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Magazine / Histoire / Négationnisme / Article | 18.04.2007
La mémoire de l'Holocauste en Israel et en Allemagne
de Dan Dan Bar-On
Dans le discours historique allemand et israélien, l'holocauste oscille entre la normalisation et l'instrumentalisation. Dan Bar-On pose la question: où sont les différences? Où sont les points communs?
La culture de la mémoire de la Shoah s'est radicalement transformée, tant en Israël qu'en Allemagne, durant les six dernières décennies. Pendant les premières années d'après-guerre, les deux pays mirent la Shoah à l'écart ; il y avait des sujets plus urgents à l'ordre du jour.

Photo: AP
Israël venait d'achever sa guerre d'Indépendance et de se doter de ses propres critères d'héroïsme et de pertes (auxquels répondaient uniquement les combattants du ghetto et les résistants) ; l'Allemagne divisée était devenue le théâtre des opérations de la guerre froide. Dans les deux pays, on procéda stratégiquement au refoulement du passé et à la normalisation du présent. Ce qui mit les deux gouvernements en état de signer dès 1952 un accord d'indemnisation : Israël en avait un besoin urgent pour survivre économiquement ; l'Allemagne en ayant un besoin tout aussi urgent pour sa réhabilitation morale au sein des nations démocratiques de l'Ouest[1].
C'est seulement au milieu des années 1950 que la Knesset adopta une loi faisant de Yad Vashem le lieu officiel de commémoration de la Shoah et qu'elle établit au mois d'avril, dans la semaine entre Pessah et la journée de l'Indépendance, une journée annuelle du souvenir. Dans les années 1970, c'était encore la journée de l'indépendance qui avait le plus de signification aux yeux des jeunes Israéliens ; il fallut attendre le début des années 1990 pour que le Memorial Day of the Holocaust devint la journée de commémoration officielle de loin la plus importante, même parmi les jeunes juifs israéliens dont les parents avaient autrefois immigré des pays arabes[2]. Un processus qui atteste du bouleversement traversé par Israël en matière de mémoire collective et qui souligne le rôle de ce boulerversement en tant que pivot de l'identité collective des Israéliens depuis les années 1980[3].
En Allemagne aussi ce furent pendant de longues années le refoulement et la déformation qui prédominèrent. Les crimes contre l'humanité commis à l'époque national-socialiste ne faisaient pas l'objet d'un enseignement scolaire, pas plus qu'ils ne s'intégraient dans le discours non-officiel au quotidien. Des données relevées encore au début des années 1990 en milieu étudiant sont révélatrices : 11% seulement savaient ou avouaient que leurs grands-parents avaient appartenu au NSDAP ; 16% croyaient qu'ils avaient été dans la résistance ; 49% n'avaient aucune idée de leur comportement à l'époque[4].
Peut-être n'est-ce pas un hasard s'il fallut attendre la réunification de 1990 pour qu'une Journée de l'Holocauste fût instituée : le 27 janvier, soit le jour de 1945 où le camp de concentration d'Auschwitz avait été libéré par l'armée rouge. Le Mémorial central de l'Holocauste, à Berlin, sera bientôt achevé après une longue controverse quant au lieu et aux fins : la nation dont étaient issus les criminels nationaux-socialistes devait-elle commémorer exclusivement les victimes juives ? Pareil lieu faisait-il concurrence à ceux, authentiques, de la terreur national-socialiste ? Question aujourd'hui en suspens : le Mémorial doit-il faire partie intégrante de toute visite officielle de la capitale, comme c'était le cas à Yad Vashem pendant les décennies qui précèdent ? Fait intéressant : c'est depuis peu que les Allemands s'autorisent le deuil de leurs propres victimes, par exemple à Dresde ou durant l'expulsion et la fuite hors des territoires de l'Est[5]. Peut-être ont-ils trop longtemps tenu semblable deuil pour illégitime par rapport à ce qui était arrivé aux victimes du national-socialisme.
Ma thèse est la suivante : la culture de la mémoire est étroitement mêlée en Israël comme en Allemagne à celle de l'oubli de l'holocauste. Deux phénomènes qui jouent à au moins deux niveaux : l'espace public, le cas échant politique, où la culture de la mémoire fait l'objet d'une instrumentalisation croissante ; l'espace individuel où l'élaboration du passé reste limitée par la conjoncture actuelle. Ce dernier processus est celui qui compte le plus, mais il est plus difficile d'élaborer le passé au niveau individuel. Dans certains cas, la volonté politique d'exhiber la mémoire de la Shoah se retourne en son contraire et promeut l'oubli de celle-ci au niveau individuel, et inversement.
Je vais, dans la mesure où la culture israélienne de la mémoire m'est plus proche que l'allemande me concentrer dans ce qui suit sur Israël. Il m'a récemment été donné d'examiner parallèlement les répercussions de la Shoah sur les deuxième et troisième générations, tout comme ses conséquences sur l'actuel conflit israélo-palestinien. Je vais donc décrire certaines impressions que j'ai éprouvées et rapporter des réflexions menées sur les effets réciproques entre processus. Je considère la situation où se trouve actuellement Israël comme un état d'imbrication de conflits que nous n'avons pas eu le privilège d'élaborer séparément. Je vais me concentrer pour l'essentiel sur les faits de terrain.
[1] Cf. Tom Segev, The Seventh Million, Jérusalem, 1992 (hébreu) ; en allemand Reinbek, 1995.
[2] Cf. Dan Bar-On, O. Selah, « The "vicious cycle" between current social and political attitudes and attitudes towards the Holocaust among Israeli youngsters », Psychologia, 2, 1991, 2, p.126-138 (hébreu).
[3] Cf. Dan Bar-On, The "Other" Within Us : Changes in the Israeli Identity from a Psychosocial Perspective, Jérusalem, 1999 (hébreu) ; en allemand Körber-Stiftung, Hambourg, 2001.
[4] Cf. id., P. Hare, M. Brusten, F. Beiner, « "Working through" the Holocaust ? Comparing questionnaire results of German and Israeli students », Holocaust & Genocide Studies, 7, 1993, 2, p.230-246.
[5] Cf. Helga Hirsch, Schweres Gepäck, Hambourg, 2003.
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M.A., Ph. D., né en 1938, professeur de psychologie à l'Université Ben Gourion de Beersheva/Israël ; co-directeur du Peace Research Institute in the Middle East, ...
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Traduction
Vera Durkheim
Langue originale Anglais
Publié le 18.04.2007
Source originale Aus Politik und Zeitgeschichte 15/2005
© Bundeszentrale für politische Bildung
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