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Archives / Magazine / Politique / La Pologne et l'UE / Débats | 15.10.2007
La Pologne et l'UE
de Oliver Hinz
Le veto exprimé lors de l'accord de partenariat entre l'UE et la Russie, le rejet de la charte des droits fondamentaux et un sommet européen qui a failli capoter : la politique européenne de la Pologne se heurte à l'incompréhension de nombreux Européens.
"Les Polonais irritent l'Europe" : ainsi titrait le magazine d'information allemand Der Spiegel du 18 juin 2007. Le 15 novembre 2006, déjà, dans le quotidien autrichien Die Presse, Wolfgang Böhm s'était montré critique à l'égard du gouvernement polonais, l'accusant de rendre "l'Europe tributaire de ses humeurs pinailleuses".

"Le gouvernement nationaliste polonais noyaute la politique commune et paralyse l'Europe de façon quasi systématique", écrivait Böhm en considérant le blocage par les Polonais des négociations de l'UE avec la Russie sur un nouveau traité de coopération.
Le gouvernement polonais conduit par Jarosław Kaczyński s'est rendu impopulaire auprès de ses partenaires de l'UE. Ils sont nombreux à souhaiter ouvertement que le parti conservateur de droite au gouvernement perde les élections législatives du 21 octobre 2007. Ainsi, le ministre italien des Affaires étrangères, Massimo D'Alema, aurait dit, selon le quotidien polonais Dziennik: "J'espère que les élections législatives à venir vont créer une belle surprise en marquant la défaite de ces gens de droite nationalistes et arriérés."
La pondération des voix dans l'Union européenne
Le différend le plus important entre l'UE et la Pologne, ces dernières années, a concerné le système de vote lors des décisions de l'UE. Dès 2003, l'un des leaders de l'opposition, Jan Rokita, un libéral conservateur de la Plate-forme civique (PO), avait fait pression sur le gouvernement de gauche de l'époque, conduit par Leszek Miller, en poussant ce cri de guerre : "Nice ou la mort". La Pologne tentait d'empêcher que son poids électoral, tel que le fixe le Traité de Nice toujours en vigueur, ne fût diminué. Selon le Traité de Nice, conclu en 2000 par les 15 États alors membres de l'UE, la Pologne, tout comme l'Espagne, n'aurait, avec 27 voix, que deux voix de moins que l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et l'Italie.
"La lutte pour les intérêts nationaux fait partie intégrante de la vie de la communauté et lui garantit une existence pacifique. Les Allemands et les Français ont le droit de défendre leurs intérêts, les Estoniens et les Polonais aussi", notait dans la Rzeczpospolita du 13 septembre 2006 l'écrivain polonaise Elzbieta Isakiewicz.
Finalement, le gouvernement de gauche renonça à la pondération des voix "à la niçoise" et, plus tard, le nouveau Premier ministre de droite Jarosław Kaczyński s'y rallia. Mais voilà qu'en 2007 il lança la devise "la racine carrée ou la mort" et fit sien le système dit de Jagellon, en vertu duquel chaque pays doit disposer au Conseil européen d'un nombre de voix correspondant à la racine carrée du nombre de ses habitants.
Après de longues négociations, les chefs d'État et de gouvernement de l'UE se sont prononcés à la fin du mois de juin 2007 en faveur d'un moyen terme. Ils ont repoussé de deux ans encore la restructuration du système de vote décidé à Nice, laquelle doit aboutir au nouveau modèle de la double majorité. Et le président polonais Lech Kaczyński ne mit pas son veto, comme on le redoutait, bien au contraire : alors qu'il était encore à Bruxelles, il se réjouit du résultat du sommet, le qualifiant de grande réussite.
De vieux comptes
Cependant, chez les leaders politiques européens, la colère soulevée par l'argumentation des frères Kaczyński ne faiblit pas. En effet, peu avant le sommet européen, le Premier ministre Jaroslaw Kaczyński s'était mis soudain, pour imposer un autre système de vote, à évoquer les quelque six millions de Polonais morts au cours de la Seconde Guerre mondiale. "Si la Pologne n'avait pas dû endurer les années 1939 à 1945, ce serait aujourd'hui un pays d'une population de 66 millions de personnes", avait dit le chef de gouvernement dans une interview du 19 juin 2007 à la radio publique polonaise. Ainsi, la Pologne, lors des votes au sein de l'UE, ne devrait pas disposer d'un nombre de voix beaucoup plus faible que les grands États membres tels que l'Allemagne.
Le 27 juin 2007, le journal viennois Die Presse rétorquait en posant la question: "L'UE est-elle le lieu institutionnel où surmonter le terrible passé de la guerre – ou doit-elle virer au marché où l'on vient présenter ses vieilles factures ?"
Même en Pologne, des journalistes trouvent grotesque la politique européenne du gouvernement. L'ancien dirigeant de la rédaction polonaise de Radio Free Europe, Zdzisław Najder, affirmait le 28 septembre 2007 dans le quotidien polonais Dziennik que l'opinion publique européenne "s'étonne de voir le gouvernement polonais poursuivre des objectifs incompréhensibles par des moyens ahurissants." En conséquence de quoi le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel traitent la Pologne "comme un malade qui a de la fièvre ou un adolescent pas très équilibré".
De la compréhension pour la position polonaise
José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, a pris, lui, la défense de la Pologne dans une interview du 23 juillet 2007 donné à la Frankfurter Allgemeine Zeitung. D'après lui, il ne serait "pas correct de présenter la Pologne comme un pays anti-européen. Lors des délibérations sur le remaniement du traité constitutionnel qu'avaient fait échouer des référendums en France et aux Pays-Bas, la Pologne n'a émis aucune exigence susceptible de modifier fondamentalement le caractère du texte."
Alan Posener constatait également le 19 juin 2007 dans le quotidien allemand Die Welt que l'image généralement négative que les Européens se faisaient de la Pologne était tout à fait erronée . La tentative d'isoler "l'un des pays les plus importants de l'UE sous les applaudissements d'une opinion publique majoritairement anti-polonaise n'est que l'un des éléments d'un scandale plus important : le traité constitutionnel rejeté par les citoyens de deux États majeurs lors d'un référendum va maintenant être adopté par la porte de derrière en tant que traité gouvernemental et devenir malgré tout un droit strict." Posener estimait que des historiens pourraient même écrire un jour : "Comment les Polonais sauvèrent l'Europe."
Polémique autour de la Charte des droits fondamentaux
Outre le processus de vote en projet, le gouvernement polonais répugne aussi à adopter la Charte des droits fondamentaux que le Traité fondamental de l'UE est censé imposer à tous les États membres. Sur ce point, Varsovie souhaite suivre la voie singulière des Britanniques et ne pas faire appliquer sur son territoire le Catalogue des droits civils.
Le principal argument du gouvernement polonais à l'encontre de la Charte est qu'elle constitue une menace pour le droit de la famille en Pologne : grâce au catalogue des droits fondamentaux, les homosexuels pourraient contracter des mariages avec des personnes de même sexe. Par ailleurs, dans l'hebdomadaire religieux polonais Gość Niedzielny du 13 août 2007, Andrzej Grajewski mettait en garde contre le fait que, avec ce postulat de lutte contre la discrimination des minorités et de protection de la dignité humaine, la Charte pouvait empiéter sur le droit national et ouvrir la voie à l'euthanasie. "Ce genre de changements finissent par s'ancrer dans notre identité... Aujourd'hui, la question de l'euthanasie fait encore l'objet de discussions. Mais la prochaine génération pourrait déjà considérer comme un anachronisme barbare le refus du droit de tuer des personnes âgées, souffrantes et dépressives."
Sortir de l'UE ?
Beaucoup des arguments avancés dans les débats polonais se heurtent à l'incompréhension des autres Européens. "Seuls les Polonais sont susceptibles de nuire à l'image et à l'influence de leur pays, et il faut bien dire qu'ils s'y sont appliqués avec brio ces derniers temps", constatait le politologue français Dominique Moïsi, professeur au Collège européen de Natolin, près de Varsovie, le 25 juillet 2007. Le 22 juin 2007, dans le journal slovène Dnevnik, Bojana Rozic se livrait même à des considérations sur une sortie de l'UE. Polémique, elle estime que des eurosceptiques comme les Polonais méritent une réponse cinglante, du genre : "Voici la porte." http://www.eurotopics.net/fr/search/results/archiv_article/ARTICLE18159
Dans la Neue Zürcher Zeitung du 19 juin 2007, Ulrich Schmid admet que les frères Kaczyński – tout comme les Britanniques – se montrent très sceptiques vis-à-vis de la poursuite de l'intégration et du développement d'une Europe fédérale. Mais il souligne que "toutefois, les Kaczyński ne rejettent pas l'UE. Le peuple polonais non plus, dont la majorité a intégré l'Union avec enthousiasme."
Une population polonaise bien disposée à l'égard de l'Europe
Des enquêtes en témoignent : la population polonaise a une vision de l'UE bien plus positive que le gouvernement. Pour elle, ce sont surtout les avantages concrets qui comptent : libre circulation des travailleurs, subventions de l'UE et, point non négligeable, des droits démocratiques garantis grâce à l'adhésion à l'UE. D'après l'Eurobaromètre du printemps 2007, 67 pour cent des Polonais considèrent que l'adhésion de leur pays à l'UE est une "bonne chose". C'est plus que dans la plupart des autres pays membres, la moyenne européenne se situant autour de 57 pour cent de satisfaits.
Dans la Gazeta Wyborcza du 2 mai 2007, le sociologue polonais Jacek Kucharczyk commente ce résultat : "Il subsiste toujours un fossé entre la société proeuropéenne et les gouvernants qui promettent de nous protéger de l'Europe."

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Traduction
Nicole Thiers
Langue originale Allemand
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