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A pas de tortue
de Victor Alistar
La lutte contre la corruption en Roumanie est trop lente et trop superficielle. Elle s'épuise le plus souvent dans des débats politiques interminables, écrit le directeur de Transparency International Roumanie.
Le manque d'impact des réformes roumaines dans la lutte contre la corruption prouve que l'entrée de la Roumanie dans l'Union européenne ne constitue pas une solution générale aux problèmes que rencontrent le pays. Pas une seule fois, les voix de la société civile ne se sont fait entendre, comme celles par exemple de la section roumaine de Transparency International ou celles de l'organisation non gouvernementale roumaine, Centre for Legal Ressources, qui ont attiré l'attention sur le caractère purement superficiel des efforts roumains ; des efforts que la Roumanie n'a apparemment entrepris que pour satisfaire aux conditions de l'UE. On peut examiner le cas de la Nationale Agentur für Rechtschaffenheit (Agence nationale pour l'honnêteté) fondée en 2007, qui n'a pu commencer son travail que très récemment et dont la création seule s'est heurtée à un long et difficile processus débuté en 2004. Elle a fait l'objet de débats interminables et n'a cessé d'être remis en question par des projets de loi très discutés. La loi définitive a été votée au Parlement lors d'un vote secret.

Photo : Matthias Häber
On peut donc se poser la question de savoir dans quelle mesure ces réformes servent plus à des manœuvres relevant de la politique de parti qu'au traitement réel du problème. On insiste trop sur la question de la lutte contre la corruption dans les débats publics, ce qui risque d'entraîner la perte de l'attention du public. Cette tendance pourrait se poursuivre si cette question est monopolisée ou utilisée abusivement à des fins politiques.
Un traitement trop indulgent
Les rapports de la Commission européenne confirment cet état de fait. Le dernier rapport du 23 juillet réclame des réformes plus énergiques et exprime de vives critiques à l'égard des efforts des Roumains mais aussi des Bulgares. Toutefois, ces derniers seront les seuls à recevoir une sanction financière en raison du mauvais usage réservé à l'argent de l'Union européenne, tandis que les Roumains bénéficient encore d'un traitement de faveur. Il est pourtant évident que la Roumanie a besoin d'accélérer de toute urgence le processus de réformes. Il faut même que celles-ci soient conséquentes dans la lutte contre la corruption, et leurs répercussions clairement perceptibles. Il nous suffit d'observer quelques faits : bien que la Roumanie soit l'Etat membre de l'UE ayant le plus enfreint la convention européenne des droits de l'homme, on n'a toujours pas demandé de comptes aux employés de l'administration roumaine. Et bien que les poursuites engagées pour des délits de corruption importants soient sous les feux de la rampe et présentées comme une réussite totale, les véritables résultats de ces enquêtes n'ont pas encore été communiqués. Il est donc nécessaire de renforcer l'intégrité de l'appareil judiciaire pour garantir une meilleure transparence et agir plus efficacement sur le plan juridique.
Une amélioration de 0,6 points
Dans l'indice de perception de la corruption que l'organisation mondiale Transparency International a publié en 2007 et qui permet aux pays les moins touchés par la corruption d'arriver en tête du classement avec le plus grand nombre de points, la Roumanie a obtenu 3,7 points sur 10. La moyenne européenne est de 6,51 points. Même si étonnamment, la Roumanie a pu améliorer son résultat de 0,6 points, il est relativement clair que cette progression est essentiellement due à l'entrée au sein de l'Union européenne, et à l'ajournement de l'introduction de la clause de sauvegarde. L'administration publique, la justice, le système de formation, le système de santé ainsi que l'industrie minière, l'industrie de l'armement et tout le domaine de la privatisation, restent toujours fragiles par rapport à la corruption. Pas étonnant donc que la Roumanie se retrouve loin derrière les autres pays européens (y compris la Bulgarie). Inutile de comparer la Roumanie avec les Etats occidentaux comme les Pays-Bas, le Danemark ou la Suisse, qui ont réussi à se classer en tête du classement mondial des 10 Etats sans corruption.
Poursuivre chaque délit en justice
Si la Roumanie veut éviter les sanctions de l'Union européenne, il faudra intensifier les efforts de lutte contre la corruption qui accompagnent les réformes, et renforcer les lois. La prévention et la lutte en font partie, de même que la poursuite pénale de chaque délit de corruption dès lors qu'ils sont révélés au grand jour. Ce dont la Roumanie a surtout besoin aujourd'hui, c'est de succès concrets.

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