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Magazine / Actualité / Homosexualité / Article | 23.07.2008
Sur le point de dire oui
de Blaise Gauquelin
Les lois européennes évoluent plus vite que les mentalités. Mais la législation européenne comporte encore des lacunes. Elle ne protège les lesbiennes et les gays que dans la mesure où ils se présentent en tant que couple.
Pour les homosexuels, le continent européen constitue une bulle géographique de protections qui a peu d'équivalents dans le monde. En effet, si 86 États condamnent toujours les relations entre personnes de même sexe aux quatre coins de la planète, tous les pays du vieux continent ont quand à eux dépénalisé l'homosexualité. D'ailleurs en 2007, seul 3% des citoyens de l'Union européenne (UE) indiquent avoir subi une discrimination en raison de son orientation sexuelle.

La législation communautaire est à l'origine de ce bon chiffre. En effet, la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle est strictement interdite dans le domaine de l'emploi (directive 78/2000) et, lors de la présidence française, l'UE devrait élargir la protection aux domaines des biens et des services, à l'éducation, à la protection sociale et aux avantages sociaux. Ainsi, les gays et les lesbiennes seraient aussi bien protégés que les personnes victimes de discriminations fondées sur l'origine ethnique. Un pas d'ailleurs déjà franchi par 18 pays de l'UE.
Et c'est très bien ainsi
Sur le papier, les homosexuels jouissent donc en Europe d'une situation enviable et, en France, en Allemagne, comme en Lettonie ou en République tchèque, l'idée d'avoir un voisin homosexuel est désormais totalement indifférente à la majorité des citoyens. Petit à petit, le droit d'existence des gays et des lesbiennes devient un fait acquis et on verra certainement un jour en Roumanie ou à Malte un élu d'envergure lancer un « und das ist gut so », comme le maire de Berlin, Klaus Wovereit, l'avait fait dans la capitale allemande, lors de son coming out, en 2001. Comme lui, d'autres personnalités politiques européennes sont ouvertement gay. On peut citer le maire de Paris, Bertrand Delanoë, les ministres allemand et hollandais Karin Wolff et Joop Wijn, Elio di Rupo, président du PS wallon, Klara Ungar, ancienne députée et membre du bureau politique du parti libéral hongrois.
L'amour à l'heure de l'UE
Toutefois, des disparités spectaculaires subsistent lorsqu'il s'agit d'accorder le droit aux minorités sexuelles de se marier ou de jouir d'une autorité parentale. Là, le degré de tolérance varie, c'est peu de le dire. Et qu'ils s'aiment aux Pays-Bas ou en Pologne, les homosexuels ne vivent alors plus dans la même Europe.
En effet, si 44% des Européens se déclarent favorables à l'ouverture du mariage pour les homosexuels, les chiffres vont de 82% aux Pays-Bas à… 12% en Lettonie. Et si 69 des Hollandais confieraient des enfants à un couple d'homosexuels, 93% des Polonais sursautent et frissonnent encore à cette idée. Ces disparités posent problème, car elles reflètent une diversité de la législation – ouverture du mariage ici, aucune reconnaissance là-bas - qui entrave désormais le droit à la libre circulation des citoyens homosexuels, lorsqu'ils ne se résignent pas à être célibataires. Récemment d'ailleurs, un Français a été automatiquement déchu de sa nationalité après avoir épousé un Hollandais, alors qu'une femme dans sa situation aurait pu obtenir la double nationalité. Et contrairement à couple hétérosexuel marié avec enfants, un couple d'hommes hollandais ne peut pas aller s'installer en Bulgarie, à Chypre en encore en Slovaquie, où son statut marital n'existe pas.
Trois groupes de pays
Aujourd'hui en fait, l'UE se divise en trois groupes de pays : le premier rassemble ceux qui accordent les mêmes doits aux couples homo et hétérosexuels (Suède, Danemark, Pays-Bas, Belgique, Espagne), le second ceux qui reconnaissent les unions homosexuelles mais refusent à divers degrés de leur accorder les mêmes avantages qu'aux unions entre un homme et une femme (France, Royaume-Uni, Finlande, Allemagne, Portugal, République tchèque, Slovénie, Luxembourg, Hongrie), enfin le dernier groupe ne reconnait pas les unions gays (Autriche, Irlande, Italie, Grèce, Slovaquie, Malte, Chypre, Pays-Baltes, Roumanie, Bulgarie, Pologne). Les disparités culturelles, géographiques et historiques de ces différentes approches montrent que, bien moins que des réalités religieuses ou historiques, ce sont des contextes politiques nationaux qui expliquent l'avancée de la reconnaissance des couples homosexuels.

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