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À la une de vendredi, 24. mars 2006


Le patriotisme économique fait débat

Réunis à Bruxelles pour le sommet de printemps, les vingt-cinq pays membres de l'UE tentent d'ébaucher une politique commune de l'énergie. Cette ambition se heurte notamment aux intérêts particuliers de chaque pays, dont certains n'hésitent pas à voler au secours d'entreprises nationales menacées de rachat. Le patriotisme économique alimente un vif débat dans la presse européenne. 


Hospodářské noviny - République tchèque

Pour Adam Cerny, le sommet européen de Bruxelles n'est qu'un "séminaire sans ambitions, qui ne sert à exprimer, une fois de plus, que l'incapacité commune, pour ne pas dire l'apathie générale (...). Tous les membres de l'Union y psalmodient les fondements de l'intégration européenne, vieux de cinquante ans, comme la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux. Mais quelle est la réalité ? La circulation de la main-d'oeuvre fait l'objet de restrictions, et les services ne sont pas mieux lotis. Au nom du patriotisme économique, les Etats intensifient leur résistance aux investisseurs étrangers. Pour se faire aimer de leurs électeurs, les gouvernements reculent devant les réformes et préfèrent poser de nouvelles barrières aux frontières". (24.03.2006)


Libération - France

Interrogé par le quotidien après l'ouverture du sommet de Bruxelles, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker estime que le 'patriotisme économique' n'a rien de condamnable. "De façon générale, je considère qu'il n'est pas obscène que les gouvernements, surtout s'ils sont actionnaires, posent des questions sur le concept industriel qui sous-tend une OPA ou une fusion, sur les répercussions qu'elle peut avoir pour une région ou un pays, sur le sort des salariés. (...) On ne peut pas réduire l'Europe à un simple marché. Très souvent, les règles du marché produisent de bons résultats, mais de temps à autre, une intervention publique peut avoir ses mérites. Donc je me refuse à toute approche exclusivement idéologique." (24.03.2006)


Die Presse - Autriche

"La politique européenne n'a jamais connu une telle paralysie sur les questions économiques", constate Wolfgang Böhm. "On a l'impression que la plupart des gouvernements, de Paris à Berlin, en passant par Madrid, s'accrochent au peu d'influence qui leur reste. Et la population applaudit, bien sûr (...). Si une telle attitude avait été la norme dans les années 90, le marché intérieur n'aurait jamais pu voir le jour. D'après les économistes, le marché commun a créé, depuis 1993, 2,5 millions d'emplois. Eux non plus n'auraient jamais vu le jour". (24.03.2006)


Rzeczpospolita - Pologne

Anna Slojewska, correspondante du journal à Bruxelles, dénonce les contradictions de la politique gouvernementale polonaise à l'occasion du sommet européen. D'un côté, Varsovie exige la liberté de circulation pour les travailleurs polonais et, de l'autre, joue la carte du protectionnisme en bloquant la fusion des filiales polonaises avec l'italien UniCredit et l'allemand HypoVereinsbank, malgré les objections de la Commission européenne. "Nous sommes prêts à nous battre pour l'ouverture des marchés du travail et l'assouplissement de la directive sur les services dans la 'vieille' Europe, car nous y voyons une chance pour nos entreprises. Mais nous refusons de renoncer à notre droit d'ingérence lorsque des banques étrangères menacent d'entrer sur le marché polonais (...). Le fait de jouer le même jeu que des protectionnistes de renom comme la France ou l'Espagne ne nous aide pas". (24.03.2006)


ABC - Espagne

"Quand le sceptique, l'excentrique et le maladif Samuel Johnson a écrit à la fin du XVIIIe siècle que 'le patriotisme est le dernier refuge des vauriens', il était loin de se douter qu'un jour, après cinquante années de processus de démantèlement de l'Europe des Patries, quelques politiques myopes, aux intérêts plus partisans que nationaux et aux arguments plus sensibles que rationnels, allaient recourir au patriotisme économique pour conserver leur pouvoir et continuer à gérer le monde des affaires, avec une méthode désuète consistant à établir des interdits en échange de faveurs", écrit Luis Ignacio Parada, qui note que "l'épidémie de patriotisme ne fait pas de distinction entre la droite et la gauche" parmi les dirigeants européens. (24.03.2006)


» Ensemble de la revue de presse de vendredi, 24. mars 2006

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