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À la une de lundi, 6. mars 2006


L'Europe à l'épreuve du patriotisme économique

Le secteur européen de l'énergie connaît actuellement de multiples tentatives de fusions transnationales. Soucieux de préserver leur indépendance énergétique, certains Etats européens ont cherché à défendre leur industrie nationale. La France a ainsi mis en oeuvre la fusion entre les entreprises GDF et Suez pour contrer une offensive lancée par l'Italien Enel. Une politique qui, selon différents analystes, se heurte à la philosophie du projet européen.


Financial Times - Royaume-Uni

"La France paraît aujourd'hui se réfugier derrière une logique patriotique pour mettre en oeuvre, en dépit de ses engagements passés, la privatisation de l'un de ses principaux services publics. En d'autres termes, des sacrifices peuvent être faits au nom de la France, mais plus au nom de l'Europe", note Dominique Moïsi, directeur adjoint de l'Institut français de relations internationales. "L'idéal européen pourrait-il connaître le même destin que l'idéologie communiste, passée du rang de foi à celui de dogme, puis du rang de dogme à celui d'une théorie inapplicable? La première victime de la décision de la France est l'Europe. La fusion française [entre Suez et Gaz de France] se justifie sur le plan économique, mais celle d'Enel également. Pas à pas, les gouvernements européens, de Paris à Varsovie, semblent s'être engagés dans un processus qui pourrait mener l'Europe vers sa désunion". (06.03.2006)


Jyllands-Posten - Danemark

A l'origine, l'Europe devait se transformer en un grand marché commun des biens, des services, du capital et de la main-d'oeuvre, qui aurait évolué librement au-dessus de frontières nationales invisibles, écrit le journal à dans une analyse détaillée de l'état de l'Union. "A la place, nous avons hérité d'une UE qui n'est rien d'autre qu'une construction bureaucratique incomplète dans laquelle la circulation des biens, des services, du capital et de la main-d'oeuvre, est freinée par des forces nationalistes et protectionnistes. Cette trahison des objectifs européens par les politiques nationales est l'une des raisons pour lesquelles l'Europe a du mal à s'extirper de sa torpeur, laissant le champ libre à l'Asie et aux Etats-Unis. Tant que les gouvernements européens feront passer les intérêts nationaux avant les objectifs du marché commun, il ne faudra pas s'étonner du faible enthousiasme des populations pour l'UE". (06.03.2006)


Le Monde - France

"L'Europe réduite 'à un grand marché' qui, croyait-on, avait emporté la partie, est en train de se transformer en pugilat nationaliste et protectionniste entre les Vingt-cinq", constate le journaliste Eric Le Boucher. "L'Europe des services est morte, l'Europe de l'énergie aussi. On accusera les hommes politiques, en particulier les Français, mais pas seulement, d'avoir rétréci leur horizon à leur petit intérêt électoral national. C'est justifié (...). Mais la panne européenne provient aussi du modèle britannique libéral : dans l'énergie, la politique de la concurrence n'a débouché ni sur une baisse de prix ni sur l'émergence de compétiteurs paneuropéens. (...) La carte de l'Europe énergétique qui se dessine est celle de six ou sept champions nationaux (dont EDF et Suez-GDF en France, E.ON et RWE en Allemagne) qui ont et auront intérêt au statu quo". (06.03.2006)


La Vanguardia - Espagne

L'écrivain et journaliste Xavier Bru de Sala analyse les conséquences de l'attitude patriotique de certains pays européens. "Si les Etats ne parviennent finalement pas à freiner la tendance à la concentration, l'interlocuteur de ces immenses groupes qui vont naître sera Bruxelles, ce qui entraînera un pas en avant beaucoup plus important que la semi-oubliée et oubliable Constitution européenne. Il est curieux de constater que le seul système viable pour freiner la concentration serait un pacte de non-agression. (...) Mais au lieu d'organiser une défense sur ce mode, sous le mot d'ordre 'Tenez-vous tranquilles', les Etats incitent leurs entreprises à attaquer tandis qu'ils les protègent contre les agressions extérieures. Un vrai imbroglio dont les épisodes les plus rocambolesques et désagréables sont probablement encore à venir". (06.03.2006)


» Ensemble de la revue de presse de lundi, 6. mars 2006

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