À la une de mercredi, 22. février 2006
La concentration du secteur de l'Energie en Europe
E.ON, premier groupe énergétique allemand, a lancé mardi 21 février une contre-OPA sur la société espagnole Endesa, elle-même convoitée par sa compatriote Gas Natural. La presse européenne considère que cette tentative de rachat présage de profondes mutations dans l'industrie énergétique européenne et constate la volonté de l'Etat espagnol de défendre ce secteur stratégique.
Handelsblatt - Allemagne
Dieter Fockenbrock estime que le projet de rachat d'Endesa par E.ON, bien que nuisible à la concurrence, a des aspects positifs : "Le champion national E.ON-Ruhrgas tente de modifier le paysage énergétique. Il s'agit d'une volonté politique du gouvernement allemand, sinon les deux entreprises n'aurait jamais pu surmonter les réserves de l'Office anticartel et n'aurait pas reçu l'autorisation de fusionner, voilà trois ans. Et il n'y aurait probablement jamais eu d'OPA sur Endesa. La fusion nationale E.ON-Ruhrgas a, sans aucun doute, servi de base économique à cette acquisition transnationale. Le rapprochement hispano-allemand E.ON-Endesa pourrait donner naissance à l'un de ces géants européens dont rêvent volontiers les politiques, et pas seulement à Berlin. Un groupe international plus compétitif, capable, grâce à sa puissance financière et son pouvoir d'achat, de faire face aux humeurs changeantes des fournisseurs d'énergie. Et capable, de ce fait, de contribuer à la sécurisation de l'approvisionnement énergétique. Un argument difficilement contestable au vu de l'explosion des prix de l'énergie et de la multiplication des goulots d'étranglement". (22.02.2006)
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El Mundo - Espagne
Le quotidien se demande si "le gouvernement socialiste, éconduit après avoir reconnu sa préférence pour l'OPA de Gas Natural, va accepter les règles du jeu du marché libre ou bien tirera dans les jambes de l'entreprise E.ON. Les premières réactions ne présagent rien de bon. Le Premier ministre n'a pas caché son énervement quand la chancelière Angela Merkel l'a appelé pour l'informer de l'opération. Zapatero lui a dit que, comme il s'agit d'un 'secteur stratégique', il n'est pas bon qu'une entreprise allemande fasse l'acquisition d'Endesa. Il est insolite que l'Espagne utilise un argument aussi dépassé, étant donné que ce pays a renoncé depuis longtemps à empêcher la libre circulation des capitaux dans l'UE, et que les entreprises espagnoles achètent des sociétés dans d'autres pays". (22.02.2006)
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Financial Times - Royaume-Uni
"Cette démarche libérera certainement [Endesa] des attentions malvenues de Gas Natural, et de sa tentative de créer un groupe 100% espagnol qui ne respecte pas la libre-concurrence. Mais elle oblige également à s'interroger sur le renforcement de la position des grands groupes énergétiques en place, dans une Europe qui manque encore d'un marché unifié de l'énergie", note le quotidien financier. "On ne sait pas encore si l'Etat espagnol usera de la minorité de blocage qu'il possède dans la société Endesa pour faire échouer E.ON et maintenir en vie l'offre de Gas Natural. Mais il est clair que Madrid ne devrait rien tenter de ce genre, car elle s'est trompée dès le début en soutenant la manoeuvre de Gas Natural, et ce contre l'avis des autorités locales de régulation de la concurrence (...) selon lesquelles le mariage d'un producteur d'électricité avec un fournisseur en gaz de premier plan au niveau local est anticoncurrentiel". (22.02.2006)
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La Tribune - France
"L'année 2006 se présente d'ores et déjà comme celle du retour des grandes manoeuvres en Europe", avertit l'éditorialiste François-Xavier Pietri. "Au-delà du montant en jeu, ce qui frappe, dans cette dernière opération, c'est sa nature. Car l'Allemand [le groupe E.ON] n'hésite pas à se présenter en chevalier blanc d'Endesa contre... le gouvernement espagnol. Derrière l'offre de Gas Natural se cache en effet la volonté de Madrid de créer un géant de l'énergie espagnol. L'offre d'E.ON bat en brèche ce projet et, surtout, illustre parfaitement les limites du patriotisme économique que les politiques mettent si volontiers en avant : de national, il faudra bien que ce patriotisme devienne européen. Surtout dans ce secteur de l'énergie dont la recomposition n'en est qu'à ses débuts". (22.02.2006)
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