Remaniement ministériel : quelles sont les visées de Varsovie ?

Un peu plus d'un mois après la nomination du nouveau Premier ministre Mateusz Morawiecki, la valse des ministres se poursuit au sein du gouvernement PiS. Les journalistes flairent la volonté de la Pologne de polir son image, mais ils doutent que Varsovie n'opère un véritable changement de cap.

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Newsweek Polska (PL) / 09 janvier 2018

L'image du PiS s'améliore, pas la politique

Pour le chroniqueur de gauche Jakub Majmurek dans Newsweek, le PiS suit une stratégie judicieuse en remplaçant certains partisans de la ligne dure :

«Kaczyński a déjà tout ce qu'il voulait obtenir : la Cour constitutionnelle, les tribunaux, le Parquet, [la chaîne publique] TVP. Dans cette situation, il faut calmer le jeu, consolider le pouvoir déjà acquis et cesser le combat sur les fronts secondaires. ... Il faut cependant pas se leurrer et s'imaginer que le gouvernement cessera de bafouer la Constitution et de s'approprier l'Etat. Il poursuivra bel et bien son action, mais à pas feutrés, afin de ne pas mettre à mal sa réputation.»

Wpolityce.pl (PL) / 10 janvier 2018

Kaczyński sait ce qu'il fait

Le portail d'information proche du gouvernement wPolityce.pl a lui aussi son explication à la révocation par le chef du parti Jarosław Kaczyński de cinq ministres, pour certains très populaires auprès des électeurs du PiS :

«La nouvelle ligne politique est le résultat de nouvelles menaces, notamment celle liée à la réputation de la Pologne. Selon le chef de file du parti, elle est en danger en raison de la couverture d'évènements survenus lors de la marche pour l'indépendance, et de l'affirmation fallacieuse avancée par ces journalistes selon laquelle la Pologne tolèrerait le 'fascisme'. ... Compte-tenu de l'état d'anéantissement de l'opposition, on peut atteindre d'autres groupes de la société et augmenter encore le nombre de nos électeurs. ... C'est la stratégie privilégiée par le leader du PiS : atteindre plusieurs objectifs simultanément.»

Süddeutsche Zeitung (DE) / 09 janvier 2018

Du vieux vin dans de nouvelles outres

Süddeutsche Zeitung ne croit pas que le gouvernement polonais ait changé son fusil d'épaule :

«L'homme fort de la Pologne, Jarosław Kaczyński, a tout simplement fait tomber les têtes de ministres particulièrement impopulaires et il a resserré sa main de fer sur le cabinet, sans entrer lui-même sous les feux de la rampe et assumer au quotidien un travail gouvernemental qu'il n'aime pas. ... Autour de son nouveau chef officiel Mateusz Morawiecki, le gouvernement continuera de rechercher la confrontation. Les attaques contre l'indépendance de la justice continuent. Et pour sa première visite d'Etat à l'étranger, le Premier ministre ne s'est rendu ni à Berlin ni à Paris, mais en Hongrie. Ceci montre que dans le conflit qui l'oppose à Bruxelles, Varsovie ne met pas d'eau dans son vin. Elle compte sur le veto de la Hongrie pour empêcher que la Pologne ne soit privée de son droit de vote.»

Il Sole 24 Ore (IT) / 10 janvier 2018

La Pologne tremble pour ses subventions européennes

Le remaniement ministériel a pour fonction première d'apaiser l'UE, estime Il Sole 24 Ore :

«Avant de se rendre à Bruxelles, le Premier ministre Mateusz Morawiecki a révoqué un certain nombre de ministres eurocritiques. Zbigniew Ziobro se maintient toutefois, du moins provisoirement, à la tête du ministère de la Justice. C'est précisément ce qui amène un grand nombre d'observateurs à se montrer sceptiques quant aux nouvelles nominations. Elles pourraient servir à gagner du temps et à dissimuler les véritables intentions de Jarosław Kaczyński, chef incontesté de la politique polonaise. ... A Bruxelles, Morawiecki a essayé de convaincre le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker que son pays respectait les règles de la démocratie. ... Ce qui inquiète le plus Varsovie, c'est le débat sur le budget européen portant sur la répartition des fonds à partir de 2021 : la Pologne, premier bénéficiaire de fonds européens ces sept dernières années, risque de subir des coupes importantes.»

Den (UA) / 10 janvier 2018

Une bonne nouvelle pour l'Ukraine

La députée ukrainienne Oxana Jurynez commente le changement au ministère polonais des Affaires étrangères. Les prises de position du ministre sortant Witold Waszczykowski n'étaient pas recevables pour l'Ukraine, déclare-t-elle dans Den, saluant le remplacement de celui-ci par Jacek Czaputowicz :

«Les relations internationales, selon nos prévisions, ont un besoin urgent de nouvelles impulsions positives, particulièrement dans les relations entre l'Ukraine et la Pologne. Le nouveau ministre des Affaires étrangères est un diplomate de carrière sans allégeance politique et qui se signale par ses positions pacifiques. Il me semble que nous sommes en droit d'attendre de lui des démarches diplomatiques adéquates - les décisions modérées et bien pesées dont nous avons besoin aujourd'hui.»

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