Navigation

 

À la une de mercredi, 23. mai 2007


Ryszard Kapuscinski rattrapé par son passé


L'hebdomadaire polonais 'Newsweek Polska' a révélé que Ryszard Kapuscinski (1932-2007), un journaliste qui avait acquis une grande renommée dans le monde entier, a rédigé des rapports pour le compte des ex-services secrets communistes dans les années 60 et 70. Pourquoi le reporter a-t-il gardé le silence sur son passé ? Son cas sera-t-il instrumentalisé dans le débat historique actuel ?


Rzeczpospolita - Pologne

Selon les dossiers conservés par l'Institut de la mémoire nationale (IPN), Ryszard Kapuscinski n'a fait de tort à personne en collaborant avec les services secrets. Mais Krzysztof Gottesman regrette le silence du journaliste après la chute du communisme. "La collaboration d'un journaliste avec les services secrets - notamment dans les Etats non démocratiques - n'est jamais anodine. Dans la République populaire de Pologne, lorsqu'elle n'était pas entreprise pour des raisons idéologiques, elle était la conséquence d'un chantage, d'une faiblesse, d'un désir de faire carrière, d'un conformisme et d'un fatalisme historique et politique. C'était sûrement le cas de Ryszard Kapuscinski. (...) On peut seulement regretter qu'en dix ans de Pologne libre, il n'ait pas été décidé d'en parler et d'expliquer pourquoi." (22.05.2007)


ABC - Espagne

Ramiro Villapadierna, correspondant du quotidien à Berlin, retrace le parcours de Ryszard Kapuscinski et les faits qui lui sont reprochés. "Le journaliste récemment décédé, qui a aussi été un brillant écrivain, a couvert entre 1959 et 1981 les conflits les plus importants en tant que correspondant de l'Agence nationale polonaise (PAP). Il a décrit l'immense pauvreté de l'Afrique et de l'Amérique latine, ainsi que les mécanismes du pouvoir (...). En échange, semble-t-il, la police lui a demandé des informations sur des personnes et des entreprises nord-américaines, ainsi que sur l'espionnage israélien et ouest-allemand. Il aurait ainsi écrit en 1970 en Amérique centrale un rapport de dix pages sur la politique extérieure de Cuba et de trois sur celle de Mexico, ainsi que les portraits de trois personnes qu'il avait rencontrées. (...) Certains journalistes locaux pensent que la révélation de ce rapport, qui provient de l'Institut pour la mémoire nationale (IPN) vise à lui faire perdre tout prestige." (23.05.2007)


Neue Zürcher Zeitung - Suisse

Le correspondant Ulrich M. Schmid n'est pas très impressionné par ces révélations. "Newsweek respecte la longue tradition stérile des journaux polonais consistant à confronter les personnalités à leur passé communiste. Toute cette agitation ressemble à une tempête dans un verre d'eau : les informations qui ont été transmises aux services secrets étaient plutôt sans intérêt et n'ont fait du tort à personne. (...) De même, il n'y a rien de très palpitant à raconter à propos de Ryszard Kapuscinski : lorsqu'il a pris ses fonctions de correspondant en Afrique de l'agence de presse polonaise en 1962, les services secrets l'ont chargé de les informer des activités américaines sur le continent noir. Ce double emploi était la règle dans la République populaire communiste de Pologne : quiconque voulait avoir le privilège de voyager devait d'abord se déclarer prêt à collaborer." (23.05.2007)


Frankfurter Rundschau - Allemagne

Artur Becker inscrit le débat autour de Ryszard Kapuscinski dans un contexte plus large. "Il est important de comprendre que la Pologne vit actuellement une véritable révolution constitutionnelle. Le parti conservateur de droite au gouvernement, le PiS [Parti Droit et Justice], a récemment perdu une bataille importante en ce qui concerne l'ouverture des dossiers des services secrets. La Cour constitutionnelle a déclaré purement et simplement anticonstitutionnelle la publication de tous les dossiers suspects, une mesure demandée par le PiS. (...) Le danger de l'instrumentalisation des personnalités politiques et culturelles reconnues guette à tous les coins de rue. A cet égard, le destin de Ryszard Kapuscinski sert parfaitement certains intérêts particuliers. L'affaire Kapuscinski pourrait même être qualifiée de 'festin' (...) Kapuscinski devait voyager parce qu'il avait besoin de mener des recherches. Il semble que le prix qu'il a payé pour son passeport soit très élevé." (23.05.2007)


» Ensemble de la revue de presse de mercredi, 23. mai 2007

Google+ LinkedIn Digg Delicious Academia.edu

D'autre contenu