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Magazine / Culture / La construction de mosquées / Article | 27.09.2007
L'appel sonore du muezzin
de Jörg Lau
Jörg Lau approuve l'égalité juridique de l'Islam avec l'église. Les Allemands pourraient en apprendre de ne pas confondre tolérance et indifférence. Et les musulmans de moderniser leur religion par des valeurs nouvelles.
Le ton monte dans la querelle autour de l'Islam en Allemagne. C'est une bonne nouvelle. Nous sommes passés de l'ère de la fausse sérénité directement dans la phase de négociations sur une nouvelle identité.

Photo: AP
Reconnaître que l'Islam fait partie de l'Allemagne n'était pas la fin mais seulement le début d'un conflit culturel.
Plus on se rapproche, plus on remarque les différences mutuelles. Les deux côtés doivent encore apprendre à interpréter comme un bon signe que ces différences soient enfin discutées.
Le projet de construction d'une mosquée à Cologne agite en ce moment toute la République. Nous ergotons sur la hauteur de minarets et de coupoles et sur le nombre de places de parking nécessaires. Mais en réalité, il ne s'agit de rien de moins que de l'intégration d'une religion.
De nouvelles confrontations religieuses
Depuis des mois, l'église protestante débat avec les associations musulmanes sur l'avenir du dialogue. Et maintenant, le chef des catholiques allemands, le cardinal Lehmann de Mayence, remet en question l'égalité juridique de l'Islam avec le christianisme : traiter à égalité des religions indépendamment de l'histoire et du nombre de ses membres serait de la « fausse tolérance ».
Effectivement, ce qui passe pour de la tolérance n'est souvent que de l'indifférence. On préfère ne pas savoir exactement ce à quoi croient vraiment les autres.
Et voilà qu'une religion étrangère réclame d'être reconnue. Elle veut sortir des impasses et entrer dans les comités radiophoniques. Elle construit des mosquées représentatives qui démontrent l'ambition de marquer le paysage urbain. Une revendication qui fait pression sur les églises parce qu'elle remet en question leur monopole d'un partenariat privilégié avec l'Etat.
Mais même des citoyens non croyants et loin de l'église réagissent négativement : les choses étaient si bien réglées, le temps des luttes culturelles était passé. Et voilà que le combat religieux pour la reconnaissance repart. La concurrence vitale de l'Islam dynamise les églises qui sont obligées de prendre position.
Marché avec l'Islam
Le cardinal Lehmann a raison de mettre en garde contre l'indifférence dans l'attitude face à la liberté du culte. Sans elle, il ne peut y avoir d'Etat de droit libéral. C'est pourquoi il est mauvais d'exclure pour toujours l'égalité juridique pour les musulmans en renvoyant à la contribution spéciale des églises à l'« identité culturelle européenne ».
Récemment, le cardinal a dit qu'il aimerait bien dire une messe en Arabie saoudite. Celui qui s'engage contre l'oppression des églises dans le monde islamique ne peut refuser les mêmes droits aux musulmans dans son propre pays.
Ils devraient avoir la possibilité d'être un jour reconnus comme les églises en tant que personne morale de droit public – avec les privilèges du droit du travail et du droit fiscal. Jusque là – les églises peuvent en témoigner – le parcours est un processus d'apprentissage dont l'issue reste ouverte.
Le marché doit être le suivant : nous proposons l'intégration dans le système de droit public. Nous exigeons en contrepartie que les doutes et les réserves soient pris au sérieux et non pas catalogués comme « islamophobie ».
Sur cette base, la conférence de Schäuble sur l'Islam, mais aussi le dialogue avec les églises sont l'occasion de poser enfin toutes les questions qui ont été trop longtemps évitées.
Quelle est votre attitude face aux droits des femmes ? Qu'en est-il de la liberté des musulmans de changer de confession ici et dans vos pays d'origine ? La charia se situe-t-elle au-dessus de la constitution ? Etes-vous durablement prêts à vivre avec d'autres avec les mêmes droits dans la pluralité religieuse ? Ne l'acceptez-vous que temporairement et à contre-cœur sous la contrainte de la diaspora ou bien pourriez-vous justifier à partir de votre croyance même pourquoi vous approuvez cette règle ?
Liberté de culte illimitée
Il est compréhensible que les mulsulmans ressentent ces questions comme hostiles. Mais ils devraient penser à tout ce que les catholiques ont dû s'entendre dire dans leurs combats culturels.
L'Etat allemand ne doit pas renier ses racines culturelles et religieuses même si la constitution l'oblige à une neutralité idéologique sur le plan religieux. La liberté de culte illimitée fait partie de notre règle étatique, même si elle est d'empreinte chrétienne. Sans tolérance pour d'autres confessions, elle ne serait que le couvert de la bigoterie.
L'Allemagne possède un système de coopération entre communautés religieuses et Etat chèrement conquis au cours de guerres de religion et de combats culturels. Un système conçu pour venir à bout de la méfiance et des réserves interconfessionnelles contre la modernité et en faire quelque chose de productif.
Un processus qui a exigé des églises des changements considérables et leur a conféré en échange une grande influence. Rien ne dit que ce système n'est pas capable d'intégrer d'autres tendances religieuses. Il offre aux musulmans la chance d'être reconnus, en échange de leur obéissance à l'Etat de droit.
Il n'en résulte pas pour autant que l'on doive accorder tout de suite et sans autre forme de procès aux musulmans la pleine égalité juridique avec les églises. Les églises n'on pas acquis leurs privilèges pour rien mais au cours d'un douloureux « processus d'apprentissage mutuel » (Lehmann).
Lehmann lui-même est le meilleur exemple de l'intelligence du système allemand sans la capacité d'éducation duquel l'église dans ce pays ne serait pas aussi libérale (et Lehmann pas cardinal).
Le modèle allemand pour l'intégration de l'Islam
Beaucoup doutent que les musulmans puissent suivre la même voie. Ce n'est pas un préjugé occidental : beaucoup de musulmans se demandent eux aussi comment l'Islam peut composer avec la séparation de la religion et de l'Etat. Ce n'est pas une raison pour leur refuser ce processus d'apprentissage en signalisant a priori qu'ils n'y arriveront pas de toute manière.
Les églises sont tentées de faire comme si l'Etat de droit libéral leur avait toujours tenu à cœur. Mais elles aussi durent être amenées à pactiser avec lui afin de pouvoir finalement y adhérer de plein gré. L'église catholique a lutté contre la liberté du culte jusqu'en 1964, jusqu'au concile de Vatican II.
Le débat a heureusement dépassé depuis longtemps le stade de la querelle sur le port du voile et des protestations anti-mosquées : celui qui pense que l'interdiction du voile n'est pas compatible avec une compréhension libérale de l'Etat peut quand même être contre le voile en tant que démonstration de la discrimination féminine.
Celui qui est pour l'égalité des musulmans en matière de lieux sacrés peut très bien aussi refuser une mosquée concrète parce qu'un groupe indéfinissable se dissimule derrière elle ou parce qu'elle modifierait radicalement le profil de son propre quartier.
La politique allemande a dépassé la fausse alternative du laxisme ou de l'isolation. Un modèle allemand pour l'intégration de l'Islam est en train d'émerger qui commence à éveiller l'intérêt des autres pays européens – prudent face aux tentatives d'islamisation, exigeant la fidélité à l'Etat de droit mais plein de respect face à l'essence religieuse des autres.
L'Etat libéral a toutefois besoin de plus que de la seule obéissance au droit. Il a besoin du bon vouloir des religions – pour reprendre les mots de Jürgen Habermas « d'une légitimation enracinée dans des convictions ».
Les musulmans doivent prendre au sérieux les doutes concernant leur bon vouloir. Personne ne peut leur épargner leur conflit de loyauté, pas plus qu'aux habitants de longue date de vivre avec une diversité religieuse dérangeante, minarets compris.
Jörg Lau est rédacteur au journal hebdomadaire « Die Zeit ». Il a fait des études de germanistique et de philosophie
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Source originale Die Zeit
© Jörg Lau


