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À la une de mercredi, 29. août 2007


Abdullah Gül, un président turc qui rassure l'UE ?


Mardi 28 août, Abdullah Gül a été élu président de la République par le Parlement turc. La formation politique dont il est issu, l'AKP, parti conservateur islamique, sort ainsi vainqueur de son bras de fer avec les militaires kémalistes, défenseurs de la laïcité. La Turquie stabilisée va-t-elle enfin pouvoir se rapprocher de l'UE ?


Respekt - République tchèque

Selon Petr Kucera, le nouveau président de Turquie Abdullah Gül est un "brave islamiste" et un "démocrate islamique". "Il ne fait résolument pas partie des radicaux. Certes, il revendique ouvertement les racines religieuses de l'AKP, dont il est le cofondateur. Mais en même temps, il conteste les critiques de l'opposition, qui l'accuse de vouloir instaurer un régime islamique en Turquie. Abdullah Gül et ses collègues se sont bien plus démenés en faveur des réformes proeuropéennes et démocratiques au cours des cinq années passées au gouvernement que tous les autres partis laïcs en une dizaine d'années. L'éminent journaliste turc Mehmet Ali Birand critique à raison les laïcs radicaux, qui se préoccupent bien plus du foulard de la nouvelle première dame que des compétences de son époux." (29.08.2007)


Népszabadság - Hongrie

Gyula Krajczár revient sur l'élection d'Abdullah Gül. "L'élection du 11e président de la République moderne de Turquie ouvre un tout nouveau chapitre de l'histoire du pays. Jusqu'à présent, les présidents de cet Etat laïque ont toujours été des partisans de son fondateur Kemal Atatürk. Certes, le pouvoir exécutif a déjà été plusieurs fois aux mains de politiciens ou de partis se faisant une toute autre idée de la relation entre l'Etat et la religion. Toutefois, l'armée et les autres organisations des élites laïques ont systématiquement défendu l'Etat laïque, par des moyens plus ou moins subtils, et même quatre fois en ayant recours à un putsch. La conquête de la présidence de la République par l'opposition crée une situation totalement nouvelle. Comme le président est élu par le Parlement, il dispose seulement de pouvoirs restreints." (29.08.2007)


El País - Espagne

"En Turquie, c'est le pouvoir des militaires qui constitue la véritable anomalie, non qu'un ex-islamiste arrive à la présidence. Cette élection reflète la réalité sociale d'un pays peu préoccupé, selon les sondages, par le voile de la femme du président", affirme le quotidien espagnol. "La nouvelle situation en Turquie constitue un grand défi pour l'Europe. L'UE ne peut pas claquer la porte face à son désir d'adhésion, qui est aussi un désir de modernisation. (...) L'expérience du plein exercice du pouvoir par des islamistes modérés, qui disent accepter les règles constitutionnelles laïques, est non seulement cruciale pour la Turquie, mais aussi pour l'ensemble du monde musulman et l'Europe." (29.08.2007)


La Libre Belgique - Belgique

Gérald Papy salue cette élection. "Mardi, la Turquie est sortie de sa crise existentielle par le haut. Les règles institutionnelles ont été respectées. Le candidat naturel à la présidence, qui s'imposait d'autant plus à l'aune de la victoire de l'AKP aux législatives de juillet, a été élu au troisième tour de scrutin, à la majorité simple. Il a aussitôt promis de respecter la laïcité. L'armée, enfin, malgré un ultime avertissement lundi soir et un ostensible dépit mardi, est restée au balcon. (...) Force est de reconnaître que depuis qu'ils sont au pouvoir, Tayyip Erdogan et Abdullah Gül ont favorisé le développement économique de la Turquie et le rapprochement avec l'Union Européenne, démontrant ainsi que l'islam est soluble dans la démocratie. En ces temps de radicalisation religieuse, le laboratoire turc n'est pas seulement précieux ; il est vital." (29.08.2007)


Le Temps - Suisse

Frédéric Koller estime que "l'AKP a réussi son pari. Il est en passe de devenir ce grand parti de centre droit, respectueux des institutions, pendant musulman des partis démocrates-chrétiens européens. La Turquie peut ainsi espérer devenir un modèle pour l'ensemble du monde musulman. Au Maroc, qui s'apprête à voter, un ancien parti islamiste se réclame déjà de l'héritage de l'AKP. C'est le scénario - optimiste - auquel n'osait plus croire l'Occident replié dans des schémas culturels associant l'islam à la terreur. La réalité est évidemment plus complexe. Et le succès de Gül dépasse largement les clivages entre laïcs et religieux, porté qu'il est par une excellente conjoncture économique. Reste qu'on ne peut pas écarter l'hypothèse de voir un jour l'AKP se replier sur des valeurs islamistes - comme le soupçonnent les laïcs - pour cimenter son électorat en période de crise." (29.08.2007)


Süddeutsche Zeitung - Allemagne

Kai Strittmatter revient sur la polémique entourant Abdullah Gül et sa femme Hayrünnisa Gül, connue pour son port du voile. "Un homme moustachu avec une femme voilée. Et en plus, la femme ne noue pas son foulard lâchement comme le veut la tradition turque, mais bien serré sous le menton, de manière à dissimuler entièrement ses cheveux et son cou. L'armée n'a laissé passer aucune occasion de déclarer qu'elle considérait cela comme un problème majeur. Mais qu'en est-il du pays ? C'est pour lui un pas de plus vers la normalité. Dans un sondage réalisé par le journal libéral 'Milliyet', 70 % des Turcs ont déclaré que cela leur était égal que l'épouse du président porte le voile. Une proportion presque équivalente n'a rien à redire au fait que le président soit religieux. Malgré tout, ils le croient capable de préserver la Constitution laïque de la Turquie. Les opposants d'Abdullah Gül vont observer chaque fait et geste du couple pour déceler le moindre petit écart. Toutefois, les quelques années passées sous le gouvernement de l'AKP ont montré à quel point leur vieux code vestimentaire est superficiel. Tout à coup, les religieux moustachus ont été considérés comme les plus ouverts et les soi-disant laïcs dans leurs beaux costumes comme les plus conservateurs." (29.08.2007)


» Ensemble de la revue de presse de mercredi, 29. août 2007

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