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Magazine / Société / Roumanie et Bulgarie / Essai | 12.02.2007
Les joies secrètes du provincialisme
de Ivaylo Ditchev
La culture politique bulgare se laisse décrire par une métaphore : la province – pense l'auteur. Un pays partagé entre admiration européenne et ressentiment anti européen.
À l'époque du socialisme il y avait une blague célèbre, censée décrire le caractère national des Bulgares. Un espion américain, envoyé en Bulgarie, expédie un mois plus tard un message désespéré à ses supérieurs: « Je ne comprends absolument rien à ce pays. Personne ne travaille, mais tous ont un salaire. Tous ont un salaire, mais il n'y a rien à acheter dans les magasins. Il n'y a rien à acheter dans les magasins, mais les frigidaires sont pleins. Les frigidaires sont pleins, mais tous haïssent les communistes. Tous haïssent les communistes, mais personne ne proteste ».

Photo: European Commission/Mladen Antonov
Semblable enchaînement d'absurdités peut s'appliquer à l'actuelle période de préparation à l'adhésion à l'Union européenne (UE). D'une part il y a consensus à peu près total quant aux orientations européennes du pays ; les sondages, d'autre part, font apparaître des positions ouvertement antieuropéennes (entre autre sur la fermeture de l'unique centrale nucléraire, les mesures sociales à propos de la minorité Sinti et Rom, ou encore le rétablissement de la peine de mort) et les priorités en faveur de la construction européenne sont jetées par-dessus bord en faveur de convictions nationales. Les Européens font l'objet d'une admiration abstraite, mais dès lors qu'il s'agit d'un expert de l'UE, d'un capitaliste grec ou d'une équipe française, des énergies étonnamment négatives se déchargent comme si elles tombaient du ciel. Peu importe de quel aspect de la construction il est question, impossible de connaître avec précision l'état de l'opinion. Les négociateurs ou ministres à l'Europe bulgares se voient parfois affublés dans leur propre pays du sobriquet de « Mr./Mrs. Yes ». En admettant que les négociations d'adhésion se concluent, à la surprise générale, pas trop mal et que la Bulgarie (soit le pays le plus proche de l'ex-Urss et le plus éloigné de l'Ouest parmi les dix candidats d'Europe centrale et orientale) soit traitée équitablement, ce n'est pas de l'enthousiasme que cela provoquera, mais des spéculations paranoïaques à propos de clauses secrètes d'adhésion ou autre catastrophe imminente.
Un paradoxe valant à tous égards. La plupart des Bulgares sont heureux d'appartenir enfin à l'« équipe » des plus forts, par exemple de faire partie de l'OTAN, mais cela ne les empêche pas d'adopter dans le même temps une attitude extrêmement critique sur l'intervention de cette dernière en Serbie. L'émigration est appréhendée comme une chance exaltante pour l'individu et en tant que source de revenu du pays tout entier, mais des représentations d'apocalypse démographique installent la nation dans la dépression. Les Bulgares proclament leur fierté d'être une nation travailleuse, mais aussi bien dans la foulée avoir honte de leur paresse ; histoires de combats héroïques, et puis de trahison et de vilenie.
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Dr. phil., né en 1955, président du Red House Centre for Culture and Debate, Sofia; professeur d'anthropologie culturelle à l'Université St. Kliment Ohridsky, Sofia, 15 ...
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Traduction
Maria Lizst
Langue originale Anglais
Publié le 03.07.2007
Source originale Aus Politik und Zeitgeschichte 27/2006
» www.bpb.de/publikationen/IIX7TC
© Bundeszentrale für politische Bildung
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