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L'UE comme précurseur dans la politique climatique?
de Dagmar Dehmer
L'UE veut jouer un rôle de leader dans la politique climatique internationale. C'est ce que montre la décision prise lors du sommet européen du 9 mars 2007. Mais y a-t-il à ce sujet un véritable accord entre les Etats membres ?
Le sujet du réchauffement de la planète avait rarement occupé une place aussi importante dans les débats européens, si ce n'est à deux reprises : en 1992, lorsque fut adoptée la Convention cadre sur le changement climatique lors du sommet des Nations Unies à Rio de Janeiro, et en 1997, au moment de la ratification du Protocole de Kyoto lors du sommet climatique des Nations Unies au Japon.

Photo: stock.xchng
Même en France, où le thème de l'environnement rencontre généralement peu de succès, on se penche sérieusement sur la question du changement climatique et sur les solutions possibles. En Allemagne, cette question a aussi une importance croissante et fait de plus en plus souvent la une de la presse. Le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung a même publié le 2 mars dernier des pages culturelles entièrement réalisées par des spécialistes du climat.
Une "diète climatique" par intermittences
Le consensus sur la nécessité de prendre des mesures de protection du climat s'est largement répandu dans l'opinion publique. Lorsque le président tchèque, en octobre, a qualifié d' "irrationnelles" les mises en garde des chercheurs à propos du réchauffement de la planète, la correspondante allemande en République tchèque, Antje Buchholz, a écrit ce commentaire ironique dans le Prazsky Denik, le 13 octobre 2006 : "Depuis son palais pragois, le professeur Klaus se montre impassible face aux armées d'experts."
La protection du climat concerne désormais aussi les habitudes des consommateurs. On cherche ce que pourraient faire les individus pour sauver le climat, c'est-à-dire pour que chacun réduise son émission de CO2. "Pourquoi ne pas faire de temps à autre une diète climatique – dans le domaine alimentaire, mais aussi dans celui des voyages ou du chauffage", suggère Hanna Gersmann dans le tageszeitung du 23 février 2007.
Le climat, un sujet d'abord confidentiel
De 1997 à 2005, en revanche, cette question a connu dans l'opinion publique une sorte de passage à vide du désert – on a peu discuté du changement climatique. Lors des conférences sur le climat, on s'est battu sur des détails du Protocole de Kyoto en partie tellement complexes qu'il était pratiquement impossible d'en faire part à l'opinion publique.
Il a fallu attendre l'entrée en vigueur du Protocole de Kyoto le 16 février 2005 – sans les Etats-Unis ni l'Australie – ainsi que la présidence britannique du Conseil de l'UE et du G8 la même année, pour que l'on recommence peu à peu à prendre le sujet au sérieux. Le Premier ministre Tony Blair avait déclaré que "le changement climatique était le plus grand défi de l'humanité pour ce siècle". Ses conseillers se sont donc aussitôt mis à élaborer un livre blanc pour la transformation de l'économie britannique en une "économie pauvre en carbone". Depuis, l'intérêt des Britanniques pour le sujet n'a jamais faibli.
Les rapports qui alarment l'opinion publique
Depuis le documentaire d'Al Gore, "Une vérité qui dérange", et le rapport de l'ancien économiste de la Banque mondiale, Nicholas Stern, sur les coûts du changement climatique, ce sujet plutôt confidentiel est devenu une préoccupation mondiale. C'est surtout le rapport de Stern, calculant les coûts économiques du réchauffement de la planète, qui a relancé le débat. Désormais, on ne se sert plus de l'économie et de la croissance contre la protection du climat, au contraire celle-ci est de plus en plus posée comme condition au succès économique.
George Monbiot commente ainsi la situation dans le Guardian britannique du 31 octobre 2006 : "Que le rapport de Nicholas Stern ait poussé les gens à agir avant même d'avoir été lu en entier prouve bien l'importance de l'argent".
En février est parue, en outre, la première partie du nouveau rapport du GIEC, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat créé par l'ONU. Les chercheurs du GIEC attribuent le changement climatique aux influences de l'homme et donnent jusqu'à 2020 aux dirigeants politiques pour prendre le bon virage.
La politique climatique de l'UE
L'Union européenne joue traditionnellement un rôle important dans les discussions internationales sur le climat. Elle a toujours été une des forces porteuses des négociations de l'ONU sur le sujet. Il n'est donc pas étonnant que les attentes soient élevées à l'égard de l'UE, également pour la suite du processus de Kyoto. Le traité expire en 2012. Si on ne parvient pas à fixer un cadre pour l'après-Kyoto lors de la conférence sur le climat qui se tiendra à Bali en décembre 2007, il risque d'y avoir un espace vide entre les deux accords. Ce serait fatal, notamment pour le marché européen des émissions. Ce système qui fait payer plus cher à l'industrie l'émission de dioxyde de carbone (CO2) polluant, dans la mesure où il impose une limite supérieure, s'effondrerait sans doute.
Les échanges de droits d'émission : un modèle européen
Le système d'échanges de droits d'émission, c'est-à-dire la tentative de réduire par un modèle de marché l'émission des gaz à effet de serre, est le projet que l'UE met en avant. Même le commissaire européen chargé de l'environnement, Stavros Dimas, l'a reconnu. Peu avant Noël, il a rejeté les dix premiers plans nationaux d'affectation pour le système d'échange des quotas d'émission parce qu'ils n'allaient pas assez loin selon lui. Peu avant, la France avait retiré son plan qui aurait sûrement connu le même sort. Seul le projet britannique n'avait qu'une petite lacune, tous les autres avaient un immense problème : ils dotaient leur industrie de droits d'émission beaucoup trop généreux pour la seconde période de l'échange (2008 à 2012).
Les médias ont observé ces évolutions d'un regard critique : la presse européenne a salué la décision de la Commission européenne de rejeter les plans d'émission de certains pays. Cela prouve, selon elle, "que la Commission est un régulateur crédible", constate Kate Hampton dans le Economist du 1er décembre 2006. De plus, écrit Le Monde le même jour, "la Commission européenne a prouvé qu'elle savait parfois résister aussi à la pression économique". Si l'échange de quotas d'émissions échoue, résument les médias, l'UE perdra sa crédibilité dans le domaine de la protection du climat.
Le projet unificateur de l'UE
Cependant, l'Europe des 27 a franchi une étape supplémentaire. Avec le sommet de Bruxelles sur le climat, "l'Europe s'est réinventée", écrit Gerd Appenzeller dans le Tagesspiegel. Angela Merkel a réussi, en tant que présidente du Conseil de l'UE, à assigner aux autres pays membres un nouvel objectif climatique. L'UE proposera, lors de la conférence sur le climat prévue à Bali en décembre 2007, une diminution d'au moins 20% de l'émission de gaz à effets de serre entre 1990 et 2020, et même de 30% si d'autres pays industriels suivaient. En outre, il faut que d'ici là 20% de la consommation d'énergie de l'UE soit couverte par des sources d'énergie renouvelable – l'énergie nucléaire n'étant pas considérée comme renouvelable. Il faudrait que 10% des énergies soient alors devenues des bioénergies et que l'efficacité énergétique soit accrue de 20%, ce qui réduirait d'autant la consommation d'énergie. Si l'UE atteignait cet objectif, elle prouverait qu'il peut exister un modèle de prospérité moins destructeur pour le climat.
On compte beaucoup sur un tel modèle pour rendre la politique de protection du climat plus attractive aux yeux des pays nouvellement industrialisés comme la Chine, l'Inde le Mexique, le Brésil et l'Afrique du Sud, et pour les inciter à prendre des initiatives.
Une politique de symboles ?
Il est vrai que la France et les pays d'Europe de l'Est ont tenté jusqu'à la fin du sommet de faire passer les centrales nucléaires pour des sources d'énergie sans danger pour le climat et de contourner ainsi l'objectif commun des énergies renouvelables. Par ailleurs, des pays comme la Pologne ou la République tchèque redoutent l'obligation de réduire drastiquement leurs émissions de CO2, dans la mesure où leur économie nationale commence tout juste à rattraper son retard. Le sommet de Bruxelles a occulté les questions les plus difficiles : la répartition des charges pour atteindre les objectifs n'a pas été fixée. Sans cette omission, le sommet aurait explosé.
"Chypre a besoin d'énergie pour refroidir le pays, le Danemark a besoin d'énergie pour se chauffer. La Finlande continue d'augmenter sa production d'énergie nucléaire, et l'Allemagne la réduit. L'UE demande la réduction des émissions de gaz à effet de serre, ce que l'industrie automobile allemande refuse, tandis que les voitures françaises et italiennes respectent déjà les objectifs en la matière" résume László Szöcs, le correspondant du quotidien Nébszabadság à Bruxelles, dans un article du 10 mars 2007. Hendrik Kafsack qualifie dans le Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung cet accord d' "accord sur les objectifs et les symboles".
La plupart des chroniqueurs doutent, tout comme lui, que le projet d'accord de l'UE conduise effectivement à une entente. Car chaque pays doit trouver une convention d'objectifs juste et appropriée. Mais que signifie "juste et appropriée" ? Pascal Aubert écrit à ce sujet dans La Tribune, le 13 mars 2007 : "Il y a pratiquement autant d'interprétations que d'étoiles sur le drapeau de l'UE."

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Traduction
Barbara Fontaine
© Bundeszentrale für politische Bildung
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