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Archives / Magazine / Société / Des biocarburants bio ? / Article | 24.09.2008

Le rêve d'une énergie propre

de Paul Mathis


Les biocarburants pour le profane. Quelles sont les origines de la matière première, comment sont-ils élaborés et quelles sont leurs perspectives techniques ?


L'énergie occupe une place centrale dans les questions environnementales et dans la lutte contre les changements climatiques dus aux gaz à effet de serre. Parmi les besoins énergétiques, les transports posent les problèmes les plus inquiétants du fait de leur dépendance presque totale envers le pétrole et de leur développement très rapide.

Photo : AP


Les biocarburants sont mis en œuvre comme un élément de solution, pour remplacer les produits pétroliers sans dommage environnemental. Vont-ils répondre à cet objectif ?

Du colza au soja

Les biocarburants sont des combustibles liquides ou gazeux, produits à partir de la biomasse, et capables de faire fonctionner des moteurs à explosion, surtout pour les transports, en remplacement des combustibles fossiles. Pour remplacer l'essence, il y a l'éthanol, produit par fermentation, à partir de saccharose (de betterave ou de canne à sucre) ou d'amidon (de blé ou de maïs). Pour remplacer le gazole, il y a les huiles, modifiées par trans-estérification avec le méthanol, obtenues à partir de graines oléagineuses (colza, soja) ou des fruits du palmier à huile.

Un bilan global nul

Les biocarburants fonctionnent techniquement et leur intérêt économique croît à mesure que le pétrole se renchérit. Ils sont considérés comme une énergie d'avenir, pour remplacer le pétrole et le gaz menacés d'épuisement progressif, et présentant l'intérêt environnemental de ne pas induire d'augmentation des gaz à effet de serre sous forme de CO2. L'utilisation des biocarburants, comme celle des combustibles fossiles, se fait avec émission de CO2. Mais, avec les biocarburants, le bilan global est nul car la même quantité de CO2 est absorbée par photosynthèse pour la formation de la biomasse.

Une production problématique

L'intérêt d'une utilisation massive des biocarburants est contesté sur la base de leur bilan environnemental réel car il faut prendre en compte l'énergie nécessitée par la production de biomasse (moteurs agricoles, engrais, etc.) et le traitement de celle-ci, ce qui donne une production nette bien plus faible que la production brute. Pour l'éthanol, la production brute par hectare est bonne, mais les procédés agricoles et industriels nécessitent beaucoup d'énergie. Avec l'huile de colza, il faut peu d'énergie, mais la production brute est faible. A l'échelle européenne, en moyenne, la production nette est environ 1 TEP (tonne équivalent pétrole) par hectare. Dans ces conditions, le remplacement énergétique par des biocarburants d'une part significative (10%, objectif affiché pour l'UE) des carburants des transports nécessiterait l'utilisation d'au moins 20% des terres cultivables, ce qui est incompatible avec les autres usages des productions agricoles, particulièrement la nourriture. Dans l'Union Européenne à 25 environ 5% des terres arables sont consacrées aux biocarburants, la production étant dominée par l'Allemagne et la France.

Importations depuis les pays tropicaux

La fixation de quotas d'incorporation va entraîner inéluctablement des importations massives de produits (éthanol ex-canne à sucre, huile ex-palmier) en provenance de pays tropicaux, principalement le Brésil et l'Asie du Sud-Est, avec la nécessité de défricher d'énormes quantités de terres actuellement couvertes de forêts ou de savane, entraînant une émission massive de CO2. Cela est incompatible avec les exigences de la lutte contre le réchauffement climatique. L'autre problème majeur est la compétition avec la production d'aliments, qui est toujours à la limite de répondre à des besoins mondiaux en expansion.

Un choix de société

Pour l'avenir, il y a trois pistes de solution. La première, c'est de changer assez radicalement les modes de production, d'échange des produits et d'aménagement de l'espace, pour réduire les besoins de transports. Cela sera sans doute nécessaire, mais cela va à contre-courant de l'évolution actuelle. La hausse du coût de l'énergie va peut-être y inciter mécaniquement. L'autre solution est de pousser l'utilisation d'autres modes de transport et de déplacement : transports collectifs, voiture électrique ou à très faible consommation, vélo et marche à pied ; leur addition peut apporter beaucoup. Il y a enfin la production de biocarburants à partir de bois, pailles et déchets, par la filière dite ligno-cellulosique, en développement, et pour laquelle les recherches doivent être renforcées. Mais il ne faut trop compter sur elle avant que ces recherches n'aient abouti à une évaluation complète de la filière.

 
Paul Mathis
Paul Mathis, né en 1938, ingénieur agronome et docteur ès sciences physiques a travaillé sur la bioénergie et la photosynthèse. Il est membre du conseil ...
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Langue originale Français

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