L'Ukraine expulse Saakachvili

L'Ukraine a expulsé Mikheïl Saakachvili vers la Pologne. On lui reproche d'avoir soutenu la préparation d'un coup d'Etat. L'ex-président géorgien, désormais apatride, avait été nommé gouverneur d'Odessa par son ami, le président Petro Porochenko, avant de se brouiller avec ce dernier et de l'accuser de corruption. Son expulsion fait débat.

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Nowoje Wremja (UA) / 13 février 2018

L'Etat donne des signes de schizophrénie

Dans Novoïe Vremia, le politologue Petro Olechtchouk évoque un Etat défaillant sur toute la ligne :

«L'Etat ukrainien a été traîné dans la boue hier. On a vu qu'il n'existait pas, tout simplement. Car tout Etat devrait respecter ses propres normes et procédures - faute de quoi il perd sa raison d'être. Si Saakachvili a organisé un coup d'Etat, il doit être condamné pour ces faits. Point barre. S'il ne l'a pas fait, il doit être acquitté. Lorsqu’un 'conspirateur' est expulsé – et non extradé – alors que le procès le visant vient de s’ouvrir, c’est que l’Etat qui le juge est atteint de schizophrénie aiguë.»

Die Tageszeitung taz (DE) / 13 février 2018

L'Ukraine a besoin de Saakachvili

Le cas Saakachvili a de quoi écorner un peu plus l'image du président ukrainien Petro Porochenko, gage taz :

«Le traitement réservé à Saakachvili montre que l'Etat de droit laisse à désirer en Ukraine. On peut sans ambages offrir la nationalité ukrainienne a un compagnon de route. Et on peut la lui retirer aussi sec et le bannir du pays s'il dévie de la ligne politique voulue. L'équipe de Porochenko semble ne pas connaître la peur des conséquences négatives à moyen terme. ... La sphère politique de Kiev pense déjà à l'époque post-Porochenko. Les nationalistes et l'opposition conservatrice sont tous deux dans les starting-blocks. Il n'y a pas d'autres options. De ce point de vue aussi, un retour de Saakachvili serait souhaitable. Il ne faut pas laisser la voie libre aux nationalistes.»

Ukraïnska Pravda (UA) / 11 février 2018

Une manoeuvre intelligente et humaine

L'expulsion de Saakachvili vers la Pologne est une solution acceptable pour tous, estime pour sa part le politologue Viktor Outolov, proche du président, dans Ukraïnska Pravda :

«L'expulsion a été menée de la façon la plus humaine possible pour Saakachvili, que l'on aurait pu envoyer dès aujourd'hui dans la 'prison géorgienne' qu'il a lui-même réformée. ... Cette expulsion est une mesure légale, minutieusement pondérée, et dans le même temps un signe d'épuisement du pays, qui a acquis dans la douleur le droit de vivre en paix et de se développer. Le seul hic dans cette affaire, c'est que la Pologne pourrait être la perdante. Il faut espérer en effet que Mikheïl ne soit pas tenté de faire de la politique dans un autre pays.»

Izvestia (RU) / 13 février 2018

Un fiasco pour les missionnaires occidentaux

Le journal proche du Kremlin Izvestia voit dans l'expulsion de Saakachvili les effets néfastes de la politique de réforme sponsorisée par l'Ouest :

«De nombreux pays se font une conception mystique de l'Occident. Celui-ci propagerait la liberté, la démocratie, l'Etat de droit et le développement. Il suffirait de renoncer à une souveraineté 'inutile' et des 'hommes blancs' bienveillants construiraient un Etat civilisé en quelques années. ... C'était ce qui devait soi-disant se produire dans la Géorgie de Saakachvili. Mais aussi en Ukraine, suite au mouvement Maïdan sanctifié par l'Occident lui-même. Il convient néanmoins d'admettre aujourd'hui que soit Saakachvili n'est pas un grand réformateur, soit la situation est chaotique en Ukraine. Dans un cas comme dans l'autre, cela veut dire que les 'gérants' occidentaux n'apportent rien de bon à leurs territoires de tutelle, au contraire.»

Rzeczpospolita (PL) / 13 février 2018

Persona non grata en Pologne

L'arrivée de Saakachvili en Pologne est de mauvais augure, estime Rzeczpospolita :

«Alors que l'on croyait avoir touché le fond en politique extérieure, voici que Mikheïl Saakachvili arrive à Varsovie. Et à sa suite les problèmes de politique intérieure de l'Ukraine. Comme si les relations avec Kiev n'étaient pas déjà suffisamment tendues. ... Le gouvernement aurait du mal à le chasser du pays, lui qui passe pour être un ami de feu le président Lech Kaczyński - à plus forte raison vers la Géorgie, où il irait en prison. ... Dans le même temps, il est difficile d'occulter le fait que depuis notre territoire national, il appelle à renverser le gouvernement d'un pays voisin important pour la sécurité de notre région. Il ne nous reste plus qu'à essayer de lui expliquer avec beaucoup de douceur que le climat de Varsovie ne lui réussira pas.»

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