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Magazine / Société / Les Roms en Europe / Article | 02.10.2007

Les Tsiganes et les Roms comme cliché de l'ennemi

de Brigitte Mihok, Peter Widmann


Dans beaucoup de pays européens, Tsiganes et Roms doivent faire face à de fortes attitudes de rejet. Brigitte Mihok et Peter Widmann analysent les préjugés à l'encontre des Tsiganes et des Roms qui ont une longue tradition dans les sociétés européennes.


Dans beaucoup de pays européens, Tsiganes et Roms appartiennent aux ethnies qui rencontrent de forts sentiments de rejets. Le terme étranger de « gitan » a souvent une connotation péjorative, raison pour laquelle beaucoup de membres de cette minorité le refusent.

Des enfants roms dans une école à Braila, Roumanie.
Photo: AP


Dans la majorité des cas, l'aversion, comme le montre la recherche sociologique sur les préjugés, est indépendante de l'expérience personnelle. Les préjugés qui fondent cette aversion reposent sur des insinuations et des chimères globales. Des jugements globaux se révèlent par exemple ici dans la supposition non attestable que cette minorité a une tendance particulière à tromper et à voler, ou dans des fantasmes tels que celui du « gitan » voleur d'enfants exprimé dans les récits littéraires et qui ne reposent sur aucune preuve historique. En même temps, s'est répandu un cliché romantique du « bohémien » qui a la musique dans le sang, incarnant, dans un monde froid et rationnel, le lien à la nature, la liberté, la magie et le mystère.

La réalité a bien peu à voir avec ces mythes. Ce qui se révèle déjà à des étiquettes erronées : « les Gitans » en tant qu'ethnie homogène n'existent pas. Les personnes désignées par ce mot appartiennent en réalité à des groupes divers, dispersés dans tous les pays d'Europe et au-delà. On estime leur nombre en Europe entre 7 et 8,5 millions. Chaque groupe possède une identité qui se reflète dans la désignation propre. Les « Tsiganes » appartiennent depuis plus de six siècles à un groupe établi dans l'espace germanophone, dans d'autres pays se sont répandus des termes comme « Manouches » ou « Kalé ».

De même, l'idée selon laquelle Tsiganes et Roms seraient des nomades sans patrie correspond plus aux fantasmes de la société majoritaire qu'à la réalité. Certes, une part importante de cette minorité a vécu longtemps d'activités itinérantes, du commerce de tissus ou de mercerie, de travaux de forge, de vannerie et d'objets de ménage, d'activités de musiciens et de montreurs de foire. Cependant, la majeure partie des Tsiganes et Roms dans l'espace germanophone s'est sédentarisée au cours du 20ème siècle. Les Roms d'Europe de l'Est se sont eux aussi sédentarisés depuis les années soixante-dix du vingtième siècle. Des termes comme « sans patrie » ou « nomades » induisent donc en erreur.

Tout aussi fausse est la supposition que les Tsiganes et Roms vivaient en général ancrés dans une tradition les distinguant foncièrement de la société majoritaire. En fait, l'éventail des styles de vie au sein de la minorité est aussi large que celui de la majorité. Si l'on demande à des Tsiganes et Roms ce qui caractérise leur culture, on obtient des réponses différentes, parfois contradictoires. En dehors de la langue, un thème récurrent dans les réponses est tout au plus, comparé à la société majoritaire, l'importance donnée à la famille et à la parenté. Le respect des anciens et la cohésion familiale sont des valeurs importantes pour les Tsiganes et Roms. Des valeurs qui sont sans doute en relation avec l'histoire de leur persécution : parce que Tsiganes et Roms ne pouvaient compter sur l'aide de la société majoritaire, la solidarité du groupe était d'autant plus importante.

Les préjugés ont une longue tradition dans les sociétés européennes. Dans l'espace germanophone, ils définissent toujours plus, depuis la fin du 19ème siècle, l'action de la police et des autorités locales. Ici s'est développé un modèle d'exclusion, désigné dans le langage administratif jusque dans les années cinquante du vingtième siècle, sous le terme de « lutte contre le fléau gitan ». Durant la dictature national-socialiste, la persécution se mua en un génocide dont fut victime une grande partie des Tsiganes et Roms en Allemagne et dans l'Europe occupée par la Wehrmacht.

Dans tous les pays européens, les préjugés puisent leur ténacité, résistante contre toute réfutation objective, entre autres dans la dynamique propre qui déclenche la démonisation globale de certains groupes de la société. Ici, les stéréotypes acculent les membres de la minorité à une situation sociale et économique dans laquelle ils confirment apparemment les opinions de la population majoritaire. Du fait par exemple que les autorités locales aient chassé les Tsiganes et Roms des villes en arguant de leur incapacité à s'intégrer, les tolérant tout au plus dans des endroits isolés sans eau ni électricité, est née pour leur entourage l'impression d'un groupe de personnes ne portant aucun intérêt à son environnement. Les défenseurs de l'exclusion ont ainsi créé en premier lieu l'impression visuelle sur laquelle ils ont pu ensuite bâtir leurs préjugés. La perception sociale semble alors avoir été une prophétie se réalisant.

De la même manière, des parties de cette minorité se retrouvent en marge encore aujourd'hui dans beaucoup de pays européens. Soixante pour cent des Roms de Hongrie vivent dans des régions défavorisées sur le plan de l'écononomie et des infrastructures. La moitié de ce groupe habite de petits villages isolés et souffre de logements insuffisants et de mauvaises conditions de vie. Les Roms de Roumanie sont eux aussi dans une situation misérable. Une grande partie de la minorité végète dans des banlieues abandonnées de grandes villes et dans des baraquements à proximité de décharges. En République tchèque aussi, la plupart des Roms vit dans des ghettos aux abords d'anciens centres industriels. La ségrégation encouragée par l'administration a fait qu'en Slovaquie, le nombre des colonies Roms a presque doublé depuis 1988. Un tiers des Roms slovaques y vit dans des conditions misérables.

Mais les Etats nouveaux venus dans l'Union européenne ne sont cependant pas les seuls à entretenir ce cercle vicieux de préjugés et d'exclusion. Lorsque nombre de Roms ont quitté la Yougoslavie démantelée, fuyant les conflits armés et les expulsions, ils ont dû faire face à l'exclusion également dans les pays d'accueil. Par crainte d'une trop grande immigration, beaucoup d'autorités allemandes ont installé pendant des années les réfugiés dans des lieux de fortune visant à les dissuader de rester. On a reconverti en foyers des écoles ou des bâtiments administratifs désaffectés et des hôtels à l'abandon. Beaucoup de logements se trouvaient aux abords des villes et dans des zones artisanales loin des réseaux de transports publics. Vétusté de l'hébergement, absence totale d'assistance sociale. A Cologne par exemple, à la fin des années quatre-vingt-dix, on a parqué des réfugiés sur le terrain de l'ancienne usine chimique de Kalk et sur le bateau « Transit » du port de Deutz, d'autres ont été logés dans des casernes ou des tentes. Au lieu d'argent liquide, les réfugiés étaient alimentés au moyen de distributions collectives, de tickets et de prestations en nature. A Hambourg, même scénario en été de l'an 1999. 200 réfugiés du Kosovo, dont 100 enfants, logeaient sur le bateau « Bibby Altona ». Dans certaines villes, comme le montre des documents officiels et des renseignements d'experts locaux, ce qui était pensé comme transitoire est devenu une situation permanente pour une partie des familles. Dans certains foyers, des obstacles à l'intégration se cumulent si bien qu'ils menacent de devenir des lieux stigmatisés des sans espoir.

Malgré tout, il est faux de considérer la minorité comme un groupe homogène de victimes sans défense. Les médias et une partie des autorités perçoivent les groupes problématiques au sein de la minorité comme représentatifs pour tous les Roms. Ainsi, on ne voit pas les initiatives d'intégration réussies de ceux qui ne deviennent pas le groupe cible de décisions et de mesures locales, de ceux que leur entourage n'identifie pas comme Roms, qui ne dépendent pas de services sociaux ou d'organisations en faveur des Roms et qui tentent de parvenir à une normalité, en dépit de la bureaucratie et des ressentiments.

Glossaire

Les termes de « Sinti » et « Roms »

Les Tsiganes appartiennent à une ethnie dont les ascendants se sont sans doute établis il y a quelques 600 ans sur le territoire germanophone. Par contre, les Roms désignent les groupes originaires des pays de l'est et du sud de l'Europe qui sont arrivés en Allemagne au 19ème siècle. Les Tsiganes allemands sont des citoyens allemands. En rapport avec les pays de l'est et du sud de l'Europe, on parle toujours des « Tsiganes et Roms », à tort car ici ne vivent pratiquement pas de tsiganes mais différents groupes Roms.

Singulier (m.): Sinto
Pluriel (m.): Sinti
Singulier (m.): Rom
Pluriel (m.): Roma
Singulier (f.): Sintiza
Pluriel (f.): Sintiza
Singulier (f.): Romni
Pluriel (f.): Romnija

 
Brigitte Mihok
Le Dr. Brigitte Mihok, née en 1958 à Arad/Roumanie, est depuis le 08.01.2003 collaboratrice scientifique au Centre de recherche sur l'antisémitisme de l'I.U.T. de Berlin.
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Peter Widmann
Le Dr. Peter Widmann, né en 1968, est depuis 2004 assistant scientifique au Centre de recherche sur l'antisémitisme de l'I.U.T. de Berlin.
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Langue originale Allemand

© Bundeszentrale für politische Bildung

 

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