chef d'Etat tout-puissant du Zimbabwe, il s'est non seulement efforcé de bâtir un système autocratique, basé sur le parti unique, et de museler l'opposition, mais aussi d'exproprier les colons blancs. ... Mugabe n'était pas dès sa naissance un dictateur malveillant ; issu d'un milieu très pauvre, il était à l'origine un politique idéaliste, que l'omnipotence et une camarilla éprise de pouvoir ont fini par corrompre.»

Süddeutsche Zeitung (DE) / 22 novembre 2017

L'Europe ne doit pas se laisser berner

La démission de Mugabe est encore loin d'être le nouveau départ espéré par le peuple, souligne Süddeutsche Zeitung :

«Le successeur présumé de Mugabe, Emmerson Mnangagwa, et son entourage, ont clairement fait savoir ce que représentait le changement à leurs yeux : une affaire interne, dans laquelle un criminel corrompu en remplace un autre. Mais ils ont sous-estimé l'ampleur du ras-le-bol de la population ; ils ne pensaient pas que des centaines de milliers de personnes descendraient dans les rues et transformeraient le putsch en une sorte de révolution, qui revendique davantage qu'un simple changement d'étiquette. ... L'Occident peut contribuer à ce que la révolution au Zimbabwe ne soit pas réprimée. Mugabe a été renversé par ses hommes de main parce qu'il n'y avait plus rien à piller. Les nouveaux dirigeants parleront désormais de réformes, parce qu'ils ont besoin d'investissements. L'Europe ne doit pas tomber dans ce piège ; l'argent, elle ne devra le verser qu'en cas de véritable changement.»

Helsingin Sanomat (FI) / 21 novembre 2017

Un putsch contre Grace Mugabe

Ce n'est pas Robert Mugabe mais sa femme Grace qui était la véritable cible des putschistes, assure Helsingin Sanomat :

«Depuis que l'armée a entamé son coup d'Etat singulier et graduel aux premières heures de mercredi dernier dans la capitale, Harare, l'attention se focalise sur la mauvaise personne. Il n'était en fait pas question de Robert, mais de Grace. ... Robert Mugabe est le plus vieux chef d'Etat de la planète ; le problème n'était donc pas tant la question de sa destitution mais plutôt celle de sa succession. Le putsch a évincé du pouvoir l'épouse du président, Grace Mugabe, âgée de 52 ans, dont la succession à son mari avait été publiquement préparée. Grace Mugabe est réputée être impitoyable et violente. Elle a fini par s'aliéner toutes les factions du pays.»

Público (PT) / 20 novembre 2017

Peu d'espoir pour l'avenir

La situation actuelle serait risible si elle n'était pas aussi tragique, commente Público :

«Un président renversé qui refuse tout bonnement de s'en aller. Tout le monde espérait pourtant qu'il profiterait de l'occasion pour quitter le pouvoir avec dignité - la dignité d'un dictateur qui ne s'est jamais soucié de son peuple. [Son ancien vice-président] Emmerson Mnangagwa, qui attendait son heure dans l'ombre du vieux dictateur, devra patienter encore un peu avant de prendre le pouvoir. Aucun changement majeur n'est malheureusement en vue au Zimbabwe : les richesses du pays resteront sous le contrôle de l'élite du pays, qui ne cédera pour rien au monde son pouvoir. ... Avec Mugabe ou Mnangagwa aux commandes, la démocratie n'est pas près d'arriver à Harare.»

Contributors (RO) / 16 novembre 2017

Mugabe, un tyran grotesque

L'ère Mugabe est terminée, estime le politologue roumain Ioan Stanomir sur le portail en ligne Contributors :

«Durant son assignation à résidence, Robert Mugabe pourra méditer sur la fin de son règne. Il lègue à son pays une économie pillée et un Etat mené de main de fer sur la base d'un parti unique [fondé par Mugabe]. Héros de la gauche internationale, champion du monde de lutte anti-impérialiste, Robert Mugabe fut pendant quatre décennies le bâtisseur acharné d'une démocratie populaire aux couleurs africaines. Par le culte mégalomane fait autour de sa personne et son incapacité à accepter tout compromis, Robert Mugabe incarne le siècle de l'autocratie.»

Diário de Notícias (PT) / 16 novembre 2017

Le président a raté le coche

Ce qui compte maintenant, c'est l'avenir du Zimbabwe, argumente Diário de Notícias :

«Robert Mugabe aurait pu être un grand homme d'Etat. Mais il a raté cette occasion. ... Le président âgé de 93 ans qui vient d'assister à un putsch militaire est devenu un autocrate au cours des décennies. ... Il s'est tellement accroché au pouvoir qu'il a ruiné l'économie du pays et qu'il l'a fait plonger dans une hyperinflation. Et à un moment donné, il n'a plus accepté la volonté du peuple qu'à la condition qu'elle soit en sa faveur. ... Ce qui importe aujourd'hui n'est pas le sort de Mugabe, mais celui du Zimbabwe. Quant à son fondateur, il a raté l'opportunité de devenir un grand homme.»

Hospodářské noviny (CZ) / 16 novembre 2017

Un sursaut face au clan Mugabe

Hospodářské noviny entrevoit un vague espoir pour le Zimbabwe :

«Un putsch ne paraît pas être la façon la plus louable de promouvoir les valeurs démocratiques. Dans le cas du Zimbabwe, il donne l'impression d'être un 'frein d'urgence' actionné par l'armée. Dieu soit loué. Si l'armée devait éloigner du pouvoir la clique de Mugabe - y compris sa femme Grace - elle donnerait au pays un espoir de changement. L'espoir que le pays soit bientôt dirigé par quelqu'un d'autre - peut-être quelqu'un d'antidémocratique et autoritaire, mais qui ne serait au moins pas aussi fou, prédateur et assoiffé de sang. Par exemple quelqu'un comme Paul Kagamé, le président du Rwanda. Bien que celui-ci ne tolère ni liberté de la presse ni opposition, le calme et - par rapport au reste de l'Afrique - un certain progrès règnent dans le pays.»

Finanz und Wirtschaft (CH) / 16 novembre 2017

La voie est libre pour de nouveaux crédits

Finanz und Wirtschaft espère que le putsch contribuera à améliorer la situation économique de ce pays meurtri :

«Nombreux sont ceux qui craignent un retour de l'hyperinflation. Après la suppression en 2009 d'une monnaie ayant perdu toute valeur, le dollar américain avait été introduit. Or la rareté des devises a réduit les importations à un minimum. Il y a à peine quelques semaines de cela, les pénuries de produits alimentaires et de carburant ont généré des achats sous l'effet de la panique. Dans le même temps, les prix ont fortement augmenté. En octobre, lors de la rencontre annuelle de la Banque mondiale et du FMI, le gouvernement avait sollicité une énième remise de dette et l'octroi de nouveaux crédits à une économie ruinée - sans toutefois obtenir gain de cause. Après le départ du gouvernement, attendu depuis longtemps, les choses pourraient changer.»

Frankfurter Rundschau (DE) / 16 novembre 2017

Organiser des élections le plus vite possible

Johannes Dieterich, correspondant du journal Frankfurter Rundschau en Afrique, se montre satisfait mais aussi inquiet après les récents évènements :

«Un coup d'Etat militaire peut effectivement mettre un terme aux souffrances d'un peuple : le putsch contre l'indicible président Robert Mugabe et son encore plus indicible épouse Grace pourrait conjurer le désastre supplémentaire que représenterait une faillite de l'Etat sud-africain. ... Cependant, une telle résolution du problème comporte des risques considérables. Car l'armée est maintenant au pouvoir - et personne ne peut la contraindre à mettre fin à sa domination, acquise illégitimement. Seuls ces usurpateurs 'humanitaires' peuvent décider désormais de placer le sort du pays entre les mains de véritables représentants du peuple. Le Zimbabwe a besoin d'élections, et ce le plus rapidement possible.»

NRC Handelsblad (NL) / 16 novembre 2017

Les faucons restent au pouvoir

NRC Handelsblad craint pour sa part que le putsch n'apporte aucune forme d'amélioration :

«Les putschistes sont plus ou moins les mêmes militaires communistes, partisans de la ligne dure, responsables depuis 1980 des violations des droits de l'homme et de la corruption sans limites qui minent ce pays africain. ... Il s'agit manifestement d'un combat entre deux fractions opposées, cherchant à obtenir le pouvoir, alors que l'âge avancé et le mauvais état de santé de Mugabe annoncent la fin naturelle de son pouvoir. ... Pour l'opposition, cette prise de pouvoir ne constitue pas une amélioration. Elle est par ailleurs affaiblie par des problèmes internes. Sur le long terme, le seul espoir des citoyens du Zimbabwe, c'est de voir la pression internationale s'accroître sur Harare. ... Or cette pression doit surtout venir des autres Etats africains - en premier lieu de l'Afrique du Sud voisine.»

Upsala Nya Tidning (SE) / 16 novembre 2017

Arrivera-t-on à juguler la soif de vengeance ?

Upsala Nya Tidning se demande ce qu'il va désormais advenir du dictateur déchu :

«Se posera d'abord la question de la vengeance à l'encontre de Mugabe, de la part des proches de ceux que son régime a brutalisés, emprisonnés ou tués pendant près de 40 ans. Ils ne veulent pas qu'il coule des jours heureux à l'étranger, comme tant d'autres dictateurs africains. Mais le leader d'opposition Tendai Biti n'est pas favorable à la vindicte et envisage Singapour (où les Mugabe ont déjà passé beaucoup de temps) comme lieu d'exil potentiel. ... L'éditorialiste de The Guardian, Jonathan Freedland, pense que Biti a pris pour exemple la Tunisie, pays qui a évincé Ben Ali et instauré la démocratie, et non la Lybie, où Khadafi a été tué et où le chaos s'est installé.»

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