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Une victoire russe ?
de Ulrich Heyden
Hystérie antirusse et chute du prix du gaz : la presse russe se demande si le conflit gazier avec l'Ukraine s'est achevé par un succès de la Russie.
Après l'accord conclu entre la Russie et l'Ukraine dans le conflit gazier, le Kremlin affirme en être sorti vainqueur. En même temps, le président russe, Dmitri Medvedev, et le Premier ministre, Vladimir Poutine, tentent de donner l'impression dans leurs interventions publiques à la télévision que la crise du gaz n'a été qu'une simple affaire économique. Mais les analystes en Russie parlent très ouvertement du contexte géopolitique, notamment de l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN souhaitée par le président ukrainien Victor Iouchtchenko, qui a manifestement été l'occasion pour Moscou d'intervenir de manière ostensiblement dure contre Kiev. Dans les commentaires des journaux russes sérieux, les comptes-rendus de victoire se mêlent à la crainte que la réputation de la Russie ait été écornée en Europe mais aussi dans les pays amis de la CEI.
Le manque de fiabilité de l'Ukraine
Le directeur de l'Institut pour les pays de la CEI (Communauté des Etats indépendants) et député à la Douma, Constantin Satulin, écrit dans le tabloïd Komsomolskaïa Pravda - disposant des meilleurs contacts avec le Kremlin - que la Russie a pu tirer profit du conflit gazier.

Il indique toutefois qu'il y a eu des « frais politiques ». « Comme toujours, on a tenté d'attiser une hystérie antirusse en Occident, en prétendant que la Russie essayait de sanctionner l'Ukraine en raison de ses aspirations démocratiques. ... Il est difficile de faire changer ces gens là d'avis, car ils utilisent comme preuve des clichés qu'ils se sont créés lors de la guerre en Géorgie. » Mais cela ne concernerait pas que l'Europe. Il y aurait malheureusement beaucoup de personnes critiquant le gouvernement en Russie aussi, et ce précisément au moment « où les dirigeants agissent de manière ferme et déterminée dans la lutte pour les intérêts nationaux. »
Iouchtchenko perdant
Comme presque tous les analystes russes, Satulin estime que l'Ukraine s'est discréditée « aux yeux de l'Europe » et est apparue comme un « pays de transit du gaz peu fiable et corrompu ». Pour le président ukrainien Victor Iouchtchenko, traité de vassal des Etats-Unis par la presse de Moscou depuis qu'il a livré des armes à la Géorgie, la crise du gaz serait une « défaite personnelle ». La Premier ministre ukrainienne, Ioulia Timochenko, aurait « naturellement gagné ». La presse moscovite épargne Timochenko depuis qu'elle s'est montrée modérée à l'égard de la Russie en tenant compte des voix de la minorité russophone en Ukraine – elle avait, début 2005, peu après la Révolution orange, une attitude encore fortement antirusse. Le Kremlin renforce ainsi de facto la position de Timochenko face au président Iouchtchenko.
Dans un commentaire paru dans le journal pro-occidental Moscow Times, la journaliste critique du Kremlin, Ioulia Latynina, ironisait sur le fait que Gazprom pouvait « déduire » ses pertes financières dans le conflit gazier des aides à verser pour la campagne électorale de Timochenko en vue des élections présidentielles ukrainiennes de 2009. La Premier ministre ukrainienne, Timochenko, sort « clairement vainqueur » du conflit. Le « grand perdant » est le président ukrainien, Iouchtchenko. « Le Kremlin est également perdant, mais les pertes ont été compensées par la mise à profit de l'incompétence de Iouchtchenko dans le règlement du conflit. »
Un prochain conflit sur les prix de transit du gaz
Vladimir Milov, ministre russe adjoint à l'Energie en 2002 et l'un des derniers réformateurs de l'ère Eltsine en poste à l'époque, est aujourd'hui engagé aux côtés de l'ex-champion d'échecs Gary Kasparov dans le mouvement d'opposition récemment créé, « Solidarnost ». Dans un commentaire paru dans le journal critique à l'égard du Kremlin Novaïa Gazeta, il met en doute l'euphorie liée à une victoire russe dans le conflit gazier. Selon lui, la Russie n'a pas seulement souffert d'une grave détérioration de son image, l'Ukraine a également réussi à imposer l'indexation du prix du gaz sur celui du pétrole dans le contrat négocié entre Gazprom et Naftogaz, ce qui est « très avantageux pour l'Ukraine à court terme ».
On peut désormais se demander « s'il valait la peine que Gazprom coupe le gaz pendant deux semaines à l'Europe pour parvenir à ce résultat. » Milov ne donne toutefois pas de réponse à cette question de rhétorique. L'ex-ministre prédit que le prochain conflit entre Kiev et Moscou sera lié à la question du prix de transit, c'est-à-dire le prix que l'Ukraine peut demander pour le transport du gaz russe via ses gazoducs. D'après le nouvel accord, celui-ci devrait être indexé sur le « prix de transit européen » à partir de 2010. Mais il n'y a absolument pas de prix de transit européen indique l'ex-ministre.
Regard à l'Ouest
Selon Milov, l'un des véritables succès de la Premier ministre ukrainienne, c'est le fait que Gazprom vende désormais directement son gaz pour l'Ukraine à Naftogaz, et que l'entreprise intermédiaire opaque, RosUkrEnergo, dont le siège est en Suisse et pour les services de laquelle le président russe Dmitri Medvedev comme le président ukrainien Victor Iouchtchenko étaient intervenus, ne soit plus impliquée. « L'absence de relations directes entre la Russie et l'Ukraine a entraîné des problèmes : Gazprom n'a pas pu recouvrer ses recettes elle-même et n'a pas eu la possibilité de mettre Naftogaz à contribution. »
Le journal nationaliste et conservateur Nezavissimaïa Gazeta attire l'attention sur un autre problème engendré par les « guerres du gaz » récurrentes. L'influence de la Russie dans les pays de la CEI continue de chuter. « Même la Biélorussie, le proche allié de la Russie, a ouvertement évoqué l'orientation européenne de sa politique étrangère et les perspectives de celle-ci, alors que la question occidentale ne faisait pas partie de la tradition de Minsk il n'y a pas si longtemps encore, c'est le moins que l'on puisse dire. » La Biélorussie s'est « clairement décidée à engager de nouvelles relations avec l'UE. ... Les pays de la Communauté [CEI] changent d'orientation. La guerre du gaz a accéléré ce processus sur son territoire, surtout la dernière. » Moscou parle certes toujours de l'importance de l'intégration dans la CEI, mais n'a en fait rien à proposer « pour rendre l'intégration dans la Communauté attractive. »

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Langue originale Allemand
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