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Magazine / Actualité / L'avenir des chantiers navals / Article | 03.09.2008

A la recherche d'acheteurs

de Christina Hebel


Les trois principaux chantiers navals de Pologne luttent pour leur survie. Depuis des années, ils sont en conflit avec la Commission européenne. Il s'agit de subventions d'un montant de plus de 200 millions d'euros.


Le gouvernement polonais qualifie de « stratégiquement important » la construction navale dans son pays – malgré les nombreux problèmes que rencontrent les grands chantiers navals à Gdansk, Gdynia et Szczecin. Ils sont d'importants employeurs dans cette région de la mer Baltique pauvre structurellement.

Photo: Jan Zappner


10 000 emplois dépendent de la construction navale : chez les fournisseurs, les sous-traitants et au sein des chantiers navals eux-mêmes qui emploient environ 13 000 personnes, et la tendance est à la baisse. Dans les années 80, ils étaient plus de 17 000 personnes à travailler rien que sur le chantier naval de Gdansk – en 1980, ils avaient provoqué par leur grève la chute du communisme. La force symbolique de cette zone industrielle au niveau historique ne joue toutefois presque plus aucun rôle dans les négociations politiques visant à sauver les chantiers navals. Ce qui compte à présent ce sont les réalités économiques. En fait, la situation économique semble actuellement plutôt favorable : comme tous les chantiers navals, les constructeurs polonais ressortent gagnants de la mondialisation. Les carnets de commandes des prochaines années sont bien remplis. Et pour pouvoir se maintenir sur le marché mondial face aux gros constructeurs navals que sont la Corée du Sud, la Chine et le Japon, les chantiers navals polonais se sont spécialisés. Ils construisent des porte-conteneurs, des transporteurs de produits chimiques ou comme dans le cas des chantiers navals de Gdynia, des transporteurs de véhicules.

Des nouvelles constructions à perte

Malgré tout, la construction à Gdynia reste une opération à perte. En 2005, le chantier naval a signé des contrats avec l'entreprise Ray Car Carriers pour la construction de transporteurs de véhicules, avec le dollar comme monnaie de référence. Entre-temps, les prix de l'acier ont augmenté de 30 pour cent alors que la valeur du dollar a diminué. « L'explosion nous a causé plus d'ennuis qu'elle ne nous a apporté d'argent », explique Andrzej Bartoszewicz, l'un des directeurs actuels du chantier naval.
Pour la construction de chaque transporteur de véhicules, son chantier naval doit payer plusieurs dizaines de millions de zlotys en plus (plus de cinq millions d'euros), une somme dont le chantier naval fortement endetté ne dispose pas. C'est pourquoi Varsovie met la main à la poche, le chantier naval étant encore entre les mains de l'Etat. Cela devrait changer, si la volonté de la Commission européenne est suivie. Celle-ci a engagé une enquête contre la Pologne voici trois ans.

Un sauvetage financé par les fonds publics

Retour en arrière : 2001 a été une année difficile pour les chantiers navals de Gdansk, Gdynia et Szczecin malgré une forte demande étrangère. Une mauvaise gestion et des dettes ont grevé l'entreprise, suite à quoi les banques ont refusé d'accorder de nouveaux crédits. Elles ont ainsi bloqué la production car les chantiers navals ont besoin de sécurités bancaires pour acheter du matériel et pouvoir offrir des prestations préalables.
L'Etat a mis la main au porte-monnaie. La Commission européenne parle de 1,5 milliards d'euros de subventions qui sont passés dans les chantiers navals. D'après la commissaire à la concurrence, Neelie Kroes, cet argent a aidé les chantiers navals exsangues à se maintenir à flot, faussant ainsi la concurrence européenne. En théorie, les chantiers navals devraient pouvoir rembourser l'argent, en pratique ce n'est pas le cas, « cela entraînerait notre faillite », explique Bartoszewicz. C'est pourquoi les chantiers navals doivent présenter des plans de restructuration qui prévoient une diminution de leurs capacités, des investisseurs privés et des modernisations. L'UE critique l'absence de communication des plans au départ, puis leur présentation incomplète ensuite.

Investisseurs ukrainiens

Si l'ancien Premier ministre Jarosław Kaczyński a défendu les subventions polonaises en rappelant dans les débats l'importance historique des chantiers navals, le nouveau gouvernement dirigé par Donald Tusk mise sur le dialogue, mais les discussions avec Bruxelles traînent en longueur. Depuis des mois, le gouvernement polonais négocie avec des acheteurs potentiels – une entreprise difficile car les équipements techniques des chantiers navals sont obsolètes. Depuis le début de l'année, les chantiers navals de Gdansk ont un nouvel actionnaire majoritaire : le groupe ukrainien Donbass ISD Polska, qui en détient 84 pour cent. Les Ukrainiens veulent également acheter les chantiers navals de Gdynia. Ces derniers intéressent également le groupe sidérurgique Mostostal Chojnice et le groupe de construction navale norvégien Ulstein. Les projets des investisseurs satisferont-ils Bruxelles ? On le saura dans les prochaines semaines. La Commission décidera alors de l'avenir des chantiers navals.

 
Christina Hebel
Christina Hebel est née en 1979 à Hambourg. Elle est journaliste indépendante et correspondante de n-ost pour la Pologne. Elle suit actuellement une formation de ...
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Langue originale Allemand

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