Menu secondaire: Magazine
Magazine / Société / Femmes / Article | 31.03.2008
Sur l'état de la politique d'égalité des sexes en Pologne
de Bożena Chołuj
Quelles conséquences a eu l'entrée dans l'UE pour les femmes polonaises ? Qu'en est-il des droits des femmes en Pologne ? Ce sont quelques-unes des questions auxquelles Bożena Chołuj répond dans son article.
Gender Mainstreaming, diversity, égalité des sexes, droits des femmes sont des droits fondamentaux, à travail égal, salaire égal ; le droit à l'autodétermination et beaucoup d'autres postulats sont toujours d'actualité, pas seulement en ce qui concerne la situation des femmes dans les nouveaux pays membres de l'UE, mais aussi la situation dans les anciens États membres de l'UE.

Au niveau de l'UE, les délégués aux questions d'égalité devraient en fait agir comme dans certains pays où ils ont fait leurs preuves dans les institutions et entreprises aussi bien étatiques que privées. Et des femmes députées de l'UE pourraient être appelées à remplir des tâches. Les expériences des femmes polonaises depuis le tournant de 1989 confirment cette nécessité pour les nouveaux États membres de l'UE de manière exemplaire. Mépris des droits de la part des instances de l'État à l'égard des femmes et manque d'intérêt de la part des partis au pouvoir pour l'opinion publique des femmes dans leur propre cause sont monnaie courante dans les pays d'Europe de l'Est.
Dans ce dernier aspect, prenons pour exemple l'attitude des gouvernements en Pologne face au Bureau pour l'égalité des sexes. En 2006, il a été dissoût par le gouvernement Kaczynski, en 2008, le Premier ministre Tusk a rappelé dans ses fonctions la déléguée responsable sans attribution claire de compétences. Les deux décisions ont été prises sans la moindre consultation d'organisations féministes. Il existe aussi des activités du gouvernement qui ne semblent que des actions fantômes, comme p. ex. la publication en deux volumes faite sur ordre du ministère du Travail et des Affaires sociales en 2006. Son titre : « Krajowy System Monitorowania Równego Traktowania Kobiet i Mężczyzn » (Système d'observation nationale du traitement égalitaire entre hommes et femmes). Ce titre suggère l'existence d'un système de surveillance, ce qui est faux. Le ministère conserve les exemplaires édités dans l'un de ses bureaux. Ne sont prévues ni expédition, ni distribution, ni publicité, apparemment par manque d'argent, ce qui n'est pas confirmé officiellement. Seules des personnes mises dans le secret, et cela encore de bouche à oreille, connaissent l'existence de ces livres et du fait qu'on peut aller les chercher gratuitement. Le rapport ne présente certes pas d'analyse gender critique mais soumet des données qui peuvent être utiles pour la pratique quotidienne de l'administration d'État et les ONGs de tous types. On y apprend e. a. que l'activité des femmes augmente dans tous les domaines de la vie, tandis que celle des hommes est plutôt en recul dans le domaine familial, ce par quoi le modèle familial traditionnel de la double charge des femmes reste dominant. Les femmes dépendent plus que les hommes de la conjoncture politique, car les lois votées qui les concernent directement sont régulièrement modifiées à chaque changement de gouvernement. Pensions, congé de maternité et bien plus encore sont sans cesse soumis à de nouvelles réglementations, si bien que les employeurs et employeuses hésitent à offrir des emplois aux femmes. Personne ne veut discuter la proposition d'obligation à un congé de paternité, alors que cette solution aiderait aussi bien les femmes en âge de procréer que les femmes plus âgées parce que la capacité de concurrence des hommes plus âgés pourrait être limitée par une paternité potentielle.
ONGs de femmes
Les modifications permanentes des prescriptions entraînent aussi des turbulences dans les ONGs de femmes, car cela les oblige à déplacer sans cesse leur optique de travail sur de nouvelles zones de problèmes. Et le financement des ONGs s'en trouve lui aussi concerné. En dehors du un pour cent que chaque Polonais ou Polonaise peut déduire des impôts au profit de l'une ou l'autre de ces organisations, il n'existe aucune autre sûreté financière pour leur activité. Elles recherchent le plus souvent un soutien à l'étranger, étant alors soupçonnées d'agir au service de cultures étrangères. C'est ainsi que se referme le cercle sous le mot d'ordre de l'originalité culturelle, par laquelle la Pologne officielle aime justifier les lacunes de sa politique d'égalité des sexes dans les forums internationaux. Mais si l'on pense que l'assistance de l'État pour la campagne et l'aide contre la violence à l'égard des femmes a été en 2007 en Pologne de 40 000 zlotys (env. 12 000 euros), cela témoigne plus du désintérêt pour la question féministe que de l'originalité culturelle de ce pays. Mais il fait partie à coup sûr de sa culture politique que la participation politique des femmes ne soit discutée que dans les campagnes électorales, car jusqu'à aujourd'hui, les propositions à ce sujet n'ont pas dépassé un pourcentage de 30% sur les listes électorales de quelques partis.
Longue est la liste des problèmes non résolus de la politique des sexes et des femmes pour laquelle la rhétorique politique puise plus que jamais dans les valeurs familiales. Les femmes ne sont considérées que comme partie intégrante d'un schéma familial traditionnel. La politique familiale se concentre essentiellement sur les femmes enceintes. Après l'accouchement, elles reçoivent 1 000 złotys d'« indemnité d'accouchement » (« Becikowe »), indépendamment de leur situation financière ; avec cela, le soutien de l'État est déjà pratiquement épuisé à leur égard. Car les allocations familiales que perçoivent les familles nombreuses sont minimes et représentent plus une valeur symbolique qu'un soutien réel. Dans le monde du travail, la question de la garde des enfants n'est pas résolue. L'assurance retraite est réglementée en fonction du sexe, ce qui désavantage les femmes, car elles prennent leur retraite plus tôt et ont donc moins d'annuités de travail. La dénommée « question féministe » est devenue plus actuelle que jamais depuis 2005. La communication entre le gouvernement et les organisations non gouvernementales féministes (env. 300 pour toute la Pologne) qui luttent depuis des années pour l'égalité des sexes en Pologne, est pratiquement interrompue. Les Polonaises font l'expérience que l'idée démocratique de la civil society en tant que flux d'information et coopération entre toutes les structures politiques peut être pratiquée, mais seulement aussi longtemps que le veut bien la volonté politique du pouvoir d'État.
1 . 2 . suivante »
Mme le Prof. Dr. Bożena Chołuj enseigne à l'Université de Varsovie (Littérature allemande moderne et Gender Studies) et elle a une chaire de professeur pour ...
» vers l'index des auteurs
Langue originale Allemand
![]()
Le text est licencié sous Creative Commons license by-nc-nd/2.0/de.
Des articles supplémentaires sur les thèmes » Politique Européenne, » Mouvements Sociaux, » Marché du Travail / Services, » Pologne, » Europe
Pour en savoir plus sur les thèmes de la revue de presse » Politique Européenne, » Mouvements Sociaux, » Marché du Travail / Services, » Pologne, » Europe


