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08.01.2009

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Magazine / Actualité / Les vestiges du colonialisme / Commentaires | 08.10.2008

Cultures détruites

de Hans-Christoph Buch


Lorsqu'on parle de colonialisme, il faut parler de destruction. Beaucoup a été irrémédiablement perdu. La réparation de la part des Européens s'est pourtant longtemps fait attendre.


L'histoire du colonialisme a été une succession d'expéditions criminelles et de massacres allant jusqu'au génocide, dont chaque étape a été ponctuée par la destruction de formes de vie, de langues et des tradition qui, de par leur appartenance au patrimoine de l'humanité, ont été irrémédiablement perdues : des atrocités commises par les conquistadors espagnols à l'extermination des aborigènes d'Amérique et d'Australie, en passant par la tragédie du Congo belge que Joseph Conrad a qualifié de « cœur des ténèbres ».

Motif de poisson sur un manteau trouvée dans une sépulture andine à Paracas, Pérou.

Photo : Håkan Berg, Musée de la Culture mondiale, Göteborg


De ces événements découlent directement les guerres coloniales du 20ème siècle en Algérie, en Tchétchénie et au Vietnam, pour ne nommer qu'elles, et leurs répercussions se font sentir jusqu'à aujourd'hui.

Des excuses à postérieures

La remise en cause des crimes coloniaux devrait être tout aussi proscrite que la dénégation de l'holocauste, mais les parallèles s'arrêtent déjà là. La prosternation de Willy Brandt dans le ghetto de Varsovie symbolisait les sentiments de culpabilité et de honte par rapport aux forfaits du régime nazi. Mais la surenchère d'excuses pour des torts commis dans le passé comporte une connotation quelque peu insipide, comme lorsque l'Eglise catholique demande pardon pour les crimes de l'inquisition ou des croisades : c'est un rituel d'autojustification, par lequel les successeurs mettent à l'épreuve leur savoir moralement pure ou leur conscience politiquement correcte, et se déchargent de leur culpabilité historique – pharisien est le qualificatif approprié. L'excuse ultérieure n'engage à rien, bien au contraire – elle raye d'un trait un passé qui refuse de disparaître.

Des blessures ouvertes

En revanche, il faut insister sur le fait que les factures n'ont toujours pas été payées et que les blessures restent ouvertes, semblables à la douleur d'un membre fantôme que ni l'argent ni les bonnes paroles ne peuvent dissiper. En regardant l'histoire, cela signifie que tous les pionniers des colonies n'ont pas été des criminels à l'image de Henry Morton Stanley, qui marchait sur des cadavres, ou de l'Allemand Carl Peters, qui a fait pendre son amante Noire avant d'être condamné pour ce crime par le tribunal colonial du royaume. Le régime national socialiste a réhabilité Carl Peters à titre posthume, tandis qu'il rayait Richard Kandt de la liste des explorateurs de l'Afrique en raison de ses origines juives. Pourtant, Kandt n'avait rien d'un fonctionnaire colonial raciste : en tant que résident de l'empire allemand à Kigali, il s'était opposé à l'établissement de fermiers blancs, car le Rwanda était à l'époque déjà surpeuplé et les terres surexploitées. Il avait en outre prédit bien avant la première guerre mondiale qu'un conflit brutal éclaterait entre Hutus et Tutsis.

L'argent ne suffit pas

Pour conclure, on pourrait se demander si le génocide des Hereros peut être expié en accordant des dédommagements financiers à un régime dominé par les Ovambos, qui opprime aujourd'hui les successeurs des Hereros dans la Namibie actuelle. Avoir des doutes est tout aussi légitime que de soupçonner l'existence de l'idéologie impériale du « diviser pour mieux régner ». Le changement de nom politiquement correct des anciennes colonies dans les départements d'outre-mer exprime surtout la mauvaise conscience de l'ancienne puissance coloniale. Mais cela est néanmoins préférable au racisme ouvert et latent qui s'exprime dans les expressions populaires comme le nègre Sarotti [une marque de chocolat] ou le mug Lumumba [mug en forme de sculpture africaine] – sans parler de la tête de nègre [pâtisserie] qui devrait maintenant s'appeler pâtisserie à la guimauve.

 
Hans-Christoph Buch
Hans-Christoph Buch, né en 1944 à Wetzlar, est écrivain et spécialiste de la littérature. Il enseigne entre autres aux Universités de Brême, de San Diego, ...
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Langue originale Allemand

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