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Magazine / Actualité / Homosexualité / Article | 23.07.2008
Enfant désiré
de Marie-Pierre Micoud
Les parents homosexuels sont une réalité. Pourtant, le système législatif ne leur facilite pas les choses pour leur permettre de mener une vie de famille "normale" n'importe où, écrit Marie-Pierre Micoud, présidente de l'Association européenne des parents gays et lesbiens.
John et Alexandre se sont rencontrés en Angleterre. Comme la loi anglaise le permet, ils ont pu tous les deux adopter un petit garçon, Ed, qui a aujourd'hui 10 ans. Alexandre vient d'accepter une mutation professionnelle en France mais voilà : l'équilibre de la famille s'en trouve menacé. La loi française ne reconnait pas la double filiation paternelle, pourtant légalement établie de l'autre côté de la Manche. En France, la famille de Ed n'a aucune existence juridique.

En décidant de traverser la frontière franco-allemande, Sylvie et Katarina vont pouvoir bénéficier outre-Rhin d'une législation adaptée. Elles élèvent deux enfants conçus par insémination avec donneur (IAD) en Belgique, l'un porté par Sylvie, l'autre par Katarina. Katarina étant allemande, le fait que la famille s'installe en Allemagne va permettre à chacune des mères d'adopter les enfants de l'autre. Permettant au passage que leurs deux enfants soient légalement reconnus comme frères et sœurs.
Un proche donneur de sperme
En Allemagne, les couples de lesbiennes peuvent en toute sécurité solliciter l'aide d'un ami donneur pour concevoir leurs enfants: la loi prévoit que cet homme peut renoncer à ses droits parentaux et que la compagne puisse adopter les enfants nés de son don. Ce type d'arrangement est juridiquement très risqué dans la plupart des autres pays européens: le « généreux ami » peut à tout moment décider de revendiquer sa paternité. Ou se la voir imposée contre son gré par l'enfant ou par sa mère biologique.
Deus pères ou deux mères
En Europe de l'Ouest, quatre pays font figure de lanterne rouge en ce qui concerne la reconnaissance juridique des familles homoparentales : la France, l'Italie, le Portugal et l'Irlande. Pour les gays et lesbiennes de ces pays, aucune loi ne protège leurs familles. Avec pour conséquence immédiate que leurs enfants ne disposent tout simplement pas des mêmes droits que les autres.Les législations les plus progressistes se trouvent indéniablement aux Pays-Bas, en Belgique, au Danemark, en Suède, en Espagne, au Royaume-Uni ou en Finlande. L'adoption et la procréation artificielle par insémination sont ouvertes aux gays et lesbiennes de ces pays. Surtout, les deux membres du couple sont à égalité dans leur engagement parental: leurs enfants ont deux pères ou deux mères dans la vie, ils ont aussi très officiellement deux pères ou deux mères dans la loi.
Un lent espoir
Certains pays de l'Europe de l'Est s'ouvrent lentement à la reconnaissance du couple homosexuel en instaurant des partenariats enregistrés mais la majorité d'entre eux restent rongés par une profonde aversion à l'égard de l'homosexualité. En Bulgarie ou en Pologne par exemple, assumer ouvertement son homosexualité relève quasiment d'un suicide social. Même si elles existent déjà dans les faits – on estime entre 30 000 et 100 000 le nombre d'enfants élevés par au moins un parent homosexuel en France – , le chemin est donc encore long avant que les familles homoparentales fassent leur apparition dans le débat social et politique.

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