À la une de jeudi, 12. octobre 2006
L'Histoire pèse sur le dialogue euro-turc
La religion et le passé reviennent en permanence au coeur du débat sur l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne. Les députés français ont ainsi adopté ce jeudi 12 octobre en première lecture un projet de loi sanctionnant la négation du génocide arménien perpétré en Turquie, une initiative vivement critiquée par le gouvernement turc. La Turquie doit-elle reconnaître ce génocide pour espérer faire partie de l'UE ?
L'Express - France
Pour Christophe Barbier, le projet de loi visant à réprimer la négation du génocide arménien constitue un "nouvel avatar, désolant, de cette vogue des 'lois mémorielles'. (...) Les parlementaires doivent garder le droit de parler d'Histoire, mais pour faire de la politique ou de la géopolitique, non de la science, même humaine". La candidature à l'UE "entraîne la Turquie sur la voie des réformes, modernes et démocratiques. Tout est permis pour lui faire presser le pas, même user de la morale ; mais, à vouloir la faire courir, on risque de la voir trébucher. Or la proposition de loi pénalisant, en France, la négation du génocide arménien, outrepasse le simple usage de la mémoire en realpolitik. Muselière pour la liberté d'expression, elle est envers la Turquie une provocation qui a déjà coûté plus qu'elle ne peut rapporter." (12.10.2006)
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Der Tagesspiegel - Allemagne
L'auteur et politologue franco-allemand Alfred Grosser soutient la revendication de Jacques Chirac, selon laquelle la Turquie doit remplir une condition impérative avant de pouvoir entrer dans l'UE : reconnaître le génocide arménien de 1915-1916. "Il est, ici, permis d'établir une comparaison avec l'Allemagne. Les fardeaux du passé n'imposent en aucune manière un sentiment de culpabilité au présent. Au contraire, la reconnaissance des atrocités commises à une autre époque par un autre régime permet de purifier le présent de la culpabilité (...). Adopter un regard critique sur le passé est une exigence morale. La Turquie n'est certes pas la seule à refuser de s'y soumettre, mais il s'agit d'un grand pays qui demande à entrer dans l'Union européenne. C'est pourquoi l'UE devrait reconnaître, de son côté, qu'elle se fonde au moins autant sur des exigences morales que sur des intérêts économiques." (12.10.2006)
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Libération - France
"La Commission se soucie de la qualité du dialogue, indispensable, qui doit s'établir entre des peuples appelés à partager cette aventure unique qu'est la construction européenne", souligne Oli Rehn, commissaire européen à l'Elargissement. "Entre la Turquie et l'UE, disons-le tout net, ce dialogue est aujourd'hui menacé. Les incompréhensions mutuelles ne sont déjà pas faciles à surmonter. S'y ajoute désormais le projet de loi examiné par l'Assemblée nationale [française], visant à pénaliser la négation du génocide arménien. (...) Alors que le dialogue doit absolument s'approfondir, au sein de la Turquie même, entre la Turquie et l'Arménie, entre la Turquie et la communauté arménienne dans son ensemble, pour guérir enfin les cicatrices de l'histoire et conduire à la réconciliation, cette loi ne ferait qu'opposer une vérité officielle à une autre. Elle statufierait les positions des uns et des autres, et fournirait un prétexte inespéré à tous les gardiens de l'histoire immaculée". (12.10.2006)
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El País - Espagne
Ali Babacan, ministre turc de l'Economie et négociateur en chef pour les discussions sur l'entrée dans l'UE, insiste dans une interview réalisée par Maite Rico sur le rôle déterminant que peut jouer son pays. "Le fait que la Turquie, un pays dont la population est musulmane, soit également capable de partager des valeurs communes avec l'Europe peut avoir une influence positive dans toute la région. Si un pays comme la Turquie est membre de l'UE, la perception globale qu'a le monde musulman de l'UE changera. Nous ne prétendons pas être un modèle pour personne, mais ce qui se passe en Turquie peut être source d'inspiration. La Turquie est un pont entre les régions et les cultures en Europe. De fait, Erdogan [le Premier ministre turc] a joué le rôle de médiateur pour calmer la situation après la crise des caricatures du prophète Mahomet." (12.10.2006)
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