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Magazine / Actualité / Syndicats / Article | 27.08.2008

Le tien ou le mien

de Chiara Benassi, David Krebs


De nombreux groupes sont déjà organisés au niveau européen. Il manque en revanche aux comités d'entreprise une solidarité transnationale. Quelles en sont les causes ? Où des progrès ont-ils déjà été réalisés pour la collaboration des syndicats européens ?


Quand on a appris en janvier 2008 la fermeture du site allemand de Nokia à Bochum, les employés ont connu une grande solidarité – limitée toutefois à l'Allemagne. Car au lieu de se montrer solidaires de leurs collègues allemands et d'appeler à un mouvement de protestation à l'échelle de l'Europe, Mika Paukkeri, le responsable du comité d'entreprise finlandais de Nokia, a soutenu la fermeture de l'usine.

Photo: AP


La collaboration transnationale demeure un grand défi pour les employés en Europe. Si les syndicats veulent suivre le rythme de l'intégration économique des entreprises sur le marché intérieur, ils doivent approfondir la coopération transnationale avec leurs collègues européens. Ce bond vers l'avant de l'Etat nation du 19ème siècle vers l'arène européenne, les syndicats n'y sont pourtant pas parvenus jusque là, et ce pour diverses raisons. La barrière linguistique constitue souvent un obstacle à la coopération. Contrairement au management qui parle l'anglais, il manque souvent une lingua franca commune aux représentants des salariés des groupes européens.

Des grèves différentes au Nord et au Sud

Les causes des difficultés de compréhension se retrouvent également au niveau culturel. Le paysage syndical européen se distingue culturellement entre le Nord et le Sud : tandis que les syndicalistes italiens et espagnols réagissent rapidement par des grèves en cas de problèmes avec les employeurs, les Allemands sont rétifs au conflit. Les forts droits de cogestion ont mené à une culture du dialogue dans laquelle la grève est plutôt considérée comme une solution de dernier recours. Il n'est donc pas étonnant qu'entre 1996 et 2005, d'après des données de la fondation Hans Böckler, il y ait eu en moyenne en Allemagne 2,4 jours de grèves par an pour 1 000 employés, contre 86,8 en Italie et jusqu'à 144,9 en Espagne. Un responsable syndical allemand expérimenté dans la collaboration internationale explique : « Le dialogue avec le patronat est perçu avec une profonde méfiance par les syndicats d'Europe méridionale, voire il est parfois franchement fustigé comme une trahison de la lutte des classes ».

Conflit ou consensus

Il faut dépasser ce fossé entre modèle de conflit et modèle de consensus, si par exemple, comme dans le cas de Nokia, un groupe européen annonce une fermeture de site et que la réaction du personnel doit être coordonnée le plus rapidement possible et également à un niveau européen. Le « manque de solidarité » du responsable finlandais du comité d'entreprise de Nokia peut être expliqué par la philosophie des syndicats finlandais, qui – en tout cas selon l'avis de nombre de leurs collègues à l'étranger – est résumée par la devise suivante : ce qui est bon pour l'entreprise est bon aussi pour les employés.

Le droit de grève comme droit fondamental ?

Ce problème des différences culturelles se pose de façon au moins aussi aigue dans la formulation des exigences politiques communes des syndicats. Sabrina Petrucci, responsable des questions internationales dans le plus grand syndicat italien de l'industrie du métal, FIOM, estime : « Nous avons besoin d'un droit de grève européen protégé comme un droit fondamental. » Il est en revanche plus important aux yeux de nombreux syndicats allemands d'imposer une convention collective européenne, qui sauvegarde si possible en grande partie les normes du droit de cogestion allemand en Europe. On a vite l'impression qu'il s'agit surtout pour les syndicats nationaux d'exporter leur propre modèle en Europe. Patrizia Pitronaci, du syndicat italien de l'industrie du métal UILM, le confirme : « De nombreux syndicalistes sont malheureusement de cet avis : mon modèle est mieux que le tien. »

Différences juridiques

Les droits du travail nationaux fortement divergents, par exemple dans le domaine de la législation relative aux conflits collectifs de travail, compliquent la collaboration transnationale. Une réglementation uniformisée du droit européen n'est pourtant pas en vue. Le fondement juridique de l'Union européenne est toujours constitué en premier lieu par les libertés fondamentales, comme la libre circulation du capital ou la liberté d'établissement, qui permettent aux entreprises de transférer facilement des sites de production au sein du marché intérieur, comme par exemple le site de Bochum en Allemagne vers celui de Jucu en Roumanie.

La Cour de justice européenne favorise le patronat

Dans ce contexte juridique, il n'est pas étonnant que la Cour de justice européenne favorise plutôt les entreprises et non les syndicats. L'année dernière, elle a décidé avec les arrêts Viking et Laval que l'exercice du droit de grève par les syndicats ne devait pas restreindre immodérément les libertés fondamentales des employeurs concernés. Dans sa plus récente décision contre le Grand Duché du Luxembourg en juin 2008, la Cour de Justice poursuit la tendance visant à réduire la marge de manœuvre des syndicats et de la politique sociale nationale. La Cour a décidé que le Grand Duché avait prévu trop de consignes de protections pour les employés étrangers envoyés au Luxembourg, de telle sorte que la liberté de prestation était trop restreinte.

Fédération syndicale européenne des métallurgistes

Malgré des conceptions différentes et des conditions politiques défavorables, les syndicats essayent, dans le cadre des institutions européennes, de faire de nouveau mieux entendre les employés en Europe. La Fédération européenne des métallurgistes (FEM) est une institution de cette sorte, qui peut coordonner les réactions des syndicats nationaux en cas de restructurations transnationales. Depuis près de dix ans, la FEM essaye de coordonner la politique salariale des syndicats membres en convenant de normes pour l'ensemble de l'Europe. IG Metall et FEM ont annoncé en 2002 dans une déclaration commune rédigée en anglais : "There is no national collective bargaining any longer since the launch of the Euro!” [Il n'y a plus de négociations collectives nationales depuis le lancement de l'euro !]

 
Chiara Benassi
Chiara Benassi, née en 1985 à Bologne, étudie les relations internationales à Berlin et à Postdam.
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David Krebs
David Krebs, né en 1982 à Hanovre, étudie le droit à Berlin.
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Langue originale Allemand

Creative Commons license by-nc-nd/2.0/de.

Le text est licencié sous Creative Commons license by-nc-nd/2.0/de.

 

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