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À la une de vendredi, 17. novembre 2006


Littell pose un autre regard sur l'Holocauste

Dans son ouvrage 'Les Bienveillantes', l'écrivain Jonathan Littell décrit l'entreprise d'extermination du régime nazi en se mettant dans la peau de l'un de ses exécutants. Ce livre, qui connaît un grand succès en France auprès du public et de la critique, suscite un débat sur le traitement littéraire et historique de l'Holocauste.


El País - Espagne

Le quotidien reprend une interview accordée par Jonathan Littell au 'Monde' et réalisée par Samuel Blumenfeld. L'auteur des 'Bienveillantes' répond notamment aux critiques concernant la crédibilité de son personnage, Max Aue. "Je suis d'accord. Mais un nazi sociologiquement crédible n'aurait jamais pu s'exprimer comme mon narrateur. Ce dernier n'aurait jamais été en mesure d'apporter cet éclairage sur les hommes qui l'entourent. (...) Je ne recherchais pas la vraisemblance, mais la vérité. Il n'y a pas de roman possible si l'on campe sur le seul registre de la vraisemblance. La vérité romanesque est d'un autre ordre que la vérité historique ou sociologique. La question du bourreau est la grande question soulevée par les historiens de la Shoah depuis quinze ans. La seule question qui reste est la motivation des bourreaux. Il me semble après avoir lu les travaux des grands chercheurs qu'ils arrivent à un mur." (17.11.2006)


Libération - France

Pour le journaliste Michaël Prazan et l'historien Adrien Minard, cet ouvrage de fiction a le mérite de "remplir un vide" au sens historique. "Ne serait-ce que pour la description de la liquidation des Juifs de Kiev, d'un réalisme foudroyant, jamais racontée ainsi, ni par Hilberg, ni par Lanzmann, ni même par le père Desbois (qui fouille chaque fosse commune aux confins de l'Ukraine depuis tant d'années), ne serait-ce que pour ce morceau-là, le livre frôle le chef-d'oeuvre. (...) Littell livre un aperçu concret de l'extermination, qui ne se réduit pas à l'élimination d'un peuple au sens abstrait du terme. Les massacres de masse se sont appliqués à des êtres de chair et de sang. Et, de l'autre côté, les fonctionnaires de la SS ne sont pas que les pions d'une bureaucratie, mais aussi des bourreaux dont les pulsions jouèrent un rôle dans les opérations de mise à mort. (...) Seule l'écriture littéraire permet d'approcher à ce point cette dimension anthropologique du génocide." (16.11.2006)


Le Jeudi - Luxembourg

"Parfaitement conscient du fait qu'on ne choisit pas toujours son camp, Littell place son personnage [Max Aue] au coeur même de l'équarrissoir, sans pour autant en faire un démon ou un psychopathe. Ce qui l'intéresse (...), c'est de mesurer le taux de hasard, de lâcheté collective et de cynisme individuel qui, dans une composition chimique particulière, finissent par engendrer le meurtre politique de masse", explique Corina Ciocârlie. "Comme la plupart, Max Aue n'a jamais demandé à devenir un assassin. S'il l'avait pu, il aurait fait dans la littérature car, tout porté qu'il est sur l'inceste et la transgression, il ne tenait pas vraiment à lire 'Le Banquet' de Platon sur les rives du Dniepr, entre deux exécutions massives de Juifs ou de Tsiganes. En fidèle admirateur de Lermontov, il est intimement convaincu qu'il est bien plus facile et plus rentable d'être un héros et non pas un bourreau – de notre temps. Mais bon, personne ne lui a demandé un avis critique sur l'inadéquation absolue entre la facilité avec laquelle on peut tuer et la grande difficulté qu'il doit y avoir à mourir." (16.11.2006)


» Ensemble de la revue de presse de vendredi, 17. novembre 2006

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