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02.12.2008

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Magazine / Histoire / Euro / Article | 19.02.2008

Une crise fait le tour du monde

de Oliver Stock


Oliver Stock explique comment des propriétaires immobiliers nord-américains en difficulté de paiement font trembler l'économie mondiale. Quelles sont les répercussions de la crise en Europe ?


Cela arrive rarement : Marcel Rohner se tient devant sur la tribune nue de la grande salle de la Bourse de Zurich, là où depuis bien longtemps, on n'agit plus sur le parquet mais où les salles sont utilisées pour des congrès. Un homme mince, la quarantaine, pâle. Il est le chef de la plus grande banque d'Europe, la banque suisse UBS et vient juste de devoir annoncer la première perte annuelle dans l'histoire de l'institut financier. « Le résultat est inacceptable », dit-il péniblement en passant très vite les chiffres en revue. A la fin, plus de doutes : la banque jadis altière, rayonnant dans le monde cette solidité incarnée par tout le pays, est terrassée. Comme cela a-t-il été possible?

Photo: AP


De l'autre côté de l'Atlantique, un américain moyen est assis en ce moment même à table avec sa famille pour le repas du soir. Appelons-le Alex Brown. Il a un travail au salaire moyen et pas de biens notables. Il y a un an, il a réalisé son rêve de devenir propriétaire. La banque qui lui a accordé le prêt ne voulait même pas voir de sûretés détaillées. A l'époque, pratiquement personne ne s'intéressait au fait qu'Alex Brown, et avec lui des centaines de milliers d'Américains, reçût un prêt à la solvabilité douteuse pour une maison d'habitation. Seul était curieux à l'époque le recul enregistré par les statisticiens dans la construction de logements. Il est souvent le signe précurseur d'une conjoncture en perte de vitesse. C'est seulement fin mars 2007, lorsque le prestataire de services financiers New Century Financial se place sous la protection des créanciers que le terme de « Subprime mortgages » commence à inquiéter aussi les Européens. Au sein de l'UBS à Zurich, les premières alarmes commencent à retentir. Beaucoup trop tard, comme il devait s'avérer par la suite.

L'UBS aurait pu faire attention à d'autres indices, par exemple ceux que décrit en détail une étude désormais publiée du Fonds Monétaire International (FMI). Les auteurs y constatent qu'en seulement sept ans, entre 2000 et 2006, le volume des nouveaux crédits hypothécaires (forme de crédit qui est garantie par l'inscription au livre foncier) a triplé aux Etats-Unis, s'élevant à 600 milliards de dollars. La part des crédits à risque est passée dans la même période de neuf à 20 pour cent.

Les chercheurs en concluent que la politique monétaire de la banque centrale nord-américaine Fed, qui a alimenté pendant des années le marché avec de l'argent bon marché, est aussi responsable de cette évolution. A cela vient s'ajouter la tendance néfaste des banques de faire dépendre leurs critères d'octroi de crédits de l'évolution du marché, et non pas de la solvabilité effective d'un débiteur, comme par exemple Alex Brown. Conséquence : plus de demandes de crédits Subprime étaient faites, plus le marché était convoité et moins les crédits étaient contrôlés. Les auteurs du FMI démontrent rapidement que dans des régions où déjà beaucoup de crédits Subprime ont été accordés, leur nombre a augmenté plus vite que dans d'autres régions. Selon les auteurs, la raison pourrait en être que les créanciers ont misé sur un boom immobilier à long terme.

Aussi longtemps que cela fonctionnait, Alex Brown aurait même ne pas pu payer. La banque aurait été en mesure de revendre rapidement le crédit en souffrance. Elle l'aurait caché dans un paquet avec de meilleurs crédits, une agence de notation aurait apposé au paquet son cachet avec l'appréciation « bien » et un acquéreur aurait vite été trouvé. La solvabilité des débiteurs – qui s'y intéressait tant que tous jouaient le jeu ? Et tous jouaient le jeu parce que l'argent n'était pas cher et demandait à être placé.
Comme le résume le banquier d'investissement américain Georges Soros, chaque fois que l'expansion du crédit était en difficulté au cours des décennies passées, les administrations fiscales intervenaient, pompaient de la liquidité dans l'économie en baissant les taux d'intérêts. « On a ainsi créé un système encourageant une expansion toujours plus grande du crédit. Avec un tel succès que les gens ont commencé à croire en la magie du marché », reproche Soros.

Alex Brown discute du résultat d'une voix glaciale avec sa famille autour de la table. La bulle a éclatée. Sa maison ne vaut plus rien. Aux États-Unis, selon un rapport de l'institut d'étude de marché Zillow, plus d'un tiers de tous les propriétaires immobiliers qui, comme Alex Brown, ont réalisé début 2007 leur rêve d'une maison à soi sont pris au piège de l'endettement. Cela signifie que pour un acompte de dix pour cent, le poids de dettes de l'hypothèque pour ces personnes est entretemps supérieur à la valeur actuelle de l'objet immobilier.

Depuis, c'est la loi de Murphy qui règne, à savoir : tout ce qui peut aller de travers va de travers. Ce qui a commencé avec les hypothèques Subprime s'est étendu à des emprunts obligataires spéciaux (CDO), a mis en danger des assurances communales, des assurances hypothèques et des sociétés de réassurance et a menacé de démonter le marché pour les transactions de financement par crédits (Credit Default Swaps). L'engagement des banques d'investissement pour des reprises par financement externe, où entre autres l'UBS s'est elle aussi engagée, s'est mué en obligations. Le marché de titres du marché monétaire garantis par des créances a été paralysé, et les fonds de sauvetage inventés par les banques afin de recevoir des hypothèques de leurs bilans ne sont plus parvenus à des financements externes. Le coup de grâce a été assainé lorsque l'octroi de crédits entre banques, donc le cœur de tout système financier, a été interrompu, parce que les banques doivent économiser leurs ressources et ne peuvent plus faire confiance à leur partenaires commerciaux.

Et au plus tard avec cela, la crise nord-américaine a fini par traverser l'Atlantique. Dans la petite Autriche, pas spécialement considérée comme une place bancaire, les grands acteurs du marché financier, qui gagnent tous leur argent avec des crédits pour l'Europe de l'Est, ne peuvent plus que constater comment ces crédits qui dépassent largement leurs apports de capitaux deviennent toujours plus difficiles à financer.

Dans la City de Londres, les nerfs sont à fleur de peau. Que les opérateurs en bourse se penchent sur leurs écrans ou que les consommateurs consultent dans leur cuisine leurs derniers relevés de compte : la crainte de l'évolution économique se lit sur le visage des Britanniques. Crises du crédit, peur de la récession et effondrement global des actions ont des répercussions directes pour le centre financier au bord de la Tamise. La Grande-Bretagne ne dépend aussi fortement d'aucun autre secteur. Déjà plus d'un demi-million de personnes travaille dans les banques et les assurances de la City. Elles constituent la colonne vertébrale économique du pays. Et après la déconfiture spectaculaire de la banque d'hypothèques Northern Rock, toujours plus d'instituts financiers avouent avoir des problèmes. Une vague de licenciements a déjà saisi la City.

D'un seul coup, les Britanniques réalisent que le marché immobilier trop cher est leur talon d'Achille. Après le boom sans exemple des dernières années, un tournant s'amorce. Les taux d'intérêt en forte hausse pour les maîtres d'ouvrage, les difficultés dans l'obtention d'hypothèques et la chute des prix des maisons qui se dessine déconcertent beaucoup de personnes. Le FMI est convaincu que les biens immobiliers britanniques sont trop chers de 40 pour cent – et pourraient fortement baisser en conséquence. L'Institut royal des experts immobiliers suppose que dès maintenant, plus de 120 familles perdent chaque jour leur maison ou leur appartement.

Et la crise touche de plein fouet la plus grande économie politique d'Europe : l'Allemagne est l'un des derniers pays de l'UE à posséder un système impénétrable de caisses d'épargne centrales qui font partie d'une SA Allemagne traditionnelle. Leur problème : elles ne possèdent pas de modèle commercial solide, et dans leurs conseils administratifs ne siègent pas suffisamment de gens du métier. Conséquence : les caisses d'épargne centrales ont toujours participé très volontiers au système de multiplication de l'argent nord-américain alors bien huilé avec les titres Subprime. Entretemps, les scénarios d'horreur que décrivent les caisses d'épargne centrales dans leur présentation à des analystes effarés se font tous les jours un peu plus dramatiques.

Tandis que les banques privées comme Deutsche Bank et Commerzbank compensent encore leurs pertes de leur propre force, des paquets de sauvetage ont dû être garantis par des milliards en provenance des budgets nationaux pour SachsenLB et WestLB. Des amortissement par milliards de la BayernLB menacent de grever le budget de l'État libre de Bavière. Et même la petite IKB de Düsseldorf ne peut plus s'en sortir sans l'aide de l'État. A la fin, les charges seront portées par le contribuable.
On n'en est pas encore tout à fait là en Suisse. Ici, des investisseurs financiers du Proche et de l'Extrême-Orient accourent à l'aide et transfusent probablement des milliards à l'UBS. La place financière de Zurich aura ensuite un visage différent. Au café en face de la Bourse, les premiers analystes qui ont quitté plus tôt la triste prestation du chef de l'UBS sont déjà assis. UBS signifie « United Banks of Switzerland ». Une fois les nouveaux investisseurs engagés, cela signifiera « United Banks of Singapur », se moquent les analystes en buvant leur deuxième tasse d'expresso ce matin-là.

 
Oliver Stock
geboren 1965, ist seit 2005 Korrespondent des Handelsblattes in der Schweiz.
Von Zürich aus berichtet er über Unternehmen und Börse.
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Langue originale Allemand

Creative Commons license by-nc-nd/2.0/de.

Le text est licencié sous Creative Commons license by-nc-nd/2.0/de.

 

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