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Magazine / Actualité / La corruption en Roumanie / Article | 01.10.2008
De petites attentions
de Anneli Ute Gabanyi
Depuis que le pays fait partie de l'UE, les choses commencent à bouger dans la lutte contre la corruption. Un compte-rendu de l'héritage communiste, de la rhétorique politique et d'une relative vénalité.
La tendance est bonne. Pour la première fois dans le rapport annuel de Transparency International sur la lutte contre la corruption, la Roumanie a cédé sa place actuelle de lanterne rouge à la Bulgarie, dont l'évolution ces dernières années s'est révélée contraire.

Photo : Matthias Häber
Le Rapport d'avancement de la Commission européenne paru le 23 juillet 2008 avait fait état de succès dans la lutte contre la corruption quotidienne en Roumanie. Cependant, ce rapport a en même temps souligné que la politisation de la lutte contre la corruption, ainsi que la justice inégale des plus grandes instances étaient source d'incertitude juridique et empêchaient de réaliser des succès énergiques dans la lutte contre la grosse corruption.
Les investisseurs sont absents
La Roumanie est-elle un pays souffrant d'une corruption endémique ? Après 1989, elle a été du moins perçue comme tel – comparée à tous les autres nouveaux Etats de l'UE – par la Commission européenne comme par les Etats membres (leur presse y compris), ce qui n'a pas été sans conséquences sur le comportement des investisseurs étrangers comme sur le processus d'intégration du pays dans les structures euro-atlantiques. La prétendue (voire improuvable) recrudescence des cas de corruption en Roumanie mentionnées pendant des années dans les rapports de presse, les analyses des instituts spécialisés et les évaluations des agences de notation, a été évaluée par les responsables de la politique et de l'économie occidentales comme l'indice d'une incertitude juridique accrue et, par là même, d'une incompatibilité à l'UE. Pour cette raison, le début des négociations d'adhésion de l'UE avec ce pays n'a pas seulement été retardé : la Roumanie était également, avant 1999, le pays avec le niveau d'investissements étrangers directs par habitant le plus faible parmi les nouveaux candidats à l'adhésion, Bulgarie incluse.
Une perception de soi critique
A cela s'ajoute la perception de soi très critique des Roumains comme élément de la culture politique d'un peuple au penchant prononcé pour l'autocritique, qui perçoit lui-même sa classe politique comme corrompue. La corruption est une question centrale du débat public de ce pays. Questionnés sur les attentes liées à l'adhésion de leur pays à l'UE, les Roumains ont cité en premier lieu la reconnaissance de leur identité européenne, et en second lieu l'espoir de voir l'UE aider la Roumanie dans l'assainissement moral de son élite politique et libérer le pays du mal de la corruption.
Un thème de campagne gagnant
Les oppositions politiques, notamment lors des campagnes électorales, se plaçaient globalement sous le signe du thème de la corruption. Le candidat à la présidentielle issu de la société civile, Emil Constantinescu, a remporté le scrutin en 1996 en attaquant l'ex-parti communiste au pouvoir, qui se serait enrichi grâce à l'appropriation corrompue du capital autrefois social.

Photo : Matthias Häbel
Corneliu Vadim Tudor, le président du parti nationaliste de gauche « Parti de la Grande Roumanie », a atteint le deuxième tour des élections présidentielles en 2000 avec un discours anti-corruption. A l'instar de Corneliu Vadim Tudor avant lui, Traian Băsescu, le candidat victorieux du scrutin présidentiel de 2004, s'est présenté comme le défenseur du peuple contre la corruption et le pillage du « peuple » par les « dirigeants », en préconisant des solutions violentes et autoritaires.
Dans les douanes et la justice
C'est surtout grâce aux effets de l'intégration à l'UE qu'un changement s'est produit depuis lors dans l'atmosphère sociale et économique de la Roumanie, qui commence également à se dessiner lentement dans la perception de cette évolution. En 2000, quand les négociations d'adhésion entre la Roumanie et l'UE ont débuté, la Banque mondiale et Management Systems International (MSI) ont réalisé un sondage sur la perception de la corruption et les expériences liées à celle-ci auprès de 1700 ménages, entreprises et membres de services publics en Roumanie. Dans leur perception, la corruption était la plus répandue parmi les autorités douanières et au sein de la justice, ainsi que dans l'ex-fonds de privatisation d'Etat, au Parlement, dans le système de santé et les services de police. Dans le quotidien des citoyens, les « petites attentions » ("atenţii)" jouaient un rôle avec les médecins, les dentistes, les services de secours et les hôpitaux, suivis par les entreprises de réparation, les écoles, les préfectures, etc.
Contrôle électronique des frontières
Si les formes de « petite corruption » mentionnées ci-dessus peuvent être considérées comme un vestige de la « culture du quotidien » historique de l'époque communiste, toujours plus dénoncé dans des campagnes ciblées par les institutions étatiques et surtout par les ONG, la corruption au sein des autorités douanières et de la police aux frontières pourrait être considérablement réduite grâce à la mise en place de moyens de contrôle électroniques. Avec l'adhésion à l'UE et la privatisation ouverte à la participation d'investisseurs étrangers, certaines formes spécifiques de « corruption de transformation » ont également pu être réduites. D'autres sont toujours dans le collimateur de l'UE, notamment les phénomènes de corruption propres aux anciens pays communistes comme la fraude fiscale, le travail au noir, l'apport de subventions à des entreprises non-rentables, mais aussi la reprise de mauvais crédits par l'Etat, le blanchiment d'argent, le clientélisme, le financement irrégulier des partis ou l'abus d'influence politique.
Non pas particulièrement corrompu
La Roumanie est-elle donc un pays particulièrement corrompu ? Ramenée à une formule nécessairement abrégée, la réponse est « non », et cela pour deux raisons. La première est de nature méthodologique – car notion et définition sont fluctuantes et car l'objectivité du recueil et de l'évaluation de données même approximatives sur chaque Etat n'est pas garantie, comme le montrent de nombreuses études. La deuxième raison repose sur des réflexions de nature pragmatique : dans le contexte de la nouvelle criminalité aux proportions gigantesques touchant les Etats, telle qu'elle apparaît au grand jour aux Etats-Unis (mais pas seulement) avec la crise bancaire actuelle, l'attention portée à « une Roumanie particulièrement corrompue » s'apparente un peu à un dérivatif, ou à une fuite devant les grands problèmes mondiaux.

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