Sanction du CIO contre la Russie : un nouveau souffle pour les Jeux ?

Le Comité international olympique (CIO) a exclu la Russie des JO d'hiver 2018 de Pyeongchang. Les athlètes russes pouvant apporter la preuve qu'ils ne se dopent pas seront autorisés à concourir, mais sans arborer le drapeau russe et sans hymne national. Une sanction contre le dopage d'Etat russe que fustigent certains journalistes. D'autres y voient l'occasion de régénérer l'esprit olympique.

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Dnevnik (SI) / 07 décembre 2017

On sanctionne des sportifs innocents

Dnevnik conteste les sanctions infligées aux athlètes russes :

«Le principe appliqué ici est celui du 'renversement de la charge de la preuve'. Les sportifs russes doivent prouver devant la commission du CIO en charge des questions de dopage qu'ils n'ont pas eu recours à des substances illicites, et ce n'est qu'une fois la preuve apportée qu'ils pourront solliciter une 'invitation spéciale' aux Jeux. Décision plus controversée encore, le fait que ces sportifs ne pourront participer que sous drapeau neutre - le drapeau olympique, dénué de symboles nationaux. ... On sanctionne donc également ceux qui sont innocents. Comme si ceux qui vivent et s'entraînent en Russie étaient automatiquement dopés. Près de 99 pour cent des athlètes russes sont présumés 'clean'. Un grand nombre d'entre eux doutent que les Américains, dans l'hypothèse d'une affaire similaire, auraient été sanctionnés de façon aussi drastique.»

The Guardian (GB) / 07 décembre 2017

Revenons aux sources de l'olympisme !

The Guardian salue l'idée de faire concourir les athlètes russes sous drapeau neutre :

«Le CIO devrait même aller plus loin et appliquer ce principe à tous les athlètes. Ceci mettrait fin au chauvinisme galopant inauguré par Hitler en 1936, et tous les sportifs seraient alors invités à participer aux Olympiades en tant que citoyens du monde. L'écrivain anglais Bernard Levin avait même proposé que les athlètes participent nus aux épreuves, comme dans la Grèce antique, afin de débarrasser les Jeux des emblèmes nationalistes. L'implacable tohu-bohu d'équipe, d'uniformes, de drapeaux, d'hymnes et de commentateurs hystériques a transformé les JO en parodie d'émission de téléréalité.»

Mladá fronta dnes (CZ) / 06 décembre 2017

Un sport sans dopage reste un vœu pieux

Le recours aux produits dopants en Russie est proprement scandaleux, mais on aurait tort de croire que la décision du CIO résout tous les problèmes, estime Mladá fronta dnes :

«L'ampleur du scandale du dopage nous renvoie à la pire époque de la guerre froide. ... A une époque où la santé des athlètes n'était qu'un détail insignifiant dans la lutte entre les géants ennemis. ... La Russie s'en tire encore bien avec le compromis de Lausanne. Les athlètes ont le droit de concourir sous l'étiquette 'sportifs olympiques de Russie', ce qui n'est pas complètement neutre. D'un autre côté, tous ceux qui entreront en lice sous drapeau neutre et sans mention officielle de leur pays auront un poids au cœur. ... C'est une fable de croire qu'après le verdict de Lausanne, le sport sera propre et fair-play.»

De Telegraaf (NL) / 06 décembre 2017

La fin de l'impunité pour les gros bonnets

De Telegraaf salue pour sa part le signal fort qu'envoie le CIO par sa décision :

«D'une part, les droits des athlètes individuels ont été respectés, de l'autre, les responsables ont dû répondre de leurs actes. C'est la règle qu'il faut suivre. Or dans le jeu politique, qui sacrifie souvent les petits et épargne les grands, elle n'est pas souvent respectée. ... Par les sanctions qu'il a prononcées, le CIO a enfin clairement souligné que la crédibilité du sport importait plus que tout. Plus, même, que la politique mondiale.»

Dagens Nyheter (SE) / 06 décembre 2017

La politique sportive russe, un cauchemar

Dagens Nyheter juge la décision du CIO justifiée et se demande si elle aura un impact sur d'autres évènements sportifs :

«La Russie accueille le Mondial de football l'été prochain et la FIFA ne peut pas continuer à faire l'autruche. Si la Russie ne sera pas aux JO, c'est en grande partie à cause de Vitali Moutko. L'ex-ministre des Sports de Poutine est considéré comme celui qui a préconisé le dopage d'Etat avant et pendant Sotchi. Que fait Moutko aujourd'hui ? Il est responsable de l'organisation de la Coupe du monde de football en Russie. Une nouvelle preuve du fait que toute l'histoire est plus sordide que le pire des films que l'on puisse s'imaginer. ... C'est la réalité, et elle est cauchemardesque.»

Ria Nowosti (RU) / 06 décembre 2017

Les supporters russes doivent défendre leurs couleurs

Suite à la décision du CIO, certaines voix en Russie préconisent de renoncer à toute participation aux JO. L'agence de presse d'Etat Ria Novosti défend toutefois un autre point de vue :

«Nous avons toutes les chances de faire une belle moisson de médailles à Pyeongchang. Des chances que nous aurions tort d'abandonner à nos adversaires. ... Nos fans ont montré à plusieurs reprises qu'ils savaient entonner notre hymne national, quand celui-ci ne retentissait pas, pour quelque raison que ce soit. Nous devrions accompagner les athlètes à Pyeongchang et entonner nous-même l'hymne. Occuper les gradins en brandissant des drapeaux. Le CIO ne peut pas nous l'interdire. Les JO de Corée du Sud peuvent être un triomphe pour la Russie. L'adversité ne fera que décupler nos forces.»

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