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07.09.2008

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Magazine / Histoire / Narrating the Nation / Article | 06.05.2008

Histoire de l'identité européenne

de Wolfgang Schmale


L'identité européenne varie depuis des siècles. Mais au début du 21ème siècle, on ne peut toujours pas dire clairement si l'Europe possède une « âme » et laquelle.


Vu de l'intérieur, l'Europe n'a pas d'identité. Il n'y pas qu'une seule Europe, mais plusieurs: c'est ainsi qu'on distingue l'Europe de l'Union Européenne (UE), de l'Espace économique européen, de l'Union de l'Europe Occidentale (UEO), de l'Association européenne de libre-échange (ce qu'il en reste), et du Conseil de l'Europe. On distingue également celle de l'OSCE et de l'OTAN, deux organisations ne regroupant pas exclusivement des États européens. La question de l'identité n'a de sens que lorsqu'il est question de l'Europe sous la forme de l'UE. S'il est vrai que les 27 États membres actuels de l'UE ne font pas le poids face aux 46 du Conseil de l'Europe, l'UE n'a cependant pas d'égal en matière d'intégration, de consolidation institutionnelle et constitutionnelle, d'interdépendance.

Photo: photocase.de


Pour la plupart des États européens n'étant pas encore membres de l'Union Européenne, la perspective d'une adhésion joue par conséquent un rôle décisif dans le développement politique, social, économique et culturel de ces pays pour les années à venir.

L'attrait qu'exerce l'UE la confronte à une série infinie de crises internes, qui jettent de plus en plus le trouble sur l'objectif qu'[1]est l'unité européenne. Certes, le traité de Lisbonne ne sera clos que lorsqu'il aura été ratifié par tous les pays qui avaient été à l'origine des tensions autour de la constitution, celles du 'Non' des Français et des Néerlandais en 2005 ; cependant, ledit traité porte en lui le germe de nouveaux troubles, ceci en raison des exceptions dont bénéficient certains pays, lesquelles, d'un point de vue juridique, représentent des zones d'ombre. Pour résumer de façon ironique, on pourrait relever que « les crises » font ouvertement partie de l'identité de l'Europe.

Vu de l'extérieur, la situation est tout à fait différente. Dans le contexte des débats autour de la guerre en Irak, Robert Kagan a publié un livre qui a fait fureur en raison de sa grande notoriété. Le titre de la version allemande du livre qui parut en même temps, « Macht und Ohnmacht » (La puissance et la faiblesse) annihile l'identification de l'Europe en tant que « paradis », et celle des États-Unis en tant que «puissance », et plus précisément « puissance protectrice de l'Europe. La métaphore du paradis dérive de l'accomplissement de la paix et du bien-être, tout comme de la renonciation à une politique indélicate de force, caractéristique de l'Europe jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale. Ce paradis n'a pu voir le jour qu'après 1945, sous la protection militaire des États-Unis, qui étaient en quelque sorte les gardiens des portes du paradis, et le sont encore aujourd'hui. Dans l'imagination de nombreux migrants africains qui mettent leur vie en jeux dans des bateaux inaptes à la navigation, la comparaison de l'Europe avec le paradis, avec des conditions de vie paradisiaques, joue également un rôle important.

Néanmoins, en Europe, on a peu tendance à considérer l'Europe de l'UE comme un paradis possédant à cet effet une identité unique. Jacques Delors, ancien Président de la Commission européenne (de 1985 à 1995) a comparé ce « déficit » à « l'âme » qui aurait dû être donnée à l'Europe. Si l'on fait abstraction d'avancées et d'actes préexistants tels que les documents sur l'identité européenne publiés en décembre 1973 lors du sommet des CE (Communautés Européennes) à Copenhague au Danemark, alors, l'UE[2] mène depuis les années 1980 une politique d'identité tout au service d'un État reposant sur l'unité. On pourrait dire que la politique d'identité de l'UE se réoriente vers la politique d'identité moyenne d'un État-nation : drapeau, hymne, journée de l'Europe, devise et citoyenneté européenne sont des symboles de l'unité. La diversité dominante et omniprésente qui apparaît comme l'une des causes des crises actuelles est de plus en plus « scannée » sur la possibilité et la faisabilité de l'unité. En effet, le concept actuel d'identité renferme en lui-même une part importante d'unité, de ce qu'on pourrait qualifier d'«être un en soi », pourvu également qu'il soit question de l'identité d'un individu ou de celle d'une collectivité.

D'un point de vue historique, il fut un temps où « l'identité européenne » était considérée comme une évidence. Depuis le 15ème siècle, deux concepts successifs d'identité se sont développés : l'Europe en tant que République Chrétienne (au début des temps modernes) et l'Europe en tant que culture (depuis l'ère des Lumières. Dans les deux cas, la construction et la définition de l'étranger et des autres est primordiale. A présent, remettons-nous en mémoire ces périodes historiques[3].

[1] Cf. Robert Kagan, Macht und Ohnmacht. Amerika und Europa in der neuen Weltordnung, Berlin, 2003; Titre original: Of Paradise and Power. America and Europe in the New World Order, New York 2003.

[2] L'abréviation est également utilisée dans la suite du texte lorsqu'on fait référence aux précédents CE (Communautés Européennes) et CEE (Communauté économique européenne.)

[3] Cf. Pour la suite Wolfgang Schmale, Eckpunkte einer Geschichte Europäischer Identität, in: Julian Nida-Rümelin/Werner Weidenfeld (éd.), Europäische Identität: Voraussetzungen und Strategien, Baden-Baden 2007.

 

1 . 2 . 3 . 4 . 5 . suivante »

 
Wolfgang Schmale
Dr. en Philosophie, né en 1956 ; Professeur titulaire d'histoire moderne et contemporaine à l'Université de Vienne, Institut d'Histoire, Dr Karl Lueger- Ring 1, 1010 ...
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Traduction
Tiny Domingos


Publié le 31.12.2007

Source originale Aus Politik und Zeitgeschichte 1-2/2008

© Bundeszentrale für politische Bildung

 

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