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Archives / Revue de Presse | 08.03.2007

 

À LA UNE

Les femmes ont-elles leur place en politique ?

A l'occasion de la Journée internationale de la femme, la presse européenne réagit à l'augmentation du nombre de femmes occupant des postes importants en politique. Est-il désormais plus facile pour une femme d'accéder au pouvoir et l'exercent-elles différemment des hommes ? » suite

Extraits des publications suivantes:
Le Monde - France, die tageszeitung - Allemagne, El País - Espagne, The Irish Times - Irlande

Le Monde - France

Sylvie Kauffmann estime que les femmes en politique actuellement sont différentes dans leur approche du pouvoir que les femmes des années 80 et 90. "Grande nouveauté par rapport à la génération précédente, les femmes de pouvoir du XXIe siècle se revendiquent comme telles, affichent leur féminité, font de leur héritage culturel un atout plutôt qu'un handicap. Qui a oublié la couronne de tresses blondes et les talons aiguilles de l'ex-Premier ministre ukrainienne Ioulia Timochenko ? Elles se définissent comme 'mères' lorsqu'elles le sont, voire comme 'grands-mères' aux Etats-Unis, où l'on a souvent une longueur d'avance. (...) Elles cherchent souvent à faire de la place à d'autres femmes, donc à ancrer ce pouvoir fraîchement conquis, ce qui ne fut pas du tout la préoccupation d'une Golda Meir ou d'une Margaret Thatcher. Exceptions dans un monde d'hommes, celles-ci ne considéraient pas comme une priorité d'élargir le cercle féminin : elles avaient suffisamment à faire pour s'imposer elles-mêmes." (08.03.2007)

die tageszeitung - Allemagne

Dirk Knipphals se demande comment les femmes au pouvoir se conduisent. Il juge ainsi que la chancelière allemande Angela Merkel se montre discrète. Elle ne renonce pas à sa féminité, pas plus qu'elle ne la met en avant. "Les images de la féminité et du pouvoir ne lui correspondent pas non plus - et on peut penser que ce ne sera jamais le cas. Quant à sa politique, peu importe ce qu'on en pense : après la génération de dirigeants mâles tels que Gerhard Schröder et Joschka Fischer, Angela Merkel a réussi en peu de temps à écarter toutes les questions sur la féminité, le pouvoir et les symboles. G. Schröder et J. Fischer étaient bien plus hommes qu'elle n'est aujourd'hui femme. Peut-être parce qu'en tant que première femme à occuper ce poste, il ne peut en être autrement. Ou peut-être que malgré son étiquette CDU, elle s'inscrit tout simplement dans la tendance unisexe." (08.03.2007)

El País - Espagne

L'Espagnol Daniel Innerarity, professeur de philosophie, analyse la manière dont sont perçues les femmes dans la vie politique. "Michelle Perrot [historienne française] a expliqué que la différence entre hommes et femmes consiste dans le fait que seul l'homme est un individu, c'est à dire quelqu'un dont le genre est transparent, qui s'est émancipé de son groupe d'appartenance et qui devient ce qu'il fait de lui-même. L'exclusion des femmes s'est réalisée en empêchant, de manière littérale et symbolique, cette individualisation. Voilà pourquoi la question de l'identité ne surgit que lorsque une candidate entre en scène (...). L'homme a des possibilités de réalisation personnelle non seulement à cause de l'absence de discrimination, mais parce qu'il est admis que son mérite ne dépend que de ce qu'il fait et de la compétence qu'il acquiert. Selon l'assignation commune des fonctions, on attribue aux femmes des caractéristiques qui ne lui permettent pas de s'éloigner de sa condition : une femme, même la plus brillante, sera toujours 'une femme' qui a eu du succès, tandis qu'un homme est 'quelqu'un' qui a réussi." (08.03.2007)

The Irish Times - Irlande

"La convention onusienne sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW) établit qu'il est de la responsabilité des gouvernements d'utiliser tous les moyens appropriés pour assurer aux femmes une participation égale dans la vie politique", souligne Joanna McMinn, directrice du Conseil des femmes d'Irlande (NWCI). "La forte proportion des femmes au sein du parlement dans les pays nordiques peut s'expliquer de plusieurs manières, comme l'égalité des opportunités en matière d'éducation, la reconnaissance par les femmes de l'importance du vote. (...) Un processus inverse se déroule en Europe de l'Est, où la proportion de femmes dans la vie politique a fortement diminué avec la transformation vers l'économie de marché et les élections parlementaires libres. La suppression des quotas de femmes, qui existaient sous les anciens régimes, a beaucoup réduit leur nombre au sein des parlements. (...) Cela confirme le fait que le développement de démocraties parlementaires pluralistes ne suffit pas à lui seul pour garantir une égale représentation des hommes et des femmes dans la vie politique." (08.03.2007)

RÉFLEXIONS

Der Tagesspiegel - Allemagne

Mina Ahadi et la tolérance envers l'intolérance

Dans un entretien réalisé par Caroline Fetscher, Mina Ahadi, militante des droits de l'Homme d'origine iranienne, évoque le débat sur le multiculturalisme. "L'Europe se montre toujours tolérante envers l'intolérance. Selon elle, l'islam serait une autre culture et ses règles sociales seraient donc différentes. Lorsque des politiciens me tiennent de tels propos, même en Allemagne, je le ressens comme un véritable manque d'égards. Je me sens avant tout citoyenne et femme, pas musulmane. Et en tant qu'adulte, j'ai le droit de me définir par moi-même. Les fausses considérations ne nous sont d'aucun secours sur le plan politique. Aucune femme ne souhaite une 'culture' de l'avilissement, aucune femme ne souhaite la violence. (...) De nombreux hommes politiques européens sont simplement naïfs en continuant par exemple de tolérer le port du hijab, le voile, par les petites filles. Ne se demandent-ils jamais pourquoi la majorité des musulmans se taisent sur les questions élémentaires ?" (08.03.2007)

Neue Zürcher Zeitung - Suisse

Georg Kreis et la face coloniale du Traité de Rome

L'historien suisse Georg Kreis, enseignant à l'Institut européen de l'université de Bâle, rappelle que quatre des six pays signataires en 1957 du Traité de Rome, texte fondateur de la construction européenne, étaient encore des puissances coloniales à l'époque. La France a notamment veillé à ce que ses territoires coloniaux soient inclus dans le Traité. "La France cherchait-elle a perpétuer tranquillement son empire colonial ou à le liquider secrètement ? A long terme, elle visait certainement la première option, mais à moyen terme, c'est la seconde qui s'est réalisée. Le colonialisme national s'est directement transformé en colonialisme supranational. Dans l'intérêt de la France, ses partenaires européens ont acheté davantage de biens en provenance des colonies en les payant à des prix bien supérieurs aux prix du marché mondial. En outre, ils ont dû cofinancer les crédits accordés aux colonies, et cela n'avait rien à voir avec de l'altruisme. Il a fallu renoncer en apparence au colonialisme, afin de ne pas devoir l'abandonner complètement." (07.03.2007)

POLITIQUE

Sydsvenska Dagbladet - Suède

Débat autour de la répression des crimes d'honneur en Suède

Mercredi 7 mars, la ministre suédoise de l'Intégration Nyamko Sabuni a présenté son plan d'action en Suède contre les crimes d'honneur, les mariages forcés et l'excision. Cette ministre d'origine africaine a reçu plusieurs menaces de mort depuis son entrée en fonction en octobre 2006. Le journal commente son projet. "Le crime d'honneur est un sujet sensible. La volonté de traiter tous les hommes égalitairement et le respect du multiculturalisme ont souvent conduit à traiter les crimes d'honneur comme tous les autres meurtres. Nyamko Sabuni, qui s'occupe depuis longtemps de ce sujet, est souvent présentée comme une opposante à l'islam. Toutefois, le relativisme culturel conduit souvent à une prise de position douteuse en faveur du fondamentalisme et des traditions opprimantes. La lutte contre les crimes d'honneur n'a rien à voir avec l'intégration, ni avec les droits des femmes. Il s'agit simplement de lutter contre un crime, de rétablir la sécurité juridique et de défendre la liberté des citoyens de mener leur vie comme ils l'entendent." (08.03.2007)

ABC - Espagne

L'Espagne oublie de s'intéresser à l'Europe

Le chroniqueur Valentí Puig déplore le fait que l'Espagne se détourne de l'actualité européenne en raison de ses propres problèmes, comme celui du séparatisme basque. "Même la passion européiste un tantinet folklorique de ces dernières années ne survit pas au vertige de la menace terroriste. C'est pourtant maintenant qu'il conviendrait de discuter de la place que doit occuper l'Espagne dans l'UE et du rôle qu'elle peut jouer. (...) Il est indubitablement malsain et contreproductif pour l'Espagne de se tenir à l'écart des sujets en discussion. (...) Débordée par l'actualité chaude, la classe politique s'avance peu sur le terrain européen, comme si elle déléguait aux eurodéputés la routine de l'UE, tandis qu'au sein des milieux intellectuels et culturels existe une méconnaissance totale de la réalité européenne, hormis chez les spécialistes du sujet. On entend même certaines personnes bien de chez nous qui confondent l'euroscepticisme et le désintérêt pour l'UE. A l'inverse, il serait bon de féliciter les gouvernements technocrates des années 50 et 60 qui ont su ouvrir le chemin vers l'Europe communautaire." (08.03.2007)

Le Temps - Suisse

Jacques Chirac n'a jamais compris l'aventure européenne

Richard Werly dresse le bilan de la politique européenne du chef d'Etat français Jacques Chirac à l'occasion du sommet organisé ce jeudi 8 mars à Bruxelles. Selon Werly, il s'agit du dernier auquel Jacques Chirac participe en tant que président. "Cadeau ? Gâteau ? Hommage des 26 autres chefs d'Etat et de gouvernement ? Le président de la République française, aîné politique de ce cénacle, ne serait sans doute pas fâché d'un tel geste. Mais la fête, on le sait déjà, sera un peu gâchée. La France, cinquante ans après le traité de Rome dont elle fut le pilier, fait beaucoup broncher cette famille européenne élargie. (...) A l'heure du bilan, la contradiction fondamentale qui fut celle du président sortant plane au-dessus de son ultime sommet européen : volontariste de tempérament, passionné par les questions internationales et de sécurité sur lesquelles il sait l'UE incontournable, visionnaire sur l'Irak, le président français ne s'est jamais senti à l'aise dans cette logique de plus en plus collective et faite de concessions mutuelles qu'est l'aventure européenne." (08.03.2007)

Hospodářské noviny - République tchèque

Un incident à la centrale nucléaire de Temelin

Pour la deuxième fois en l'espace d'une semaine, une légère fuite d'eau radioactive s'est échappée de la très controversée centrale nucléaire de Temelin, située dans le Sud de la République tchèque. Même si cette eau a pu être récupérée et stockée dans un réservoir spécial, l'incident a suscité une grande agitation en Autriche. Pour Adam Cerny, les Tchèques devraient être plus prudents avec leur centrale. "Sinon, ce petit laisser-aller, bien qu'anodin, pourrait bien nous valoir un nouveau nuage de Tchernobyl." Il trouve cependant la réaction des Autrichiens exagérée. "Nos voisins du Sud ont déclaré leur pays zone dénucléarisée et aimeraient bien élargir cette zone de quelques kilomètres au-delà de leurs frontières. Les Tchèques ont montré de la bonne volonté lors de leur entrée dans l'UE et ont promis de tenir Vienne au courant de tout ce qui se passe à Temelin - comme du temps de l'Empire. Ils auraient dû se douter que cela ne suffirait pas, car seule une 'option zéro' pourrait satisfaire les Autrichiens." (08.03.2007)

The Guardian - Royaume-Uni

Les députés britanniques veulent réformer radicalement la chambre des Lords

Les députés britanniques ont voté mercredi 7 mars en faveur de la réforme de la chambre haute du Parlement - la Chambre des Lords - dont les membres ne seront plus désignés ou ne bénéficieront plus de charges héréditaires. "Après deux journées de débat, ils ont uni leurs votes pour envoyer des membres élus à la Chambre des Lords après 700 ans d'existence. Les députés, qui avaient la possibilité de rejeter les neuf points controversés de la réforme, ont réagi de la meilleure des manières et ont choisi la meilleure option, une chambre complètement élue, se rattrapant ainsi de leur attitude confuse qui avait empêché tout changement voilà quatre ans. Le message des députés à l'attention des représentants du gouvernement et de l'opposition ne pouvait être plus clair et précis : contrairement à ce que l'on pensait, ils soutiennent l'idée d'une chambre haute démocratique. Les partisans de la démocratie totale ont gagné aujourd'hui. L'affaire 'cash for honours' [argent contre des titres honorifiques], et les scandales d'octroi de titres de pairie qui ont suivi, ont probablement été déterminants, en ruinant le projet du gouvernement de créer une chambre hybride." (08.03.2007)

Delo - Slovénie

La loi slovène sur l'asile est insatisfaisante

L'année passée, la Slovénie n'a reconnu officiellement que neuf réfugiés sur les 780 personnes qui ont demandé l'asile. Gorazd Utenkar s'interroge sur les raisons de ce décalage. "Les frontières entre les pays de l'UE sont perméables, tandis que les frontières extérieures de l'UE sont assez étanches. La frontière sud de la Slovénie correspond à l'une de ces frontières extérieures. De nombreux étrangers arrivent clandestinement dans notre pays. (...) Même la nouvelle loi sur l'asile est insuffisante. Elle comporte en outre le très controversé article 26, qui stipule que les étrangers arrivant ou séjournant clandestinement en Slovénie sont placés sous l'autorité de la police, parce qu'il s'agit d'une entrée ou d'un séjour illégal. Ainsi, la police est en mesure de chasser un demandeur d'asile trop facilement, sans que son cas ait pu être examiné." (08.03.2007)

La Repubblica - Italie

L'Italie tourne la page du cardinal Ruini

Alors que le cardinal Camillo Ruini quitte son poste de président de la conférence des évêques d'Italie (CEI), remplacé par l'archevêque de Gênes Angelo Bagnasco, le journaliste et écrivain Marco Politi revient sur la carrière de celui qui a dirigé pendant seize ans l'Eglise la plus puissante d'Europe occidentale. "Camillo Ruini lâche le témoin mais sa voix va continuer à se faire entendre (...). En 1985, le pape Wojtyla lui avait donné un objectif : travailler à la reconquête chrétienne de l'Italie. Ruini lui a répondu en faisant de la Conférence des évêques un acteur politique négociant directement avec les partis, et en donnant à l'Eglise un pouvoir permanent d'interdiction, de pression, de légitimation ou délégitimation des lois". (08.03.2007)

Jyllands-Posten - Danemark

Le bouclier antimissile doit être l'affaire de l'OTAN

Le journal se montre sceptique en ce qui concerne le projet du gouvernement danois de prendre part au projet américain de bouclier antimissile. "Le fait que les Etats-Unis veuillent embrigader les anciens pays du pacte de Varsovie leur a valu les avertissements de la Russie. Elle leur reproche de violer les accords de désarmement et menace de répliquer avec des fusées nucléaires pointant sur les bases [du bouclier]. De nombreux pays s'opposent au projet américain, car les relations entre l'Europe et la Russie pourraient en souffrir. C'est notamment le cas de la France, de l'Autriche et du Luxembourg, qui craignent que l'Europe ne devienne un haut lieu de réarmement, comme à l'époque de la guerre froide. (...) C'est pourquoi la décision d'installer un bouclier antimissile en Europe doit dépendre de l'OTAN. Les agissements en solitaire des Etats-Unis, qui ont pris le parti de ne négocier qu'avec quelques pays européens, peuvent conduire à une division de l'Europe." (08.03.2007)

CULTURE

Télérama - France

La disparition de Jean Baudrillard, 'l'homme sentinelle'

L'hebdomadaire rend hommage au sociologue et philosophe français Jean Baudrillard, décédé le 6 mars, en publiant une interview réalisée avec lui voilà un an et un portrait signé par le journaliste Gilles Heuré. "C'était avant tout un philosophe, un funambule des signes, cherchant à réinventer le récit du monde. (...) Dépassant la très à la mode 'fin de l'histoire', il ne cessait de scruter les mutations qui défiguraient l'objet même de nos interrogations : la démocratie, les droits de l'Homme, la consommation, la morale, le bien ou le mal. (...) Quand on lui parlait, son regard semblait parfois flotter, baguenauder dans les taches de lumière ou le silence des pénombres, puis il revenait à vous avec un sourire qui témoignait de sa qualité d'écoute. Il faut relire ses livres et comprendre que derrière le pessimiste hanté par le tragique, à côté du décrypteur de représentations et de paradoxes, un homme-sentinelle rêvait toujours du moyen de 'souder la communauté humaine'." (08.03.2007)

COULEURS LOCALES

Lietuvos Rytas - Lituanie

L'Estonie soigne son image

Pour la première fois, les électeurs avaient la possibilité de voter par Internet aux élections législatives en Estonie. Ramune Sotvariene se demande si cela serait également possible en Lituanie. "Le plus grand danger réside dans une éventuelle violation du principe fondamental des élections démocratiques : la liberté de vote. Le vote par Internet est certes confortable et individuel, mais il n'est finalement pas contrôlable. Il est possible qu'il ait fonctionné en Estonie, mais en Lituanie, les tentatives d'acheter des voix seraient trop nombreuses. (...) En théorie, il est possible de contrôler si plusieurs personnes ont voté sur un même ordinateur, mais l'expérience montre que cela reste de la théorie. L'Estonie est-elle vraiment libre de toute corruption ? Elle connaît bien évidemment aussi ce problème. Mais nos voisins savent bien quelles sont leur priorités, et faire parler de leur pays en fait partie." (08.03.2007)

 

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