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Archives / Magazine / Actualité / Intégration / Débats | 27.03.2009

Parler la même langue

de Nikola Richter


Les connaissances linguistiques des immigrés sont de plus en plus souvent au cœur des débats européens sur l'intégration : ne peut-on être accepté et éventuellement naturalisé que si l'on est capable de communiquer dans la nouvelle langue du pays ?


Depuis le 1er septembre 2008 en Allemagne, il faut passer un test de naturalisation si l'on veut se faire naturaliser. Celui-ci est composé entre autres de questions sur la Constitution allemande, sur le système politique, sur l'égalité des chances, sur l'histoire et la culture.

Une femme remplit une inscription pour un test de naturalisation dans une école pour adultes à Brême, Allemagne du Nord, 1er septembre 2008. Photo : AP/Jörg Sarbach


Il existe également des tests semblables en Autriche, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas. Le 24 juillet 2008, le quotidien suisse Neue Zürcher Zeitung y voyait la fin de la pensée multiculturelle qui s'est maintenue jusqu'au passage à l'an 2000.

Des examens de langue

La naturalisation ne dépend généralement pas seulement d'un test de connaissances mais avant tout d'examens de langue. Le quotidien suédois Dagens Nyheter se prononçait le 9 juin 2008 pour cette mesure : les étrangers qui parlent bien suédois doivent déjà pouvoir demander la citoyenneté après deux ans passés dans le pays. Egalement, le quotidien suédois Sydsvenskan se demandait si la Suède ne devrait pas suivre l'exemple d'autres Etats européens et conditionner la citoyenneté à l'attestation de connaissances linguistiques.

La Lettonie, la Lituanie et l'Estonie demandent ainsi des connaissances de base dans leur langue respective ; en Grande-Bretagne, il suffit de passer le test "Life in the UK" pour prouver que l'on peut communiquer avec ses concitoyens. Des connaissances en gaélique écossais ou en gallois peuvent toutefois remplacer les connaissances nécessaires en anglais. Même au Luxembourg, un pays disposant de trois langues nationales – luxembourgeois, français et allemand – les autorités proposent de réformer le droit à la citoyenneté pour que l'on doive prouver des connaissances en luxembourgeois. Le 28 avril 2008 dans l'hebdomadaire belge Woxx, l'écrivain David Wagner attirait l'attention sur l'absurdité de ce projet : "Ce qui nous différencie de bien d'autres pays, c'est que le luxembourgeois n'est qu'une langue parmi d'autres parlées dans ce pays. L'on peut y vivre sans le parler pour la simple et bonne raison que les Luxembourgeois eux-mêmes sont polyglottes."

Le quotidien danois Information considérait avec cynisme cette exigence d'un nouveau citoyen idéal et complètement adapté – et pas seulement au niveau linguistique. Il donnait le conseil suivant aux immigrants qui souhaiteraient s'établir au Danemark : "Si vous avez amené légalement vos enfants avec vous, confiez-les à une commission d'instruction et d'éducation qui se chargera de leur trouver une famille adéquate ou un autre accueil. Pensez à vous faire remettre une attestation de dépôt afin que vous puissiez récupérer votre enfant lorsqu'il aura 18 ans. Il est autorisé d'apporter des habitudes alimentaires exotiques. Nous vous souhaitons beaucoup de plaisir dans votre nouvelle vie."

L'inscrire dans la Constitution ?

La presse européenne continue d'évoquer les connaissances linguistiques des immigrés en Europe, comme le quotidien autrichien Kurier le 24 juin 2008 : "Quiconque veut émigrer en Autriche devra déjà disposer à l'avenir de connaissances de base dans la langue allemande avant l'entrée sur le territoire." Le ministre de l'Intérieur autrichien Günther Platter a ainsi repris à son compte un modèle allemand. En Allemagne, on doit déjà pouvoir justifier de connaissances linguistiques de base depuis l'entrée en vigueur de la première loi allemande sur l'immigration le 1er janvier 2005. Le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung soutenait même le 8 décembre 2008 la demande du parti chrétien-démocrate visant à inscrire la langue allemande dans la Constitution : "Compléter la Constitution dans ce sens ne constituerait pas un harcèlement inconvenant des minorités ethniques. L'alinéa prévu ne dégage aucune 'pression d'assimilation', mais serait une directive incontestable pour l'immigration. ... Et à l'époque de la mondialisation et de l'internationalisation, il préserve la spécificité de l'Allemagne qui a toujours façonné ses citoyens et rendu possible sa littérature. Ce qui est juste pour beaucoup de nos voisins européens, ne devrait pas être injuste pour nous en matière de politique constitutionnelle."

Des cours contre la discrimination

Au quotidien se pose plutôt la question de la signification des connaissances linguistiques pour une intégration réussie, même concernant les minorités habitant depuis longtemps dans un pays, comme les Russes d'Estonie. Dans le quotidien estonien Eesti Päevaleht du 14 mai 2008, près d'un an après les émeutes liées au déplacement d'un monument aux morts soviétique en Estonie, la journaliste d'origine russe Jevgenia Garanza demandait à la minorité russe de fournir plus d'efforts pour s'intégrer, notamment sur le plan linguistique : "Le problème ne vient pas des enfants mais des enseignants. Nous avons besoin de nouveaux programmes avec plus d'heures d'estonien, et d'une nouvelle génération de professeurs capables d'enseigner en estonien dans des écoles russes."

Les connaissances linguistiques des immigrés sont naturellement l'une des nombreuses questions que l'on doit à la diversité linguistique de l'UE : les débats vont de la querelle linguistique politique en Belgique aux débats sur l'attitude verbale politiquement correcte à adopter communément, lors d'événements officiels mais aussi dans la communication quotidienne. Après que le Prince Harry a appelé de manière péjorative un collègue soldat "notre petit ami Paki" et que cette déclaration a été rendue publique sur une vidéo en janvier 2009, le prétendant au trône britannique a dû se rendre à un cours contre la discrimination.

 
Nikola Richter
Nikola Richter, née à Brême, travaille comme rédactrice chez euro|topics. Elle vit à Berlin. Ses dernières publications étaient "Schluss machen auf einer Insel" (Berlin Verlag ...
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Langue originale Allemand

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