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Magazine / Politique / Kosovo / Article | 19.03.2008
Kosovo
de Julia Nietsch
Avec la déclaration d'indépendance unilatérale le 17 février 2008, la confrontation sur le Kosovo est entrée dans une nouvelle phase. Julia Nietsch sur l'historique et l'arrière-plan du conflit
Situation actuelle du conflit
Après que le Conseil de sécurité des Nations unies a refusé la proposition de l'émissaire spécial des Nations unies Martti Ahtisaari d'une « indépendance sous condition » et que de nouvelles négociations n'ont donné aucun résultat en 2007, les Etats-Unis et l'UE tentent de faire avancer le processus en vue d'une solution. Mais les fronts à Belgrade et Pristina restent durcis : tandis que Pristina revendique l'indépendance inconditionnelle du Kosovo, Belgrade continue de considérer le Kosovo comme étant une partie inaliénable de la Serbie.

Photo: AP
La Communauté internationale a posé un cadre clair : pas de retour à la situation d'avant 1999, pas de partage du Kosovo et pas de rattachement du Kosovo à un pays voisin. Une indépendance « sous condition » ou « contrôlée » avec une forte présence internationale et des prescriptions rigoureuses en matière de protection des droits de l'Homme et des minorités est tenue comme probable. La troupe de l'OTAN KFOR (« Kosovo Force ») doit continuer à garantir la sécurité. Et l'UE se prépare elle aussi à endosser plus de responsabilités au Kosovo dans les prochaines années : le Conseil européen a souligné le 14. 12. 2007 le rôle dominant de l'UE dans l'apport d'une solution à la question du statut du Kosovo et a décidé la préparation d'une mission de la Politique Européenne de Sécurité et de Défense (PESD) qui doit accompagner le Kosovo « sur la voie d'une stabilité durable ».
Causes et arrière-plan du conflit
A ce jour, quelques deux millions de personnes vivent au Kosovo, dont environ 88 pour cent d'Albanais ethniques et 7 pour cent de Serbes ethniques. D'autres petits groupes ethniques sont les Roms, les Ashkali et les Égyptiens, les Turcs, les Bosniaques, les Monténégrins, les Croates, les Gorani. Les différents groupes se définissent surtout par leur langue et en partie par leur appartenance religieuse (musulmans, serbes orthodoxes, catholiques romains).
Les conflits armés entre les forces serbes et l'Armée de libération du Kosovo (UÇK) en 1998/99 ont été le résultat de tensions croissantes entre le gouvernement serbe et la population albanaise du Kosovo dans les années 1980 et 1990 : tandis que la population albanaise du Kosovo réclamait une « Republikë Kosova » indépendante au sein de la Yougoslavie, les hommes politiques nationalistes serbes remettaient en question le statut de « province autonome » du Kosovo au sein de la fédération yougoslave.
Une cause de la radicalisation des deux camps a été la crise économique des années 1980. Le Kosovo, la région la plus défavorisée économiquement, a été très durement touchée par les problèmes économiques. A partir de 1989, le gouvernement de Milošević a stoppé tous les investissements et subventions pour le Kosovo. Le produit intérieur brut a reculé jusqu'en 1995 de 48,5 pour cent, la production industrielle de 71,6 pour cent. Le chômage s'est élevé à plus de 50 pour cent. Notamment la population rurale vit dans la pauvreté, ce qui est encore venu nourrir les ressentiments contre la population serbe.
Bien que la situation économique depuis 1999 se soit sensiblement améliorée grâce aux apports financiers de donateurs internationaux et de Kosovars vivant à l'étranger, la région compte toujours parmi les plus pauvres d'Europe. 47 pour cent de la population du Kosovo vivent dans la pauvreté et 13 pour cent dans une pauvreté extrême. Le chômage est très élevé, surtout chez les jeunes qui représentent plus de la moitié de la population.
Après la guerre, la majorité des Serbes kosovars ont fui dans le nord du Kosovo ou en Serbie. Sont restés surtout les paysans propriétaires terriens. Seuls peu de Serbes du Kosovo et d'autres minorités font partie de la nouvelle élite urbaine qui commande au Kosovo. Les forces ethno-nationalistes des deux camps exploitent les différences linguistiques, culturelles et sociales, ainsi que la peur des gens d'une nouvelle guerre pour mobiliser leurs troupes.
Idées de traitement et de solution
Une opération de l'OTAN met un terme à la guerre du Kosovo lorsqu'en février 1999, les négociations entre le Groupe de contact (États-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne, France, Italie), le front albanais kosovar et le front serbe échouent à Rambouillet en France. La Résolution 1244 des Nations unies du 10 juin 1999 scelle la fin de la guerre et engage un difficile processus de transition. De nombreuses tentatives de réunir Pristina et Belgrade autour d'une table de négociation échouent. En 2006 aussi, on ne peut trouver que quelques solutions « techniques » (p. ex. répartition des postes de police selon des points de vue ethniques, protection des monastères serbes orthodoxes et restitution de biens culturels par Belgrade).
L'émissaire spécial des Nations unies Martti Ahtisaari rédige dans un document des propositions de solution à la question du statut du Kosovo qu'il soumet en février 2007 aux gouvernements de Belgrade et de Pristina et au Secrétaire général des Nations unies. Sa proposition d'une « indépendance sous condition » pour le Kosovo sous la surveillance de la Communauté internationale n'est cependant pas acceptée par le Conseil de sécurité des Nations unies, car surtout la Russie y fait opposition.
Les Nations unies chargent alors une troïka d'envoyés spéciaux de l'UE, des Etats-Unis et de la Russie de mener d'autres négociations. Les positions rigides de Belgrade et de Pristina empêchent cependant une solution à l'amiable. Le rapport de la troïka est en cours de discussion au Conseil de sécurité des Nations unies et dans l'UE, après que l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et l'Italie se soient déclarées en faveur d'une solution rapide pour la question du statut du Kosovo dans une lettre aux États membres de l'UE.
Historique du conflit
Après le démantèlement de l'Empire ottoman, le Kosovo fait partie de la Serbie et du Monténégro à la suite de la 1ère guerre balkanique de 1912, et appartient au 1er État yougoslave entre les deux guerres. Après la Seconde guerre mondiale, le Kosovo fait partie de la Fédération yougoslave. Le leader communiste Josip Broz Tito parvient à neutraliser les forces nationalistes en répartissant habilement le pouvoir entre les États fédéraux. Il accorde l'autonomie au Kosovo et l'égalité au niveau fédéral à partir de 1974.
Lorsqu'éclate la crise du socialisme autogestionnaire yougoslave à la mort de Tito en 1980, le gouvernement serbe revient sur le statut d'autonomie en faisant appel au mythe d'Amselfeld. Tous les Kosovars albanais sont renvoyés des institutions publiques et des exploitations d'État. Élèves et étudiants kosovars albanais sont exclus du système d'éducation public. En réponse à ce « système d'apartheid », les Kosovars albanais mettent en place des structures parallèles. Le système est coordonné par la Ligue démocratique du Kosovo (LDK) créée en 1989 et financé par des apports surtout en provenance de la diaspora kosovar albanaise. Dans le référendum de 1991 organisé par le gouvernement parallèle, une majorité de Kosovars albanais vote pour une indépendance totale.
A la fin des années 1990, des conflits armés éclatent entre les forces serbes et l'UÇK. La population civile kosovar est victime d'agressions systématiques, d'expulsions et de massacres. En septembre 1998, le Conseil de sécurité des Nations unies condamne dans la Résolution 1199 la violence exercée par la police et l'armée serbes. Après l'échec des négociations de Rambouillet, l'OTAN lance une offensive aérienne le 24 mars 1999 qui va durer 79 jours.
Avec la Résolution 1244 des Nations unies du 10. 6. 1999, le Kosovo, sur le plan du droit international, est certes toujours une partie de la République fédérale yougoslave mais est en même temps placé sous la souveraineté administrative d'une mission des Nations unies (UNMIK).
Après les premières élections dans tout le Kosovo, des institutions d'autoadministration provisoires commencent leur travail en 2002 mais ne sont toutefois pas reconnues par la majorité de la population serbe du Kosovo. Notamment dans le nord du Kosovo, le gouvernement serbe entretient des écoles, tribunaux et administrations parallèles.
L'écart ethno-politique se creuse encore plus lors des violences de mars 2004. Au moins 19 personnes sont tuées et plus de 1 000 blessées, lorsque des groupes radicaux kosovars albanais attaquent des Kosovars serbes, Roms, Ashkali et Égyptiens, incendient et détruisent maisons, églises orthodoxes et monastères. Les actes de destruction se dirigent aussi contre les bâtiments et les véhicules de l'UNMIK. Les responsables sont à rechercher dans des milieux radicaux et mafieux.
Après ces exactions, le dénommé processus standard est accéléré par la Communauté internationale et l'on fait entrevoir un début rapide des négociations, afin de barrer la route aux forces radicales et de tempérer l'insatisfaction avec l'administration UNMIK. En même temps, les prescriptions en matière de droits de l'Homme et des minorités et de l'État de droit sont renforcées.
Julia Nietsch, née en 1977, a travaillé pendant plus de trois ans dans les Balkans. Elle a étudié l'anglais, le français, la philosophie à Düsseldorf ...
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