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Magazine / Médias / Public Européen / Interview | 28.01.2008
Retard à combler sur la question européenne
Anja Herzog est collaboratrice à l'Institut Hans-Bredow de Hambourg. Elle s'y consacre aux questions de l'intégration européenne et du développement des médias en Europe de l'Est. Elle s'est entretenue avec euro|topics des problèmes du public européen et du potentiel des médias transnationaux.
Peut-on parler en Europe d'un public européen ?
Un public européen unique commun se forme tout au plus pour un temps limité. Sur la guerre au Kosovo par exemple, les agendas des médias étaient largement synchronisés et les opinions et arguments, similaires au sein des différents pays européens. En même temps, les opinions d'autres publics nationaux sont perçues avec plus d'intensité dans de telles situations.

Il manque donc la référence à l'Europe dans les opinions publiques nationales ?
L'européisation des grands publics respectifs s'amorce certes mais n'est pas encore très présente. Les différents pays européens sont très sous-représentés dans les domaines publics nationaux. Il en va de même pour la politique et les décisions prises au niveau européen. Il n'en est question dans les publics nationaux que de manière très limitée et cela, toujours dans une perspective clairement nationale. En conséquence, les citoyens sont souvent mal informés des décisions politiques importantes prises au niveau de l'UE.
Quels sujets touchent le plus le public européen ?
Il est particulièrement facile de créer des opinions publiques européennes avec de la communication de risques et des nouvelles à sensation. Lorsqu'il arrive une catastrophe, que ce soit l'accident du pétrolier Estonia en mer Baltique ou les inondations de l'Oder, on enregistre de fortes opinions publiques européennes. Elles se perçoivent aussi mutuellement : dans de telles situations, le public national apprend souvent comment le pays voisin parle de la catastrophe.
Pourquoi l'UE se fait-elle si peu entendre dans les opinions publiques nationales ?
Ici se pose la question de ce que les rédacteurs et chefs rédacteurs des médias respectifs perçoivent. Leur perspective est encore très ancrée dans l'opinion publique nationale. C'est seulement lorsqu'un gouvernement, p. ex. dans sa politique environnementale, se réfère à la politique de l'UE que le niveau européen est alors intéressant pour les médias. Malheureusement, l'Europe n'est que rarement intéressante en soi pour la presse. Les médias des États membres ne rapportent par exemple que rarement en détail des décisions de l'UE.
L'importance de la politique de l'UE est-elle sous-estimée au niveau national ?
Les problèmes quotidiens de la politique européenne ne sont pas intéressants pour les médias nationaux. Leur valeur informative est trop minime pour les rédacteurs, qui leur préfèrent des évènements nationaux. Il est donc bien difficile pour les correspondants de Bruxelles de faire passer des sujets européens dans les médias nationaux.
N'est-ce pas là une contradiction ? Les émetteurs de droit public ont pourtant leurs plus grands studios étrangers à Bruxelles !
C'est juste. Comparés aux médias commerciaux, les émetteurs de droit public apportent plus d'information sur l'Europe. Toutefois, les sujets européens sous forme plus détaillée sont le plus souvent diffusés dans des formats conçus spécialement pour eux. En général, ils ont un cercle beaucoup plus restreint d'auditeurs que des émissions dans lesquelles on parle de questions nationales. L'information sur la politique de l'UE doit être toujours plus optimisée dans la diffusion de droit public.
Comment des médias nationaux et régionaux peuvent-ils aiguiser la conscience européenne ?
Ces médias doivent changer de perspectives. Les rédactions devraient de temps en temps troquer leur vue nationale contre un champ de vision européen. Beaucoup de téléspectateurs pensent que la politique de l'UE n'a pas d'influence sur leur vie. Cela est dû entre autres au fait que l'Europe est souvent thématisée sans rapport avec les débats nationaux. Il serait important au sein des rédactions d'accorder au sujet européen la signification qu'il a déjà de fait sur les plans politique, mais aussi économique et culturel, afin de renforcer ici un sentiment communautaire envers l'Europe.
D'autres médias se consacrent exclusivement au sujet européen afin d'atteindre un public transnational. Quelles sont les particularités des médias transnationaux ?
Les médias transnationaux sont beaucoup plus spécialisés que les médias nationaux dans leurs informations sur l'Europe. Ils s'adressent aux amateurs de sport comme Eurosport, aux hommes d'affaires comme le Financial Times ou à ceux qui s'intéressent à l'Europe comme Eurotopics. Afin que les médias se référant exclusivement à l'Europe puissent atteindre un plus large cercle d'usagers, il faudrait d'abord que la conscience générale pour la signification de l'Europe augmente.
Quel public les médias transnationaux touchent-ils ?
La plupart des auditeurs de médias transnationaux ont déjà un rapport très étroit à l'Europe et à ses thèmes. Les raisons en sont diverses, les uns ont beaucoup à faire avec et dans d'autres pays européens sur les plans professionnel et économique. D'autres s'intéressent à l'Europe sur le plan culturel. Pour un tel cercle d'intéressés, il est aussi parfois important de recevoir les médias en plusieurs langues et de s'informer sur l'Europe à la source.
Un grand défi dans les informations européennes est la diversité des langues. Comment les médias touchent-il un public le plus vaste possible en dépit des langues différentes ?
Les médias devraient en tous les cas tenir compte de la diversité des langues européennes. Mais ce n'est malheureusement pas encore la norme en Europe de maîtriser suffisamment bien une autre langue européenne en dehors de sa langue maternelle afin de pouvoir comprendre des médias en langue étrangère. Cela dépend beaucoup du niveau de formation (des rédacteurs et des usagers). Plus la formation est minime, moins les médias sont suivis dans d'autres langues. Le potentiel de croissance dans les médias transnationaux dépend donc aussi des barrières linguistiques. Comme auparavant, une offre en plusieurs langues et culturellement la mieux adaptée possible est la condition à un cercle d'usagers européen plus important.
Quels médias parviennent-ils le mieux à toucher un cercle d'auditeurs européens ?
Les usagers de médias européens font le plus souvent partie des couches sociales possédant une formation supérieure. C'est pourquoi l'Internet et les journaux sont les premiers à toucher des lecteurs européens. Télévision et radio sont ici au second plan. A la télévision, selon les genres, les informations sportives européennes réalisent les plus grosses audiences.
L'UE a voté une nouvelle directive sur la télévision afin d'intéresser un public européen le plus large possible à ses thèmes. Mise-t-elle ici sur le bon médium ?
Afin de renforcer la présence de l'Europe dans les consciences, il est important de donner la même importance à chaque chaîne. C'est seulement ainsi que l'UE peut atteindre différents groupes cibles. L'Internet devrait être étendu, car notamment les jeunes gens utilisent son offre.
Quels moyens y a-t-il d'européiser les publics nationaux ?
Les revues de presse contribuent largement à l'européisation des publics. Elles augmentent l'attractivité des médias étrangers et permettent de jeter un coup d'œil sur d'autres publics nationaux – ce qui est primordial pour la perception de l'étranger européen dans les rédactions qui peuvent ainsi servir de multiplicateurs. Également quelques formats TV ont beaucoup de succès. arte parvient extrêmement bien à allier deux cultures très différentes dans sa programmation. La situation est plus difficile pour des chaînes qui se contentent de traduire les informations pour ensuite les diffuser sans commentaires dans différents pays. A la télévision, il est essentiel de tenir compte des aspects culturels médiatiques et des codes visuels des différents pays européens.
Les entreprises médiatiques agissent à une échelle toujours plus européenne, voire globale. Quel est l'impact de l'aspect économique des médias sur l'européisation des publics et les cultures médiatiques nationales ?
Ce sont les rédactions nationales qui détiennent les offres d'information en dépit de l'européisation des entreprises médiatiques. Dans le secteur du divertissement, on reconnaît par contre une homogénéisation des genres et des formats. Beaucoup de ces formats de divertissement fonctionnent déjà à un niveau global. Dans les secteurs de l'information et de la documentation, la transnationalité des groupes n'a que peu d'influence sur les formats.
Des entreprises médiatiques agissant au niveau européen et global sont-elles un danger pour l'européisation des publics ?
Les grands groupes médiatiques contribuent en première ligne à la commercialisation des médias et des formats. C'est effectivement pour l'européisation des publics un grand danger car cela entrave la qualité du travail dans les rédactions. Les conséquences en sont p. ex. un recul des postes de rédaction et un recours plus important aux communiqués d'agences de presse. Jusqu'à présent, la radio de droit public peut encore se consacrer à la prise de conscience européenne des citoyens au-delà des stratégies de marché et de rendement. Mais ici aussi, le retard à combler est grand en ce qui concerne l'Europe.
Recueilli par Julia Rosch
© Bundeszentrale für politische Bildung
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