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08.01.2009

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Magazine / Actualité / Les vestiges du colonialisme / Article | 08.10.2008

N'était-il pas arrivé quelque chose...?

de Susanne Grindel, Winfried Speitkamp


Depuis les années 1990, les Etats européens reviennent de plus en plus sur leur passé colonial : de nouvelles lois en France, des controverses en Grande Bretagne, un musée en Belgique et un anniversaire en Allemagne.


Jusque dans les années 1990, l'histoire coloniale n'a fait l'objet d'aucune confrontation publique sérieuse. Les demandes d'excuses et de dédommagement relatives à la violence coloniale et à la traite des esclaves, telles qu'elles ont été élaborées par le comité établi par l'« Organisation de l'Union africaine », n'ont pas vraiment été débattues. Aujourd'hui, la conscience collective s'aperçoit de plus en plus fréquemment que le passé colonial n'est pas encore révolu et qu'il continue d'influer sur l'Europe.

Inauguration d'un mémorial dédié aux victimes de la Guerre d'Algérie combattant du côté français, en 2002 à Paris.

Photo: AP


En France, jusqu'aux années 2000, on évoquait le passé colonial du pays avec une fierté quasi intacte. La guerre d'Algérie n'a été qualifiée de "guerre" par une loi qu'en 1999, tandis que ce n'est qu'après 2001 que l'esclavage a non seulement été expressément qualifié comme crime contre l'humanité mais qu'il a été également traité comme tel dans les programmes scolaires ou qu'un jour commémoratif a été instauré(le 10 mai depuis 2006). En 2005, une nouvelle loi a néanmoins préconisé la reconnaissance dans les écoles du rôle positif qu'a joué la France outre-mer. Cette décision a provoqué des affrontements acharnés quant à la légitimité de l'Etat en matière de politique historique. Le conflit a fondamentalement ébranlé la représentation que la France se fait d'elle-même, d'autant plus que des comparaisons ont été effectuées entre l'esclavage et la violence coloniale d'une part, et l'holocauste d'autre part. La loi a certes été modifiée, mais le débat sur le passé colonial s'est poursuivi. La création de deux musées relatifs à l'outre-mer en 2006 et en 2007 n'a pas été d'un grand secours. Un musée central du passé colonial fait toujours défaut en France jusqu'à aujourd'hui, et la France est plus éloignée que jamais d'une interprétation consensuelle de son passé colonial.

Soulèvement Mau-Mau au Kenya

En Grande-Bretagne, la perte de l'Empire a été acceptée dans une indifférence étonnante ; le souvenir de l'époque coloniale a longtemps semblé être marginalisé. Le travail de mémoire semble n'avoir commencé qu'après le début du nouveau millénaire. Deux publications ont apporté une contribution provocatrice sur l'intervention britannique contre la révolte Mau-Mau au Kenya. Caroline Elkins et David Anderson ont comparé la politique britannique des années 1950 à la politique concentrationnaire d'Hitler et de Staline ; parallèlement, des demandes de dédommagement ont été exprimées au Kenya. A l'occasion du bicentenaire de l'abolition de l'esclavage en 2007, l'histoire a fait l'objet de nouveaux débats. Tandis que l'Eglise anglicane a publiquement avoué sa honte, les représentants de l'Etat se sont abstenus de toute prise de position. De nombreux livres et expositions témoignent toutefois d'un grand intérêt, et le Musée international de l'esclavage vient d'ouvrir ses portes à Liverpool. La question fait toujours polémique et préoccupe l'opinion publique.

Commémoration de génocides

En Belgique, les vieilles plaies se sont rouvertes ces dernières années. Il s'agit dans ce cas du Congo. Jusqu'à il y a peu, la Belgique récusait toute critique en soulignant l'œuvre civilisatrice au Congo. Cette vision a été transmise pendant près d'un siècle de manière inchangée par le Musée royal de l'Afrique centrale de Tervuren ouvert en 1910. En 1998, le journaliste américain Adam Hochschild l'a remise en question de façon médiatique. Il a qualifié l'intervention du roi des Belges au Congo de génocide et l'a comparé à un régime totalitaire et à des meurtres de masses. Cela a déclenché des contestations passionnées en Belgique. Mais une fois la polémique européenne engagée, on n'a pas fait demi-tour en Belgique non plus ; les récents débats à l'ordre du jour indiquent qu'un long processus de réflexion s'est mis en marche.

En Allemagne, le centenaire des révoltes en Afrique de l'Est et du Sud-ouest en 1904 et 1905 ont donné lieu à de grosses controverses dans le domaine de la recherche, sur fond de demandes de dédommagement de la part des Hereros. La majorité de cette population avait été victime de la politique d'expulsion et d'extermination des Allemands. Il ne s'agissait pas seulement de savoir s'il y avait lieu de parler de génocide, mais aussi s'il était possible d'établir une continuité entre la politique allemande en Afrique et la politique d'extermination nazie en Europe de l'Est.

Un lourd passé européen

Cela illustre de façon exemplaire la configuration européenne : le souvenir ténu, le changement de génération, la conscience croissante des anciennes colonies et la question de savoir si esclavage et période coloniale ne devraient pas revêtir la même importance que les guerres mondiales et l'holocauste dans la mémoire européenne, imposent la nécessité d'une nouvelle réflexion sur une histoire accablante. Bien que les débats soient encore menés dans un contexte de cultures nationales du souvenir, il apparaît toutefois que le colonialisme devient un élément de la mémoire collective. Ce processus va ébranler des décennies de certitudes et s'accompagner de révélations douloureuses et de nouvelles controverses.

 
Susanne Grindel
Dr. Susanne Grindel, née en 1966, travaille à l'Institut Georg-Eckert pour la recherche internationale sur les manuels scolaires à Brunswick.
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Winfried Speitkamp
Le professeur Winfried Speitkamp, né en 1958, enseigne à l'Institut pour l'histoire de l'Université de Gießen.
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Langue originale Allemand

Source originale KULTURAUSTAUSCH, IV/2008

Creative Commons license by-nc-nd/2.0/de.

Le text est licencié sous Creative Commons license by-nc-nd/2.0/de.

 

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