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Magazine / Société / Femmes / Article | 31.03.2008

Sur l'état de la politique d'égalité des sexes en Pologne, de Bożena Chołuj

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Le principe de la diversité

L'égalité des sexes n'est une question prioritaire dans aucun des États membres de l'UE. Le sujet fait plutôt partie du réservoir des slogans électoraux ou du bon vouloir politique. La situation est particulièrement précaire en Pologne où, en dépit de maintes tentatives de la part d'organisations féministes, du Groupe parlamentaire des femmes, des anciens délégués aux questions d'égalité, aucune loi sur l'égalité n'a encore été votée, en dépit des engagements pris par la Pologne. Les standards de l'EU étaient un bien meilleur instrument de dialogue avec le gouvernement avant l'entrée dans l'UE qu'après en ce qui concerne la question de l'égalité des sexes. Depuis que les nouveaux pays membres savent qu'ils peuvent se réclamer du principe de la diversité, à savoir les différences culturelles, ils traitent les questions concernant les femmes à leur gré. Ce qui a un rapport avec l'introduction de la loi restrictive sur l'avortement en Pologne. C'était là un avertissement clair que les gouvernements après 1989 allaient trancher à leur gré dans les décisions politiques sur le destin des femmes, de même que sur d'autres groupes défavorisés comme les retraités ou les homosexuels. On ne leur demande pas leur avis, tandis que l'église catholique a son mot à dire. C'est ainsi que la loi sur l'avortement a été votée par un Parlement (le Sejm polonais) dans lequel le nombre des femmes députées était tombé à 10%. La maturité politique de la société qui a commencé avec le tournant de 1989 concerne surtout les hommes. Rien d'étonnant donc à ce que le vote de la loi sur l'avortement ait provoqué une vague de protestations de la part des femmes et la naissance du deuxième mouvement féministe en Pologne.

Deuxième mouvement féministe polonais

Le deuxième mouvement féministe polonais s'est constitué dès le départ sous forme d'organisations non gouvernementales qui ne peuvent en fait avoir d'impact qu'au sein de structures démocratiques. Leurs militantes ne se sont jamais comprises comme une force radicale ou révolutionnaire. Elles sont issues pour la plupart d'anciens cercles de Solidarność qui ont été leur première école d'un débat démocratique. Elles ont pris comme point de départ de leurs efforts les standards européens de la politique d'égalité entre les sexes, le document de conclusion de Pékin « Platform for Action » et la situation des femmes en Pologne avant 1989, surtout le droit à l'autodétermination en matière d'avortement, de garantie de l'emploi après le congé maternité, et à de nombreuses crèches et maternelles. Tout cela était une réalité dans la République populaire de Pologne qui a disparu après le tournant politique. Lorsque les femmes ont commencé à militer pour ces objectifs dans les années 1990, on les a accusées de défendre le communisme. Mais après la révolution de 1989, les femmes politiquement actives savaient très bien exercer leur critique à l'endroit du passé politique de la République populaire de Pologne. Le régime ne leur avait proposé dans les années 1950 que la Ligue des femmes comme organisation de masse et le Cercle des agricultrices où tout engagement autonome était interdit. C'est seulement dans les années 80 que les femmes s'engagent sur le plan politique, surtout après l'arrestation de beaucoup de membres de Solidarność pendant l'état de siège qu'avait imposé le général Jaruzelski en décembre 1981. Elles raniment ce syndicat dans la clandestinité. Aujourd'hui, les Polonaises n'ont plus besoin de se cacher pour accomplir leur travail politique. Des organisations féministes régionales, comme la KARAT-Koalition, le plus grand réseau d'initiatives féministes en Europe centrale et de l'Est, ou des organisations comme par exemple NEWW-Polska à Dantzig, soutiennent surtout l'épanouissement de la compétence économique et de la prise d'influence politique des femmes. Elles s'interrogent sur le rôle important pour les sexes des investissements étrangers, analysent l'effet des mesures d'emploi européennes sur les marchés du travail et revendiquent le Gender Mainstreaming dans le planning du budget et des finances. Mais toutes ces initiatives ne peuvent être effectives que si les ministères correspondants coopèrent avec les organisations féministes, ce qui implique une situation politique dans laquelle l'élite au pouvoir accorde aux initiatives civiles un certain niveau de compétence. Autrement, ces initiatives ne restent que des enclaves qui ne peuvent avoir aucune influence digne de ce nom sur la situation des femmes. Dans la situation actuelle, même des femmes qui ne représentent pas les intérêts des femmes au sens féministe du terme ne peuvent pratiquement pas contribuer à la solution des « questions féministes ». Beaucoup d'entre elles tentent de s'engager dans les organisations ProLife qui jouissent d'un fort soutien de l'église catholique et des partis de droite. Mais elles ne parviennent pas non plus jusqu'à aujourd'hui à influencer la politique familiale de sorte que l'on puisse dire qu'au moins au sein de la famille, l'existence des femmes est assurée de manière satisfaisante. En 2007, la volonté d'action politique a même saisi des femmes plutôt indifférentes à la politique sous la forme d'un parti des femmes. Il rassemble selon les renseignements du groupe d'initiative env. 700 000 personnes www.polskajestkobieta.org. Comme le deuxième mouvement féministe a refusé longtemps des activités de parti, les femmes qui n'ont pas pu être gagnées à la cause féministe sont aujourd'hui intéressantes pour ce parti. Mais elles sont sensibilisées aux problèmes des femmes par leur long travail d'information, même si ce n'est que limité. Ce parti est ancré idéologiquement à droite. Il exclut en effet de ses membres les lesbiennes et veut représenter les femmes seulement dans le contexte de la famille. Par contre, un mouvement féministe catholique n'a pas encore vu le jour en Pologne. Même le soutien du pape Jean-Paul II n'a pas eu d'impact lorsqu'il a proposé aux Polonaises après la IVème Conférence mondiale des femmes de 1995 le Nouveau Féminisme dans lequel la mère de Dieu devrait occuper un rôle central en tant que porteuse de la dignité et du génie féminins.

Espoir dans la pression extérieure

Des initiatives de la part du gouvernement au profit de la politique égalitaire semblent, contrairement aux mouvements sociaux des citoyens ne fonctionner que sous une pression extérieure. En témoigne l'acceptation rapide des femmes dans l'armée dès qu'il a été clair que cela était la condition majeure à l'adhésion de la Pologne à l'OTAN. D'autres initiatives sont le plus souvent éphémères, comme le montre le destin du Bureau pour l'égalité des sexes. Sa forme n'est pas prescrite par l'UE. Cet espace vacant est exploité par les gouvernements de tous les États membres. En Pologne jusqu'à présent, aucun des partis au gouvernement n'ose attribuer ces compétences à une experte. Il s'avère avec le plus d'éloquence en Pologne à quel point le rôle des personnes chargées des questions égalitaires peut être politique. Le potentiel politique des questions d'égalité se révèle dans les dernières séances de mars du Parlement polonais sur le thème du Traité de Lisbonne qui est en attente de ratification. L'un des arguments majeurs contre son acceptation est qu'il rend possible l'union des couples homosexuels.

Ce qui reste à espérer est une politique des sexes de l'UE conséquente en faveur des femmes à laquelle la Pologne et tous les autres États membres de l'EU doivent s'adapter au cours de la modernisation et de la démocratisation. Mais le rythme dépend – comme le montre l'exemple polonais – des conséquences auxquelles doivent s'attendre les gouvernements au niveau national s'ils refusent la politique égalitaire de l'UE. Mais tant que celle-ci ne se verra pas conférer le statut de revendication absolue, les gouvernements nationaux ne la prendront pas au sérieux.

 

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