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Noir ou blanc

de Nikola Richter


Depuis le troisième duel télévisé entre les deux candidats à la présidentielle américaine à la mi-octobre 2008, la presse européenne était sûre que seul le racisme ou un événement imprévisible pouvait encore donner les voix nécessaires au candidat républicain John McCain.


Les débats télévisés américains sont prévus à l'avance. Le dernier face-à-face du 16 octobre entre les deux candidats à l'élection présidentielle suivait le même schéma : neuf minutes étaient attribuées à chaque thème et chaque participant disposait à tour de rôle de deux minutes de temps de parole pour chaque intervention. Le public était assis dans le dos des orateurs et devait garder le silence. Il semblerait presque que le débat a aussi été prévu à l'avance dans la presse européenne. L'Obamania qui domine depuis le début de la campagne électorale a fait place à un pronostic sans équivoque : Obama va gagner, Mc Cain non.

Des T-shirts à l'effigie des candidats à l'élection présidentielle, Barack Obama et John McCain, dans une boutique de cadeaux d'un hotel de Washington, juillet 2008. Photo : AP/Jae C. Hong


Le quotidien belge Le Soir jubilait déjà, le 21 octobre dernier, en pensant à l'issue prévisible de la campagne, et s'associait à l'appel au « changement » de la campagne d'Obama : « L'arrivée à la tête de la puissance américaine d'un président noir n'est plus inimaginable. ... L'homme est doté d'un impressionnant magot de campagne : un nouveau record de 150 millions de dollars acquis en septembre, un total de 650 millions de dollars en tout, supérieur aux dépenses cumulées [des deux candidats aux présidentielles George W.] Bush et [John] Kerry en 2004 ! ... Tout est-il joué pour autant ? Pas encore. ... Obama ou McCain ? Ce choix nous concerne. Le monde entier – Belges et Européens en particulier – a opté pour le charisme d'Obama. Pour redonner du corps au dialogue et au multilatéralisme, laisser une chance à la lutte contre le réchauffement climatique. Pour le changement ! »

Même le quotidien The Irish Times était persuadé, le 20 octobre, qu'Obama ne pouvait plus vraiment perdre. « Il a, à juste titre, les arguments fédérateurs de son côté : la politique, le tempérament et la capacité à gouverner ». Le dernier des trois débats télévisés n'a rien changé à la dynamique fondamentale de la campagne électorale américaine, estime également le Süddeutsche Zeitung du 17 octobre 2008. « Sauf imprévu – une erreur incompréhensible de la part d'un candidat, une attaque terroriste, le rétablissement insolite de l'économie pendant la nuit – les Etats-Unis se trouvent à un tournant : les Américains vont prouver au monde que leur pays a encore la force de s'auto-renouveler, même en temps de crise, ou plutôt grâce à celle-ci. »

Comment expliquer une telle réussite d'Obama ?

Le succès d'Obama repose sur de nombreux facteurs. Sur ce point aussi, la presse européenne a des réponses toutes prêtes : le journal espagnol El Correo se félicitait le 30 octobre de l'utilisation de nouveaux médias comme Youtube et de réseaux en ligne comme Facebook dans la stratégie de campagne d'Obama.

On loue souvent les mérites de la remarquable rhétorique d'Obama. Il serait le politique du siècle et marcherait dans les pas des militants Noirs pour les droits civiques. Dans son édition dominicale du dimanche 17 février, Le Neue Zürcher Zeitung expliquait déjà que « La campagne d'Obama combine à la fois une rhétorique exaltante et des faits concrets au niveau du contenu. Obama s'est distingué à chacune de ses apparitions par sa franchise intellectuelle, associée à un souci du détail. » Ce n'est pas seulement depuis son discours au pied de la Colonne de la Victoire à Berlin le 24 juillet, au cours duquel Obama a appelé au renforcement du dialogue transatlantique, qu'Obama a gagné le cœur des Européens en tenant compte de l'influence grandissante de l'Europe sur le plan international, et en prenant le Vieux Continent au sérieux. A ce sujet, Willem Post écrivait le 24 octobre 2008 dans le quotidien néerlandais De Volkskrant : « Obama se pare désormais des atours de cette région du monde, cela est dû à l'évolution de l'image de l'Europe aux Etats-Unis. Au cours des dernières années, l'Amérique a atteint ses limites en Afghanistan et en Irak mais aussi sur d'autres questions internationales comme le problème israélo-palestinien et la confrontation avec l'Iran au sujet de l'enrichissement de l'uranium. ... L'Amérique a de nouveau besoin de ses vieux alliés de l'OTAN avec lesquels elle peut s'unir sur des intérêts communs et une société de valeurs. »

Comment expliquer l'échec de McCain ?

Pour la presse européenne, McCain échoue par contre sur toute la ligne. Sa stratégie en ce qui concerne la crise financière est déconcertante, estimait par exemple le journal espagnol Público le 20 octobre ; McCain n'aurait pas misé sur l'expérience et aurait interrompu sa campagne dans la panique. Dans le Financial Times, Clive Crook estime que McCain ne peut pas remporter les votes du centre politique.

Mais son conservatisme pourrait justement être son dernier avantage, reconnaissait Dietmar Ostermann, en analysant le glissement à droite de McCain dans le Frankfurter Rundschau du 27 octobre. « Une importante majorité des Américains vit aujourd'hui dans des grands centres urbains et non dans les régions rurales. Et c'est là, dans les zones résidentielles interminables des 'Exburbs' (banlieues étendues) et des 'Suburbs' (proches banlieues) que l'élection va encore se jouer cette fois-ci. Les mythes romantiques du pionnier n'attirent plus. Cette Amérique est plus colorée, plus stratifiée, plus pragmatique et plus tolérante. Les habitants des grands centres urbains veulent des emplois sûrs, de meilleures écoles et un système de sécurité sociale abordable. Ils sont conservateurs ou libéraux mais ne veulent pas que le pays soit divisé entre 'vrais' ou 'faux' patriotes. McCain mise sur de vieilles recettes, sur la polarisation, sur une campagne électorale partisane. »

Le journal économique Financial Times estimait en revanche le 17 octobre que les chances de McCain dans la course à la présidence étaient maigres. ... Il n'a pas profité de la crise financière sur le plan politique et ne s'est jamais exprimé avec confiance sur les sujets économiques. ... Soumise à une pression croissante, sa campagne s'appuie de plus en plus sur des attaques antipathiques et mal lunées contre Obama. Cela ressemble à du désespoir. Le résultat étrange de tout cela, c'est que pour affronter les difficiles prochaines années, on fait plus confiance au candidat jeune, sans expérience, et aux aptitudes non-vérifiées , qu'à son rival pourtant connu, jusqu'alors apprécié et aguerri. »

Powell pour Obama

Même l'ancien secrétaire d'Etat de l'administration républicaine, Colin Powell, apporte son soutien à Barack Obama. Cela qui donne un dernier atout aux démocrates, commentait Stefan Cornelius le 20 octobre dans le Süddeutsche Zeitung. « Malgré son rôle peu glorieux dans la préparation de la deuxième guerre en Irak, le général et secrétaire d'Etat est, pour de nombreux Américains, l'incarnation de la crédibilité. Si Powell affirme que l'on peut voter pour Obama, alors de nombreux électeurs indécis issus du centre politique vont voter Obama. » Même le journal du soir Aftonbladet de Stockholm constatait le 20 octobre 2008 : « En prenant cette décision, Powell s'éloigne définitivement de la voie sur laquelle les Etats-Unis se sont engagés avec l'administration Bush. Il sera désormais encore plus difficile de reprocher à Obama son manque de qualités en matière de politique étrangère. » Obama dispose de tellement d'atouts dans son jeu, « que seul un miracle pourrait encore sauver McCain », soulignait laconiquement le magazine hebdomadaire polonais Fakt le 21 octobre.

L'influence du racisme

Ce miracle pourrait se produire si le peuple américain chrétien marqué, par ses valeurs traditionnelles, ne votait pas pour un Noir. Le quotidien libéral britannique The Independent annonçait le 17 octobre : « Obama va entrer dans l'Histoire s'il l'emporte. Mais sa race est un facteur électoral complètement inconnu. Beaucoup considèrent que la majorité des électeurs dissimulent l'influence que cette question peut avoir sur leur position. »

L'idéologie raciste a également joué un rôle dans le projet des néonazis américains dirigé contre Obama, le fils d'un Kenyan. Ils avaient l'intention de perpétrer un massacre dans une école du Tennessee majoritairement fréquentée par des Noirs avant d'assassiner le candidat démocrate. Le quotidien italien La Repubblica du 28 octobre a replacé ce plan déjoué, dans le contexte des autres attentats politiques aux Etats-Unis qui auraient joué de tout temps un rôle décisif dans le mouvement des droits civiques et leur répression – d'Abraham Lincoln à Martin Luther King.

Le journaliste britannique Timothy Garton Ash analysait lui aussi le 8 octobre dans le quotidien espagnol El País la guerre culturelle américaine : « [Le candidat républicain à l'élection présidentielle américaine] McCain, qui reconnaît l'échec sur tous les fronts – de l'Irak à l'économie – se saisit de la différence culturelle comme arme de dernier recours contre Obama : en la personne de Sara Palin, le lance-roquettes Katioucha de l'Amérique rouge [républicaine]. ... Il est important pour la planète que les Etats-Unis mettent fin à leur guerre civile culturelle le plus rapidement possible. ... La tâche qui incombe au gouvernement est uniquement de créer un contexte libéral dans lequel les hommes et les femmes peuvent décider librement de leurs affaires personnelles. » Si l'Amérique réussit à élire un Noir, Gad Lerner écrit dans le même journal le 30 octobre 2008, que ce serait une leçon pour le monde : la « fin de l'idéologie raciste ».

 
Nikola Richter
Nikola Richter, née à Brême, travaille comme rédactrice chez euro|topics. Elle vit à Berlin. Ses dernières publications étaient "Schluss machen auf einer Insel" (Berlin Verlag ...
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Langue originale Allemand

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