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Magazine / Société / Femmes / Eclairages | 31.03.2008

Pas de progrès sans mouvement – Il n'y jamais eu autant de gender qu'aujourd'hui

de Julia Chojecka, Claudia Neusüß


Gender Mainstreaming, féminisme, mouvement féministe – autant de termes que l'on a déjà entendu. Dans leur article, Claudia Neusüß et Julia Chojecka expliquent ce qu'ils signifient vraiment et en quoi se distinguent les approches respectives.


Gender – le mot est entretemps utilisé dans les contextes les plus divers. Stratégies d'entreprise et concepts de marketing sont « gendérés », au même titre que les langues et les lois (dans le contenu et la forme). On peut dire ceci : « Il n'y jamais eu autant de gender qu'aujourd'hui. » (Meuser /Neusüß 2004) Gender devient toujours plus un terme mainstream.

Photo: photocase.de


Le gouvernement fédéral allemand a inscrit dès 1999 à son programme le Gender-Mainstreaming comme idée directrice. L'UE est une force motrice et un important système de référence pour des processus de réalisation nationaux et a fait officiellement du Gender Mainstreaming en 1997 dans les accords d'Amsterdam l'objectif de la politique de l'UE en tant que directive impérative pour tous les États membres.

Mais le fossé reste profond entre normes politiques d'égalisation, leur rhétorique publique et les pratiques sociales respectives. Beaucoup de femmes sont toujours victimes de la violence. Les plus hauts étages de l'économie sont largement dépourvus de femmes, la discrimination de salaire et la problématique de la compatibilité sont une réalité pour les femmes. En même temps, le nombre d'hommes qui se chargent de tâches éducatives et de soins ne croît que très lentement.

Gender Mainstreaming est une stratégie politique d'égalisation, point chaud entre espoirs, critiques et questions d'orientations différentes. Certains acteurs/actrices et théoricien(ne)s féministes se demandent si cela a encore un rapport quelconque avec le féminisme et déplorent l'absence de sa force d'impulsion spécifique pour un changement radical et profond de la société. D'autres par contre supposent que le Gender Mainstreaming est un concept engendré par les « bureaucrates de Bruxelles », ayant tout au plus valeur d'« égalisation light ». Mais beaucoup espèrent que l'égalité devienne enfin un thème public de grande portée. Cet espoir était déjà le moteur des mouvements féministes internationaux qui placèrent le sujet au calendrier politique, où il fit son entrée dans la plateforme d'action de la 4ème Conférence mondiale des femmes à Pékin en 1995. L'histoire du Gender Mainstreaming est donc aussi l'histoire de mouvements sociaux.

Mouvement féministe

Le premier mouvement féministe se constitua dans le contexte des révolutions européennes des 18ème et 19ème siècles. Tandis que ce mouvement visait en particulier la lutte pour l'accès à l'éducation et à la participation politique (droit de vote des femmes), le nouveau mouvement féministe dans la seconde moitié du 20ème siècle puisa surtout sa force dans son combat pour les droits à la liberté sexuelle et de procréation et pour des chances égales de participation dans tous les domaines de la société. Tandis que cette deuxième phase du mouvement féministe organisé est à considérer entre autres aux Etats-Unis dans le contexte du mouvement des droits civiques des Noirs, elle est issue en Allemagne (de l'Ouest) du mouvement étudiant.

Féminisme

Le terme de féminisme apparaît toujours plus depuis le début du 20ème siècle où il était employé comme synonyme des questions concernant les femmes et des aspirations émancipatrices des femmes. Le féminisme aujourd'hui s'appréhende autant comme un mouvement politique que comme un courant théorique et critique scientifique qui se confronte au pouvoir, à la domination et aux rapports de domination. Actuellement, nous trouvons des influences nationales et culturelles différentes aussi bien au niveau de la terminologie qu'au sein de la compréhension du terme. Il semble plus juste de parler non pas d'un féminisme mais de féminismes. Les différentes orientations (e. a. féminisme libéral, marxiste, autonome, déconstructiviste, de différence et d'égalité) reposent sur des hypothèses de base théoriques hétérogènes, mais ont le plus petit dénominateur commun « la réalisation totale de l'émancipation de la femme » (Kluge). Surtout dans l'élan du deuxième mouvement féministe et de sa « marche à travers les institutions », le féminisme s'est établi dans le contexte universitaire par la recherche critique sur les femmes et plus tard sur les sexes toujours plus académisé et développé.

Gender

« Gender » [Genre] se réfère ici au sexe socio-culturel et fait face à la catégorie sex – sur l'arrière-plan de la théorie poststructuraliste et déconstructiviste. En opposition à gender, sex se réfère (soi-disant) à l'appartenance sexuelle naturelle, physique. La différenciation terminologique des deux catégories vise à faire comprendre que le sexe, et avec lui les notions qui l'accompagnent concernant les aptitudes et compétences spécifiques aux sexes, ne sont pas donnés par nature et ne sont donc pas immuables mais reposent sur une faisabilité sociale. Une idée similaire avait déjà été formulée par Simone de Beauvoir en 1949 : « On ne naît pas femme, on le devient. » La hiérarchisation qui accompagne le système de la dualité des sexes s'exprime dans la discrimination ou le privilège, lorsque l'on attribue par exemple certains domaines de compétence à l'un ou l'autre sexe. Gender révèle l'aspect construit de cette structure. Il montre dans quelle mesure le sexe fait office de distributeur des rôles sociaux et comment il organise les sociétés dans un ordre bipolaire et en même temps hétéro-normatif. Le concept du « doing gender » renvoie en outre à la manière dont la sexualité ou l'appartenance sexuelle est reproduite quotidiennement et par tous les membres de la société en recourant à certaines pratiques de mise en scène. Le sexe est ici dramatisé, en soumettant non seulement le comportement mais aussi les choses et les activités à une sexualisation (vêtements, jouets, voire même couleurs et bien plus encore). Pourtant, ce qui est considéré respectivement comme masculin ou féminin est lié à l'époque et à la culture. Gender est ainsi une catégorie dynamique, et non pas inéluctable et universelle, mais assujettie à une évolution historique. Depuis les années 90, la différenciation des deux termes connaît un changement de signification. On renvoie au fait que la catégorie sex peut être également aussi peu considérée comme une dimension ahistorique, naturelle, car ce qui est considéré comme naturel est toujours défini en fonction de la culture. Notamment des recherches historiques scientifiques attestent l'étonnante flexibilité de faits supposés biologiques, dont fait partie aussi la définition biologique des sexes.

Recherche sur la sexualité

Gender sert de catégorie d'analyse à la recherche sur les sexes. Les limites face à la recherche sur les femmes dont elle est issue dans les années 80 sont mouvantes. A la différence de la recherche Gender, sex est considéré comme une catégorie fondamentale dans la recherche sur les femmes. Au centre notamment : les situations de vie des femmes (ou dans la recherche sur les hommes, celles des hommes). Au premier plan surtout, la critique envers une science apparemment neutre face aux sexes, mais en fait androcentriste, dans laquelle la recherche est faite certes sur mais pas par des femmes. La recherche sur les sexes ou les études Gender travaillent par contre moins avec le terme « femme » qu'avec celui de « sexualité », et par exemple avec la question de savoir comment les corps sont codés, interprétés et naturalisés et comment la société s'oriente normativement depuis longtemps en fonction de cette attribution. En fait partie aussi le modèle de la répartition du travail et de la rétribution en fonction du sexe qui est lié à des notions spécifiques de la masculinité et de la féminité. Mais toutes les approches scientifiques (sur les femmes, les hommes, les sexes) ont en commun la question de savoir comment leurs résultats se laissent appliquer sur les processus politiques et sociaux. C'est ici que le Gender-Mainstreaming entre en jeu.

Gender Mainstreaming

En tant que stratégie politique, le Gender Mainstreaming vise l'égalité des hommes et des femmes dans tous les processus de décision politiques. Il est prévu ici que déjà dans la planification de mesures, dans le développement et l'évaluation de processus de décision et de (ré)organisation, les situations des femmes et des hommes soient prises en compte. Le Gender Mainstreaming vise des acteur/actrices politiques, hommes/femmes politiques et institutions (publiques) dans lesquelles les aspirations politiques d'égalité doivent être réalisées. Il faut négocier chaque fois spécifiquement au sein de l'organisation sur les contenus et objectifs précis. On peut s'orienter par la question de savoir si une mesure fige ou aide à dépasser les hiérarchies en fonction du sexe.

Dans le cadre du Gender Mainstreaming, on a recours à des instruments divers. Par exemple le Gender Budgeting se penche sur le budget respectueux des sexes, le Gender Impact Assessment examine entre autre les répercussions spécifiques aux sexes de mesures légales et les Gender-Trainings sensibilisent sur les pratiques d'attribution spécifiques aux sexes et mettent en place une compétence Gender. Le Gender Mainstreaming ne renonce pas pour autant à des instruments performants de la promotion classique des femmes comme par exemple la pratique de la discrimination positive (proportion), le Mentoring et le Networking. La promotion conventionnelle des femmes et le Gender Mainstreaming agissent ainsi ensemble dans le sens d'une double stratégie pour l'égalité et pour plus de démocratie entre les sexes. L'idée de la démocratie entre les sexes renforce la vision de rapports démocratiques entre tous les sexes (comme par exemple un accès identique aux ressources et une représentation équilibrée dans les médias, la politique et les positions de décision). Il s'agit d'encourager la suppression de « l'hégémonie masculine » (Conell) comme modèle structurel (p. ex. standardisation des modèles de carrière masculins).
Le Gender Mainstreaming fait office de tâche transversale et communautaire qui pénètre tous les thèmes et domaines d'une organisation, et n'est pas seulement mû par des départements spéciaux sur les femmes ou l'égalité.

Managing Diversity

Au cours des dernières années, la Managing Diversity retient toujours plus l'attention, aussi grâce à la politique d'antidiscrimination de l'UE et à la loi générale du traitement égalitaire entrée en vigueur en 2006. Jusqu'à présent, surtout des firmes internationales de l'économie privée (Dt. Bank, Telekom etc.) travaillent avec cette idée de stratégie du management et du personnel. Le but est l'estimation et l'exploitation économique de la « multidiversité ». Diverses catégories différentielles (comme sexe, âge, appartenance ethnique, orientation sexuelle, religion, aptitudes physiques, classe sociale etc.) et leur interaction sont considérées, les discriminations doivent être supprimées et les potentiels sondés. Les entreprises orientées sur la diversité ont une plus grande proximité aux client(e)s, découvrent de nouveaux groupes cibles (« Gender ou ethnomarketing ») et sont donc plus performantes. La motivation et la productivité sont supérieures, la créativité et la capacité d'innovation plus grandes, il est possible de trouver et de conserver plus de collaborateurs/trices de talent et l'on peut puiser dans un pool plus important de personnes performantes potentielles. La Diversity est toujours plus employée aussi par des associations et organisations non gouvernementales qui travaillent par exemple dans le domaine (inter)culturel.

Ces derniers temps, la recherche féministe sur les femmes et les sexes reprend toujours plus l'aspect sous le mot clé d'intersectionnalité. La catégorie Gender est ici examinée quant à son interaction avec d'autres catégories différentielles.

Afin donc d'intégrer Gender à bon escient et avec succès dans le Mainstream, de dépasser les hiérarchies des sexes et en même temps de respecter la complexité structurelle des situations individuelles et sociales, il faut que les choses bougent à tous les niveaux. L'UE en tant qu'actrice importante pour une politique progressiste des femmes et des sexes est ici requise, au même titre que les États membres respectifs et leurs processus nationaux de réalisation. Et enfin, les choses doivent aussi bouger dans la pensée et l'action de tous les membres de la société.

 
Julia Chojecka
Julia Chojecka est collaboratrice indépendante du bureau de madame Neusüß et étudie les Gender-Studies et la linguistique à l'Université Humboldt.
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Claudia Neusüß
Claudia Neusüß, Dr. phil., experte en sciences politiques, consultante de projet et politique indépendante pour des organisations nationales et internationales dans le domaine du profit ...
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