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Magazine / Actualité / La mer Baltique / Article | 02.07.2008
Voir plus loin
de Fredrik Reinfeldt
Quand la Suède assumera la présidence de l'Union européenne au deuxième semestre 2009, il est prévu qu'une stratégie européenne pour la mer Baltique soit élaborée. Le chef du gouvernement suédois, Fredrik Reinfeldt, évoque un espace dynamique et les préoccupations écologiques.
Si l'on se penche sur ces 16 dernières années, la région de la mer Baltique a connu une véritable réussite. C'est aujourd'hui une région où la croissance est élevée, où le niveau d'innovations est important, où les efforts pour réaliser un développement durable sont impressionnants et où les sociétés sont stables.

Cette situation aussi prospère de la région de la mer Baltique est due en partie à la réforme systématique et réussie des sociétés et des économies de l'Estonie, de la Lettonie, de la Lituanie, et de la Pologne, essentiellement, mais aussi de pays comme le Danemark, la Finlande et la Suède depuis le début des années 1990. Il reste pourtant un certain nombre de questions qu'il faudra traiter en Europe septentrionale afin de pouvoir répondre aux défis présents et futurs dans la région.
Grand espace, faible population
Les effets de l'importante croissance liés aux réformes structurelles sont voués à l'amenuisement. Le ralentissement pourrait aisément coïncider avec une mondialisation accélérée exposant notre région à une concurrence augmentant toujours plus vite. Considérée dans une perspective plus large, la région de la Baltique présente un certain nombre de désavantages comparatifs tels que sa vaste étendue géographique combinée à une population relativement éparse. Par ailleurs, la division d'après-guerre a entraîné des niveaux de développement économique différents. Le fait que la mer Baltique et d'autres mers à l'Ouest séparent les pays de la région crée un faisceau d'inconvénients logistiques. Les réseaux énergétiques de la région sont encore partiellement divisés entre les parties occidentales et orientales de cet ensemble.
Deux fois plus de pétrole
Une autre source d'inquiétude pour la région est liée à la situation écologique de la mer Baltique elle-même. Les niveaux actuels d'eutrophisation constituent une menace pour l'écosystème et devront baisser si nous voulons réussir à protéger l'environnement marin. La rapide expansion du transit énergétique dans la mer Baltique représente un défi supplémentaire, en particulier les livraisons de pétrole, appelées à pratiquement doubler de volume pour atteindre annuellement 230 millions de tonnes de pétrole brut d'ici 2015. Un accident impliquant un pétrolier de 100 000 tonnes dans la mer Baltique risquerait de créer un désastre bien plus important, dans cette mer fermée et peu profonde, que celui causé par les 70 000 tonnes du Prestige dans le golfe de Biscaye en 2002. Nous avons besoin de capacités fiables pour pouvoir traiter cette menace rapidement et efficacement.
Des rapprochements depuis 1990
Quand on tente de répondre à ces défis, il faut reconnaître que sur les neufs Etats du littoral balte, huit font aujourd'hui partie de l'Union européenne. Cela implique un changement fondamental de la situation par rapport à celle des années 1990, époque à laquelle la plupart des initiatives de coopération régionale ont été entreprises. L'arrivée de l'Estonie, de la Lettonie, de la Lituanie et de la Pologne dans l'espace Schengen a fait tomber les dernières frontières physiques.
Dans quelques années, une majorité d'Etats de la Baltique seront probablement des membres à part entière de la zone euro. Notre région a besoin de répondre à un bon nombre de défis majeurs au moyen de politiques de l'UE et d'instruments ouverts aux membres de l'UE. Cela concerne aussi dans une large mesure la Norvège et l'Islande, qui sont des Etats de la Baltique à bien des égards pratiques, ainsi que des membres du marché intérieur de l'UE de par leur participation à l'EEE (Espace économique européen).
Que faut-il faire ?
L'objectif premier doit être l'approfondissement de l'intégration actuelle, à la fois entre les différents Etats baltes membres de l'UE, et entre les Etats baltes et le reste de l'Union européenne. Cela doit être fait afin de dépasser les clivages internes ainsi que les clivages physiques entre la région et le continent. Nous devons trouver un moyen de compenser les longues distances, une population limitée et des différences majeures de développement dans la région. Il sera par exemple important d'adopter une approche harmonisée pour la mise en œuvre de directives européennes clés dans les Etats membres de la région, en ce qui concerne notamment le fonctionnement et le développement du marché intérieur. Les moyens permettant d'atteindre cet objectif sont par exemple le recours à des instruments concrets et des efforts à entreprendre au niveau des Etats membres pour améliorer l'interopérabilité, des règlements juridiques et commerciaux pour les entreprises notamment. Des idées intéressantes et des suggestions concrètes ont aussi été formulées lors des sommets du Forum pour le développement de la Baltique (Baltic Development Forum) et dans les rapports remis sur la situation de la région.
Les Autoroutes de la mer
Nous pourrions de la même façon promouvoir une approche régionale conjointe renforcée pour la Recherche et Développement, l'innovation et le développement des réseaux de PME. De plus, pour faciliter une cohésion plus profonde de la région ainsi qu'une interconnexion plus forte avec les autres parties de l'UE, des questions clés d'accessibilité mutuelle (infrastructure, transport, logistique, technologies de l'information et de la communication) doivent être abordées. Certains plans et projets déjà adoptés ou en cours de mise en œuvre, comme les Autoroutes de la mer ou le Pont Fehmarn Belt, ont un gros potentiel de développement futur. Ils apporteront également un bénéfice réciproque à tous les Etats membres de l'UE.
Moins d'azote et de phosphore
En ce qui concerne les défis écologiques, il existe un potentiel prometteur grâce aux efforts accrus pour trouver des solutions, étant donné que huit Etats du littoral balte sur neuf font aujourd'hui partie de l'Union européenne, et qu'une amélioration importante peut être obtenue à l'aide d'un programme d'investissement coordonné et ciblé. Des mesures sont nécessaires pour parvenir à une conformité totale aux exigences environnementales de l'UE dans tous les Etats de la mer Baltique membres de l'UE , afin de réduire les taux d'azote et de phosphore, et de diminuer la proportion de nutriments déversés dans la mer et provenant de l'agriculture. Il est également nécessaire de respecter les normes les plus élevées en matière d'extraction du phosphore des eaux usées. Une approche coordonnée et durable de l'agriculture est essentielle car les fonds agricoles et structurels de l'UE jouent un rôle important dans le développement de l'agriculture autour de la mer Baltique, ainsi que dans la limitation des implications environnementales qui lui sont associées. Concernant les risques accrus d'une marée noire désastreuse, étant donné que les volumes de transport de pétrole sont en passe de doubler, nous devons nous assurer que nous disposons des ressources nécessaires pour empêcher qu'une telle catastrophe se produise et pour pouvoir réagir promptement si un tel scénario devait avoir lieu.
Une stratégie suédoise
Pour pouvoir faire face à ces défis importants et faire en sorte que la région de la Baltique reste une partie de l'Europe compétitive et pleine de réussite, le gouvernement suédois a fait de la stratégie de l'UE pour la région de la mer Baltique l'un des objectifs clés de la présidence suédoise de l'UE prévue pour le second semestre 2009. Une étape importante en ce sens a été la décision prise lors du sommet européen de décembre 2007 d'inviter la Commission à présenter une stratégie de l'UE pour la mer Baltique d'ici juin 2009. La stratégie de l'UE pour la région de la mer Baltique, qui sera finalement adoptée à l'automne 2009, devrait être un instrument d'action concret permettant d'aider l'UE et les Etats de la région de la mer Baltique membres de l'UE à établir des priorités communes, pour par exemple investir dans les infrastructures, accélérer la mise en œuvre conjointe des décisions de l'UE et mieux harmoniser les réglementations nationales, de manière à créer un marché régional réellement unique et par conséquent plus grand, qui puisse par la suite devenir plus intéressant pour la région elle-même et pour le reste de l'Europe.
Utiliser les ressources régionales
De la même façon, nous avons besoin dans le domaine de l'environnement de mesures adaptées à la spécificité des défis écologiques liés à la mer Baltique. Une stratégie pourrait être imaginée comme un instrument de priorité transnationale. C'est un élément qui, je crois, sera nécessaire dans d'autres régions européennes également, à l'avenir, quand le traité de Lisbonne récemment signé fera de la cohésion territoriale l'objectif explicite de l'Union élargie. En tant qu'instrument de priorité commune pour la région de la mer Baltique, une stratégie pourrait faciliter une utilisation effective des ressources de l'UE, mais aussi des ressources financières propres et des autres ressources de la région. Le résultat final sera plus d'actions concrètes et une optimisation des ressources. Un dernier mot doit être dit au sujet de la coopération avec le seul Etat du littoral balte ne faisant pas partie de l'UE, à savoir la Fédération de Russie. Il est bien sûr nécessaire d'approfondir et de développer la coopération de notre région avec la Russie, dans des domaines tels que la facilitation du commerce, le transit du pétrole et les questions environnementales. Mais l'UE dispose déjà d'un instrument qui fonctionne bien avec la dimension septentrionale de l'UE. Je suis fermement convaincu que la dimension septentrionale et la stratégie pour la mer Baltique vont se renforcer mutuellement.
Le texte est initialement paru dans le magazine BDF, du Forum pour le développement de la Baltique [Baltic Development Forum], au printemps 2008.

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