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Magazine / Actualité / Chine / Article | 06.08.2008
Un couple heureux ?
de Kenneth Chan
Malgré le mécontentement suite aux critiques de l'Europe lors du passage de la flamme olympique, on croit au "développement amical" dans l'Empire du Milieu. Un point de vue chinois.
Le renforcement des relations entre l'Union européenne et la Chine au cours des dernières décennies a été sans précédent. Depuis 2004, l'UE est le plus important partenaire commercial de la Chine.

Les espoirs de voir les deux parties bénéficier de ce développement continuent de grandir au fur et à mesure que la coopération qualifiée de "vaste partenariat stratégique" par les responsables politiques se renforce. L'UE est déjà perçue comme un acteur mondial et un allié d'une importance croissante par les médias chinois contrôlés par l'Etat. Ce n'est pas un hasard non plus si les journalistes et les universitaires chinois emploient des termes aussi parlant que "lune de miel" et "mariage" pour caractériser les relations entre l'UE et la Chine.
Ses propres règles du jeu
L'intérêt de la Chine pour l'UE fait partie de ses ambitions mondiales. La Chine aimerait volontiers se joindre à nouveau à la communauté internationale en définissant ses propres règles. Elle aimerait consolider son "développement amical" sans que son régime autoritaire ne soit menacé. Les relations renforcées avec l'UE – sur la base du respect et des valeurs mutuels – peuvent servir de contrepoids aux Etats-Unis et déterminer un ordre multipolaire sur la planète en matière de politique internationale. Le fait qu'il n'existe pas de conflit territorial et de disputes de frontières entre la Chine et l'UE, facilite la donne.
Des jouets en plastique préoccupants
Le modèle chinois de capitalisme autoritaire offre des défis mais également des opportunités pour l'UE et le reste du monde. D'un côté, le commerce de l'UE avec la Chine a augmenté de 20 pour cent chaque année au cours des dernières années, d'un autre, Pékin se montre réservé quant aux appels répétés d'une réévaluation du Yuan par rapport à l'euro. La Chine a par ailleurs fait savoir son mécontentement quant à la non reconnaissance par l'UE du statut d'économie de marché de la Chine et sa volonté de voir lever l'embargo sur les armes en vigueur depuis 1989. Les produits alimentaires et la sécurité des produits en Chine ainsi que la protection du droit de la propriété intellectuelle font partie des inquiétudes supplémentaires de l'UE. En 2007, des millions de jouets fabriqués en Chine ont été rappelés, après qu'il ait été fait état de craintes quant à la sécurité des objets en raison de la présence de niveaux dangereux de peinture au plomb ou de risques posés par la présence de petites pièces détachables. Les émotions ont été vives quand la vice-Premier ministre chinoise, Wu Yi, a reproché à la Commission européenne "d'exagérer et de politiser la question de la sécurité des produits". La Chine a toutefois proposé d'établir un mécanisme de dialogue économique et commercial à haut niveau (HLM), pour répondre aux préoccupations de l'UE.
Les Jeux olympiques accentuent les tensions
Pékin et Bruxelles pourraient, somme toute, éviter les questions idéologiques litigieuses. La réaction de Pékin face au mouvement de protestations au Tibet en mars 2008 et aux heurts qui ont suivi lors du passage de la flamme olympique en Europe a détérioré les relations et provoqué une vague d'éruptions nationalistes. Au final, Carrefour et d'autres entreprises françaises ont fait les frais d'un boycott observé par des consommateurs chinois irrités, ce qui a de nouveau suscité de nouvelles inquiétudes en Europe quant à l'essor de la Chine.
Dialogue infructueux sur les droit de l'homme
La réussite économique légendaire de la Chine a manifestement fait pencher l'équilibre politique en faveur de la Chine, tandis que les Etats membres de l'UE se disputent pour avoir leur part lucrative du marché chinois. Depuis 1996, l'UE n'apporte plus aucun soutien aux résolutions des Nations unies qui critiquent la situation des droits de l'homme en Chine. Bien que la critique publique soit perçue comme contre-productive par les fonctionnaires européens : le dialogue mesuré avec la Chine sur les droits de l'homme n'a jusque là apporté aucun résultat et l'UE n'a pas non plus réussi à se servir des relations économiques et commerciales pour diffuser ses règles et standards. En réalité, les attitudes de Pékin et de Bruxelles avec des régimes comme ceux présents en Angola, au Soudan, au Zimbabwe, et en Birmanie, sont à des centaines de lieux l'une de l'autre.
La politique chinoise à l'égard de l'UE peut être décrite comme une alternance de sentiments nationalistes et d'intérêts des élites au pouvoir. Pékin a appris à limiter l'influence de l'UE dans les domaines de la coopération économique et commerciale. Quant à savoir si, dans ces circonstances, l'UE pourra faire avancer son agenda politique et ses valeurs en Chine, cela dépend finalement de la volonté de ses dirigeants politiques à faire connaître leur opinion à la puissance étatique chinoise.

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