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Magazine / Médias / Télévision / Article | 18.06.2008
Voir plus loin que le bout de son nez
de Sergio Cantone
En proposant une révision de la directive TV "Télévision sans frontières" tombée en désuétude, l'Union européenne entend dépasser le cadre national du marché européen des médias et créer une stratégie de distribution pour l'ensemble de l'Europe. Avec quelles chances de réussite ?
Les médias européens créés par le passé et, par conséquent, à l'échelle nationale, sont ceux qui donnent encore et toujours le ton en Europe. Quand il y a une information européenne dominante, ils la fragmentent aussitôt de manière rigoureuse et nationale en 27 morceaux, et la dépouillent de sa véritable portée. Mais combien de temps ces bases nationales pourront-elles prétendre à ce rôle dirigeant ?

Voici quelques faits et quelques chiffres : le secteur audiovisuel emploie plus d'un million de personnes dans l'UE. La télévision joue un rôle majeur en Europe. Elle est la source d'informations la plus importante et c'est le média de loisirs des foyers européens : 98 pour cent d'entre eux ont un poste de télévision et l'Européen moyen la regarde près de 200 minutes par jour.
Des barrières perceptibles
Malgré tous les discours et toutes les études sur la télévision, Internet, les journaux et les diverses autres formes de communication, l'Europe semble de toute évidence ne pas savoir ce qu'elle devrait diffuser, publier et tout simplement quoi faire pendant ce temps. La plupart des chaînes publiques en Europe vivent du financement combiné de fonds de l'Etat et de revenus publicitaires. Elles se sont ainsi imposées depuis le début des années 1980 contre les offensives des groupes de médias privés. Elles pensent paradoxalement que le morcellement du marché en marchés nationaux est une garantie de leur survie et elles se servent des différences culturelles comme de barrières protectionnistes.
Elles disposent pour cela d'alliés : le réveil perceptible du chauvinisme en Europe, les dispositions anti-mondialisation et des attitudes xénophobes. Tous les médias nationaux du continent essaient de profiter de ces sentiments car ils ont remarqué que le stéréotype se vendait bien.
Créer un marché
Depuis les échecs relatifs au traité constitutionnel de 2005, l'Union européenne a reconnu que conquérir les cœurs et les esprits des européens était une question de vie ou de mort. Elle a, par la suite, décidé de passer à l'acte et d'abattre les barrières. Incroyable mais vrai – les institutions européennes se distinguent depuis par une plus grande ouverture que tous les autres acteurs médiatiques européens. Le fait est que l'Union a réalisé combien la création d'un marché paneuropéen des médias était importante.
Une télévision sans frontières ?
Le développement actuel de la directive de l'UE "Télévision sans frontières", créée il y a dix ans, est de toute évidence une tentative d'agir de manière économique et culturel contre le morcellement du marché des médias. La directive TV révisée prévoit économiquement et dans l'organisation de ce marché, la libre circulation des programmes télévisuels européens au sein de l'UE. Elle établit que les Etats membres ne doivent pas empêcher la diffusion d'émissions de télévision d'autres Etats membres. Elle fixe en même temps des quotas de production et de diffusion.
Les Etats européens doivent, en outre, veiller à ce que les diffuseurs réservent une grande partie de leur temps d'antenne à des productions et à des thèmes européens – temps d'antenne réservé qui n'inclut pas les informations, les retransmissions sportives, les jeux, la publicité ainsi que le télétexte et le téléshopping.
15 pour cent de publicité maximum
Les chaînes doivent en outre garantir au moins dix pour cent de leur temps d'antenne ou de leur budget de programmation à des œuvres européennes de producteurs indépendants. Une réglementation a également été élaborée pour la publicité. Celle-ci ne doit pas représenter plus de 15 pour cent du temps d'antenne quotidien et pas plus de 20 pour cent dans une tranche déterminée de soixante minutes. Alors que les chaînes publiques ont en moyenne réservé 63 pour cent de leur temps d'antenne à des œuvres européennes en 2004 et que la part de leurs programmes a par la même occasion plus ou moins stagné, la Commission européenne a établi en août 2006 à propos des producteurs indépendants que ceux-ci "avaient vu leur présence augmenter nettement (près de 31,5 pour cent) sur toutes les chaînes européennes pour la période de référence (2004)". Dans les années précédentes, des diminutions significatives étaient encore observées.
Des stratégies de distribution communes
L'UE a accompli un pas en avant supplémentaire avec la mise en œuvre de MEDIA 2007, le nouveau programme de soutien aux médias audiovisuels en Europe, qui réunit deux éléments des anciens programmes MEDIA Plus et MEDIA Training. Il comprend les domaines du développement, de la distribution et de la formation continue, dispose d'un budget de près de 755 millions d'euros et s'étend sur la période 2007-2013.
Il n'y a pas de doutes : l'Union européenne veut dépasser le cadre national et créer une stratégie de distribution paneuropéenne. Les distributeurs seront incités dans ce but à investir dans la coproduction, l'achat et la promotion de films européens non nationaux, et à développer pour cela des stratégies marketing coordonnées. Des dispositions permettant de favoriser l'exportation, la distribution et l'exploitation au cinéma doivent stimuler l'ensemble.
Se découvrir eux-mêmes
On peut conclure de toutes ces propositions que les institutions européennes tiennent beaucoup à créer un marché européen des médias. Elargir et établir les œuvres narratives nationales et les films est assurément un pas dans la bonne direction, mais les critiques pourraient aussi y voir un gaspillage de l'argent public par l'UE. Le financement est tout de même en partie pris en charge par les institutions européennes. Mais c'est le prix à payer pour créer un marché européen des médias. Les médias représentent finalement un marché important et on pourrait argumenter que l'UE a le devoir d'épauler des secteurs à la traîne comme celui-ci. Ce qui est sûr, c'est que le marché européen des médias nécessite de toute urgence une forte cohésion entre les pays mais également entre les chaînes publiques et privées. Il a besoin avant tout d'un groupe central de médias véritablement paneuropéens qui assument un rôle supranational en se basant sur l'Eurovision et les chaînes publiques en Europe. Dans le fond, les Européens doivent se découvrir eux-mêmes dans leurs propres films et leurs propres informations. L'Europe a par ailleurs besoin de règles de marché claires en ce qui concerne l'investissement des groupes de médias dans d'autres pays et le dépassement des barrières culturelles.
Version abrégée d'un texte extrait du deuxième rapport culturel Fortschritt Europa "l'Europe et les médias – les médias et l'Europe”, publié en juin 2008 par l'Institut pour les relations internationales et la Fondation Robert Bosch. A commander gratuitement à l'adresse www.ifa.de.

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