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02.12.2008

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Magazine / Société / L'Ecole en Europe / Eclairages | 19.12.2007

L'histoire de l'étude PISA

de Kerstin Martens, Stephan Leibfried


On débat beaucoup sur le fait de savoir si l'instruction est mesurable, si elle est comparable. Mais la question de la comparabilité est occultée par la force des comparaisons : pratiquement aucun Etat ne peut échapper à PISA aujourd'hui.


Tous les 3 ans, juste avant la Noël, l'Organisation de coopération et de développement économiques, mieux connue sous son abréviation d'OCDE, nous fait cadeau de l'étude PISA. PISA – qui signifie Programme of International Student Assessment, et entretemps aussi renommée que la ville homonyme italienne, tout au moins en Allemagne.

Photo: Photocase


Nous y voilà cette année encore : le 04.12.2007, les résultats de cette étude scolaire internationale comparative, à laquelle ont participé 57 pays en tout, ont été publiés officiellement partout dans le monde – des Etats-Unis en Indonésie, du Brésil au Luxembourg.

L'Allemagne était encore une fois fidèle au poste. Une fois de plus, un ton acide marque le débat sur les chances de formation, l'arrière-plan familial et le problème des migrations – même s'il a été cette fois presque recouvert par des discussions de méthode et des requêtes politiques (les différentes études sont-elles vraiment comparables ? L'Allemagne s'est-elle améliorée ? Comment des résultats ont-ils pu percer prématurément ? Et qui en porte la responsabilité ?).

Seule une question qui s'impose n'est pas posée ici : Pourquoi une étude PISA en fait ? Et pourquoi justement l'OCDE coordonne-t-elle ces mesures comparatives? Car enfin, le "E" dans OCDE ne signifie par "éducation" mais "économiques" : l'objectif le plus important de cette organisation est précisément de promouvoir le développement et la coopération économiques de ses Etats membres – depuis 1948, alors qu'elle gérait les moyens du Plan Marshall.

Pour certains, PISA est une conjuration capitaliste des pays riches industrialisés : enfin l'éducation doit elle aussi se soumettre aux lois du marché. Pour d'autres, PISA est l'œuvre d'un égomane, Andreas Schleicher : il est obsédé par l'étude, veut se venger du système d'éducation allemand, voire même « devenir quelqu'un en politique » – comme le supposent certains ministres de l'Education qui ont réclamé son départ à plusieurs reprises.

Mais le fait que l'OCDE procède tous les trois ans à cette étude ne repose que sur une suite de hasards et une coalition remarquable au-delà des contrastes nationaux, transatlantiques. L'histoire de PISA ne dissimule aucune conjuration mais un enseignement sur la suppression des barrières entre politiques nationales. En ce cas présent dans le champ politique de l'éducation.

Dès 1964 – encore à l'époque de l'euphorie de la planification –les Etats membres avaient chargé l'OCDE de recueillir des statistiques nationales de l'éducation et de constituer des indicateurs : importance et type d'élèves et d'étudiants dans tout le système de formation devaient devenir prévisibles. On voulait avec des modèles mathématiques maîtriser les coûts de l'expansion attendue de l'éducation, notamment dans le domaine universitaire. Mais la qualité était mauvaise, les données incomplètes, certaines erronées et non comparables à travers les pays – le projet fut donc stoppé.

C'est seulement en 1981 que le sujet des indicateurs d'éducation fut repris dans l'OCDE. A l'époque, le gouvernement des Etats-Unis avait chargé une commission américaine d'effectuer une étude sur l'enseignement américain. Le résultat fut déplorable. Dans A Nation at Risk : Imperatives for Educational Reform, il s'avérait en 1983 que l'enseignement américain était misérable. 23 millions d'adultes et 17 pour cent des adolescents étaient analphabètes. Situation comparable à un désarmement américain unilatéral au plus fort de la Guerre froide, et donc considérée comme « risque national pour la sécurité ».

Le président Reagan s'en préoccupa. Il fit sa priorité de la réforme scolaire. Mais aux Etats-Unis comme en Allemagne, la politique de l'éducation ne ressort pas de la compétence fédérale. Les laender veillent jalousement à préserver leur influence. Les Etats-Unis s'adressèrent alors à l'OCDE, lui donnant pour tâche d'établir des statistiques de formation comparables au niveau international et d'évaluer la situation de l'enseignement dans le monde industrialisé. En haussant le débat au niveau de la politique internationale, le gouvernement américain cherchait à faire du système éducatif aux Etats-Unis – en tant que question de politique extérieure, le ressort du président – une affaire fédérale et augmenter ainsi le poids du gouvernement fédéral face aux Etats individuels.

L'OCDE n'était pas enthousiaste. Elle ne voulait pas établir d'indicateurs comparables au niveau international et prélever des données dans ce but. Pour le personnel du département à l'éducation de l'OCDE, la politique de l'éducation était un problème culturel, ce qui ne se laisse pas enfermer dans des chiffres, ni dans des tableaux comparatifs. Mais la pression politique des Etats-Unis était trop forte. Lors d'une conférence à Washington en 1987, l'avertissement fut clair : « Si vous continuez à vous opposer, nous nous retirons du programme de l'OCDE sur l'éducation ». En 1984, les Etats-Unis avaient déjà quitté l'UNESCO. La menace était donc à prendre au sérieux.

Les Etats-Unis reçurent une aide inattendue de la part de la France. En 1984, le premier ministre Mauroy avait échoué dans sa politique d'austérité et son successeur, le socialiste « réformiste » Fabius mit l'accent sur la politique de l'éducation : le nouveau ministre de l'Education, Jean-Pierre Chevènement, voulait imposer une égalité des chances d'instruction et d'existence, indépendamment de l'origine sociale. Il avait en tête de tout autres réformes que Reagan, mais il avait besoin de la même chose : des chiffres sur la situation réelle de l'enseignement, ici sur les élèves français et leur manque d'instruction, à ses yeux le résultat du système éducatif français élitaire.

Strange bedfellows? Une étrange constellation ? Si nous considérons la politique internationale à Bruxelles, Genève et New York, ce genre de curieux partenaires est plus la règle que l'exception. Pour des Etats aussi différents, plus rien n'aurait bougé sinon. Ici, comme le plus souvent dans la CE, les plus grands intéressés mènent des « négociations en paquets », comme dans les accords européens, sans imposer d'un coup des choses ayant des rapports entre elles. Ou bien les intéressés attendent des effets complètement différents de la même mesure - et d'autres, comme la République fédérale pour PISA, participent et attendent.

Cette coalition inhabituelle entre républicains américains et gauche française eut pour conséquence directe au milieu des années 1980 une nouvelle enquête de l'OCDE sur l'enseignement. Il ne manquait plus qu'une seule chose : une expertise afin d'exécuter un projet empirique de cette envergure. Le département à l'éducation était alors restreint, une douzaine de personnes. Personne ne voulait s'occuper des nouveaux indicateurs. Un Suisse, un philosophe, prit enfin le projet en main. Il n'avait pas de connaissances statistiques préalables et alla toujours chercher le savoir nécessaire de l'extérieur, chez des experts de l'enseignement du monde entier. On mit en place des réseaux pour des thèmes isolés et développa ici les indicateurs nécessaires. Du personnel supplémentaire fut engagé, entre autres Andreas Schleicher. Il avait auparavant longtemps travaillé pour l'International Association for the Evaluation of Educational Achievement et participé ici dans les années 90 à l'exécution de premières études comparatives internationales sur l'aptitude à la lecture et la compétence en mathématiques.

 

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Kerstin Martens
Kerstin Martens est professeur de Relations Internationales à l'Université de Brême. Elle y dirige avec Ansgar Weymann dans le domaine de recherche spéciale « La ...
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Stephan Leibfried
Stephan Leibfried est professeur de sciences politique et porte-parole du domaine de recherche spéciale.
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Langue originale Allemand

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