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Magazine / Actualité / Le non de l'Irlande / Débats | 25.06.2008
Mort au vivant?
de Jochen Hung
Comment poursuivre après le non irlandais ? La presse européenne débat des différentes possibilités d'actions dont dispose l'Union européenne.
"Quand les Français disent non, l'Europe a un problème. Quand les Irlandais disent non, l'Irlande a un problème." Le 19 juin 2008 dans le quotidien The Guardian, l'historien et essayiste britannique Timothy Garton Ash a résumé de façon judicieuse les réactions consécutives au rejet du traité de Lisbonne. Une semaine auparavant, le 12 juin 2008, les électeurs irlandais s'étaient prononcés contre le traité de Lisbonne – la version modifiée de la constitution de l'UE –avec une majorité de 109 964 voix.

Photo: AP
Pour mémoire : les Français et les Néerlandais avaient rejeté par référendum la constitution européenne en 2005. Les médias européens ont mis en évidence différents points dans le débat sur le non irlandais. Le 16 juin 2008, le journal hongrois Népszabadság a déploré qu'un pays relativement petit comme l'Irlande puisse interrompre le processus de réforme de l'UE. Endre Aczél s'étonnait de constater "que moins d'un million d'Irlandais puisse prendre en otages près de 500 millions de citoyens de l'Union. Cette situation est complètement absurde."
Mieux sans référendum
C'est justement parce qu'il s'agit principalement avec le traité de Lisbonne d'une réforme du mode de vote très complexe dans les institutions de l'UE et moins d'une décision d'orientation politique, que de nombreux médias européens ont condamné le référendum sur le projet constitutionnel. "Le Parlement irlandais aurait dû procéder à ce vote. Non pas pour aboutir au 'bon résultat' mais plutôt en raison de sa complexité", argumentait le quotidien suédois Upsala Nya Tidning le 16 juin 2008. "Si on laisse des députés élus prendre les décisions, ce n'est ni douteux ni antidémocratique, c'est ainsi que fonctionne la démocratie parlementaire." Dans le Süddeutsche Zeitung, Stefan Kornelius a également été critique à l'égard du référendum irlandais dans un article daté du 15 juin 2008 : "Peut-on simplement répondre par oui ou par non à un écrit d'une telle complexité ? Le gouvernement irlandais a commis un outrage en pensant qu'il pouvait se permettre de réduire la portée d'une forme d'organisation à une simple alternative."
Remercier les Irlandais
D'autres voix se sont faites entendre pour faire l'éloge du référendum irlandais. Le président tchèque Vaclav Klaus voit dans le non irlandais un vote sur le projet européen dans son ensemble : "Toute l'Europe devrait remercier les Irlandais d'avoir mis un terme à un processus manqué visant une importante uniformisation, une répression de l'Etat nation et une Europe des régions" déclarait-il dans le quotidien tchèque Lidove Noviny le 16 juin 2008. "Ne permettons pas que des Tchèques, des Polonais, des Italiens ou des Danois ne deviennent des 'Européens'. 'L'Européisme' est comme l'espéranto – artificiel et mort."
Continuer ou s'arrêter là
Que reste-t-il de l'Europe après le nouvel échec d'un traité de l'UE déjà révisé ? Juste un regroupement plus ou moins resserré d'Etats ? La vision d'une "Union toujours plus rapprochée " établie il y a 50 ans par le traité de Rome est-elle morte avec le non irlandais ? L'ex-ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer a résumé la situation sur le site Internet de l'hebdomadaire Die Zeit : "On [devrait] sérieusement se demander si ce ne serait pas mieux pour tous les participants et l'Europe, si dans le cadre du traité de Nice et sur la base du marché commun, les routes se séparaient. Les Etats membres voulant l'intégration politique devraient pouvoir avancer. Et ceux qui sont satisfaits du marché commun devraient en rester là."
Recommencer depuis le début
Dans le journal suisse Tagesanzeiger du 19 juin 2008, Luciano Ferrari proposait une implication renforcée des Parlements nationaux : "On devrait peut-être de nouveau revenir à la vieille proposition de créer à côté du Parlement européen une deuxième chambre avec des députés nationaux, lesquels pourraient accepter des lois avec la même égalité de droits." Le 19 juin 2008, le quotidien français Le Monde a en outre évoqué l'idée d'un "grand débat européen" : "De nombreux responsables reconnaissent que le non irlandais a révélé un profond fossé entre les citoyens et l'élite européenne. Certains veulent donc recommencer depuis le début et convoquer une nouvelle assemblée, afin de garantir le soutien de la population en ce qui concerne la suite de la refonte européenne."
La répétition comme solution
Au cours du sommet de Bruxelles qui a succédé au non irlandais, les chefs d'Etat et de gouvernement européens ont essayé de calmer les esprits et de rendre ses capacités à l'UE après ce contrecoup. Le président français, Nicolas Sarkozy, et la chancelière allemande, Angela Merkel, ont insisté pour que la ratification du traité de Lisbonne se poursuive. Le quotidien autrichien Die Presse ne retient pas grand-chose de cette intervention : "Ce n'est pas seulement de l'ignorance mais c'est aussi de l'imprudence de la part de la Commission européenne et de quelques gouvernements européens que d'exercer une pression pour que continue la ratification du traité ", écrivait Wolfgang Böhm le 18 juin 2008. "C'est un peu comme si les parents forçaient leurs enfants à finir leurs devoirs alors que tout le lotissement et l'école étaient en train de brûler." Une répétition du référendum semble être désormais une solution envisageable, comme lors du rejet par les Irlandais du Traité de Nice il y a sept ans ou lors de l'échec de la constitution de l'UE de 2005 en France et aux Pays-Bas.

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