Navigation

 

À la une de lundi, 22. janvier 2007


L'assassinat en Turquie du journaliste Hrant Dink

Le journaliste turc d'origine arménienne Hrant Dink a été assassiné à Istanbul vendredi 19 janvier. Les journaux européens se demandent quelles sont les forces responsables de cet assassinat au sein de la société turque. Dans quel état se trouve la démocratie turque ? Est-elle suffisamment mûre pour l'Europe ?


Libération - France

"[Hrant Dink] a été assassiné pour faire taire tous ceux qui partagent son combat en Turquie", s'indigne l'universitaire turc Ahmet Insel, son ami et compagnon de lutte pour la liberté d'expression. "Il était stigmatisé comme un 'traître arménien' parce qu'il défendait, avec courage et passion, l'avènement d'une Turquie démocratique, reconnaissant et s'appropriant avec fierté sa multiplicité culturelle. Une Turquie tournant définitivement le chapitre du nationalisme et de l'autoritarisme, affrontant avec courage toutes les pages de son histoire pour chasser les démons qui la hantent. Hrant se battait pour une Turquie où la religion, l'ethnie, la race ou la langue ne seraient plus un facteur de stigmatisation. Il savait que la perspective européenne était, dans l'état actuel des choses, la seule voie possible pour réussir cette transformation." (22.01.2007)


Postimees - Estonie

Erkki Bahovski établit un parallèle entre la mort du journaliste turc Hrant Dink et l'assassinat de la journaliste russe Anna Politkovskaïa en octobre 2006. Ces deux affaires ont soulevé des critiques fondamentales sur la démocratie dans les pays respectifs des deux victimes. Toutefois, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan - contrairement à Vladimir Poutine - a réagi immédiatement. "Les assassinats d'Anna Politkovskaïa et de Hrant Dink, ou plutôt les réactions suscitées par ces crimes, ont montré qui appartient vraiment à l'Europe et qui n'y appartient pas. Evidemment, la Turquie a des problèmes : le problème chypriote n'a pas encore trouvé d'issue, ni le problème de la reconnaissance du génocide arménien. Mais contrairement à la Russie, la Turquie est sur la bonne voie. On ne peut pas dire que la Turquie cherche uniquement à faire bonne impression pour être acceptée dans l'UE. Au contraire, les Turcs sont convaincus que l'Europe leur apportera les valeurs qui permettront à leur pays d'avancer. Quant à savoir dans quelle direction s'oriente la Russie, personne ne le sait vraiment." (22.01.2007)


ABC - Espagne

"Cela ne sert pas à grand chose que le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan condamne l'assassinat et le qualifie d'attentat menaçant la stabilité démocratique de la société turque", estime le quotidien. "Il est temps que la Turquie, si elle veut être considérée comme une véritable démocratie, aille au-delà de ces gestes qui, il faut le dire, ne sont effectués qu'en direction de la galerie occidentale, et que ce pays fasse ce que la décence démocratique exige : la dérogation de l'abominable loi 301 qui fait de l'identité turque un dangereux mélange excluant certaines religions et minorités. De fait, il ne semble pas crédible qu'un pays aspirant à faire partie de l'UE maintienne en vigueur une loi qui lui permet de faire taire, par exemple, ceux qui dénoncent les persécutions à l'encontre des communautés chrétiennes arméniennes ou grecques (...)." (22.01.2007)


Die Welt - Allemagne

"Les balles qui ont tué le journaliste turc d'origine arménienne Hrant Dink 'visaient la Turquie', a affirmé le Premier ministre turc Erdogan. Du chef de l'état-major turc [Yasar] Büyükanit aux médias, ces paroles sont reprises par toute la société turque", rapporte Boris Kalnoky. "En réalité c'est l'inverse. C'est la société turque qui a fait de Hrant Dink une victime, c'est elle qui a tiré ces coups de feu. Les médias ont suivi de près les nombreux procès intentés contre ce journaliste. C'est ainsi qu'il a s'est vu coller l'étiquette de traître. Parce qu'il osait dire tout haut ce que les Turcs n'étaient pas autorisés à dire : que le fondateur du pays, Atatürk, avait adopté une petite orpheline arménienne (H. Dink était lui-même orphelin), que les Arméniens ont été victimes d'un génocide (...) Ceux-là même qui auparavant attaquaient violemment le journaliste défendent aujourd'hui ses idées. Mais aucun d'entre eux ne saura jamais ce que cela signifie d'avoir toute la population turque à ses trousses." (22.01.2007)


Der Standard - Autriche

Pour Jürgen Gottschlich, l'assassinat de Hrant Dink  est "une catastrophe (...) pour toute la société civile turque tournée vers la démocratie et l'UE, mais plus particulièrement pour l'avenir de la minorité arménienne. (...) Plus personne dans les rangs des Arméniens de Turquie, ni dans ceux du mouvement démocratique, n'aura le courage de se confronter à la population turque, idéologiquement très disparate et mal informée sur son histoire, à des vérités qui dérangent. Il faut craindre que le meurtrier ait provisoirement atteint son objectif, celui de mettre fin au débat sur le génocide qui, malgré les poursuites judiciaires, faisait de plus en plus de vagues." (22.01.2007)


Dagbladet Information - Danemark

Pour le quotidien danois, c'est toute la nation turque qui est moralement responsable de l'assassinat de Hrant Dink. Depuis la chute de l'Empire ottoman en 1920, les Turcs craignent un nouvel éclatement. L'assassinat du journaliste met à nu ce traumatisme national qui empêche les Turcs de s'engager clairement sur la voie de la démocratie. "Quiconque critiquait Attatürk auprès de l'opinion publique turque ou disait la vérité sur le génocide arménien risquait un licenciement, des lettres de menaces et un procès. Le gouvernement turc met d'ailleurs une mauvaise volonté inouïe pour supprimer les articles de loi pénalisant les critiques de l'historiographie officielle. Hrant Dink avait critiqué cette historiographie. C'est pourquoi il a été assassiné." (22.01.2007)


» Ensemble de la revue de presse de lundi, 22. janvier 2007

Google+ LinkedIn Digg Delicious Academia.edu

D'autre contenu