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Magazine / Médias / Médias en ligne / Article | 03.09.2007
C'est sur l'internet que se trouve l'avenir de l'imprimé
de Thomas Mrazek
L'offensive online présente bien des avantages pour l'usager, mais comment cette évolution se reflète-t-elle dans l'avenir des médias ? Thomas Mrazek en dresse un bilan tourné vers l'avenir.
Le rédacteur en chef du magazine en ligne « Spiegel Online », M. Mathias Müller von Blumencron, certain de l'avenir prometteur de son média, prédit avoir d'ici trois, quatre ou cinq ans plus de lecteurs pour la version du « Spiegel » en ligne que pour l'imprimé. Jusqu'à il n'y a pas longtemps les faiseurs de médias et les collègues de Blumencron auraient jugé ses prognoses vis-à-vis de la presse écrite comme étant trop pessimistes.

Foto: Stacy Braswell
D'abord « en ligne »
A présent cette opinion semble être acceptée par la branche des médias : la presse en ligne l'emporte sur l'mprimé. Et aussi paradoxe que cela puisse paraître, pour pouvoir assurer la survie de l'imprimé, celui-ci a impérativement besoin de fournir lui-même à l'offre rapide de la version en ligne le carburant, dont celle-ci a besoin pour prendre l'avant sur l'édition papier, notamment le contenu. « En ligne d'abord ! » telle est la devise. Toutes les nouvelles doivent d'abord paraître en ligne. En Allemagne, le quotidien « Die Welt » de la maison d'édition Springer est un précurseur de cette pratique. C'est paradoxalement la maison d'édition Springer, réputée pour sa position plutôt conservatrice qui annonce fin 2006 « presque une révolution » en publiant, pour ce journal, toutes les informations d'abord sur Internet. A l'étranger, seuls quelques journaux des Etats-Unis pratiquent le modèle « online first » depuis quelque temps. En Grande-Bretagne, depuis l'été dernier, le « Guardian » et le « Times » utilisent de préférence l'Internet pour publier les dépêches.
Croissance éléctronique
Les grands gagnants de cette offensive en ligne sont tout d'abord les utilisateurs de l'Internet. Ils reçoivent souvent avec quelques heures d'avance de précieuses informations sur leurs écrans gratuitement. Ne détruit-on pas ce faisant la presse journalistique imprimée de la maison d'édition Springer, par exemple ? Le rédacteur en chef de « Welt Online » et du « Welt am Sonntag », Christoph Keese, est persuadé que cela n'est pas le cas. « Les journaux et les sites internets ne se cannibalisent pas les uns les autres. Notre croissance sur Internet n'est pas en contradiction avec le succès des journaux. Nous ne faisons pas cadeau d'informations en ligne, nous les mettons à la disposition d'un public intéressé. Plus nous avons de public, plus les affaires des annonces publicitaires se développent de façon avantageuse pour nous. ».
Et le nombre d'utilisateurs sur Internet ne cesse de s'accroître. D'après « (N)Online Atlas 2007 » près de 60% de la population allemande (en nombres absolus autour de 39,2 millions d'Allemands de plus de 14 ans) utilisent l'Internet et aiment aussi y consulter les offres des journaux et périodiques classiques. Le marché de l'e-pub est lui aussi en plein essor. En 2006 la part de la publicité en ligne faisait 8,7% du marché publicitaire. En comparaison avec ce taux-là, les journaux avec 20,9% et les magazines avec 24,1% font encore assez bonne mine.
Les grands profits du marché publicitaire
Le chiffre d'affaires lié à la publicité est de l'ordre d'1,9 milliard d'euros. Ce chiffre n'augmentera pas sensiblement durant les prochaines années, étant lui-même dépendant du développement économique. Les prognoses concernant le secteur en ligne prévoit une montée en gamme de ce secteur et un déplacement croissant de la branche publicitaire vers l'édition électronique. Cependant nombreux sont ceux qui cherchent à s'attirer les milliards d'euros provenant du secteur publicitaire. Google fait partie des intéressés. Pour l'année 2006, ce moteur de recherche enregistait, en Allemagne, avec la publicité en ligne un chiffre d'affaires de 750 millions d'euros : « Cela dépasse l'ensemble du chiffre d'affaires concernant les annonces publicitaires dans la presse interrégionale de qualité en Allemagne. » affirme Robin Meyer-Lucht, un expert de la communication berlinois.
Garantir les profits
Pour les maisons d'édition, il s'agit, à présent, en première ligne, de pouvoir s'assurer des bénéfices sur Internet. Ainsi les quotidiens allemands de proue, en ligne, tels que la Sueddeutsche.de augmente leur capacité depuis début 2007 : « nous avons reconnu que nous avons été peut-être trop hésitants ces dernières années » remarque le rédacteur en chef de la Sueddeutsche.de Hans-Jürgen Jakobs. « Nous avons observé que chez la concurrence les investitions mènent bon train et que l'édition en ligne et l'imprimé vont de pair. Et d'autre part nous avons constaté que les prognoses pour le marché de l'e-pub étaient très bonnes. ». Les munichois1 ont non seulement doublé leurs effectifs en matière de rédacteurs au nombre de 25, mais ils ont aussi remodelé leur site internet.
Journalisme de qualité
La stratégie utilisée sur la Toile prend sa base sur d'anciennes valeurs, comme l'explique Jacobs : « Notre découverte principale est que la meilleure façon d'exploiter ce potentiel sur Internet est de travailler sur la qualité, avec un journalisme de qualité qui correspond à celle du journal sur papier. ». Entretemps des douzaines de maisons d'édition réagissent plus ou moins de la même façon que l'éditeur « Sueddeutscher Verlag ». Ils ont reconnu les dangers de l'internet, comme par exemple ceux liés au marché des annonces publicitaires, et voulant par la même occasion utiliser les nouvelles possibilités que leur offre ce nouveau média ils investissent embauchant du personnel et créant des sites. Le grand éditeur Dirk Ippen décrit la situation ambivalente dans laquelle se retrouvent les gens du métier en ces termes : « L'Internet est un tueur en série et il est les deux à la fois pour tous les mass media : un danger et une chance inouïe, la plus grande révolution des médias depuis Gutenberg, il y a 550 ans. ». En route pour l'Internet est la devise d'Ippen : « Notre unique chance est, finalement, d'étendre notre rayon d'action et de publier nos bons contenus, aussi bien du point de vue texte que du point de vue publicité par voie électronique ».
Public exigeant
Toutefois ces prises de concience sont, à elles seules, insuffisantes. Pour réussir sur la Toile, les journalistes doivent se plier aux règles du jeu qui y sont en vigueur. Non seulement l'espace de publication y est infiniment vaste et une grande combinaison de divers types de textes, d'hypertextes, de vidéos ou d'offres multimédia y est possible, mais aussi le bouclage d'un journal ou les temps d'antenne n'y jouent plus aucun rôle. La publication transversale des différents médias (production simultanée de contenu médiatique adaptée à différents types de médias.) doit être apprise. Cependant de nombreuses maisons d'édition commencent à peine maintenant à s'intéresser de façon sérieuse et avec engagement à ce nouveau type de publication. Le public n'est, lui non plus, plus aussi facile à satisfaire que le public de l'édition papier. Il est entre autre plus gâté. Il attend la publication immédiate des évènements et ceci bien ordonné, trié. Il s'attend à une certaine utilité des contenus et se montre souvent pointilleux. Beaucoup d'usagers partent du principe : « Si tu ne me fournis pas l'information que je cherche, je me la procure ailleurs. ». Google leur permet cette attitude. Si quelque chose ne fonctionne pas comme elle devrait, les plaintes par courriel pleuvent en quelques minutes à peine sur les forums ou les blogs. De nombreux lecteurs sont devenus des utilisateurs actifs de la Toile, capables de rechercher et de publier sur Internet.
Petites truanderies
Il y a malheureusement toujours des raisons de se plaindre du travail journalistique sur la Toile. La pression du temps et de la concurrence rendent difficile le maintien des qualités journalistiques standard. C'est pour cette raison que le journal électronique jouit encore de peu de prestige auprès des journalistes. Les prédicateurs du journalisme de qualité apportent souvent délibérément leur contribution au maintien de cette mauvaise renommée. Les auteurs de l'étude « Klicks, Quoten, Reizwörter : Nachrichten-Sites im Internet » («cliques, quotas, provocations : sites infos sur Internet ») de la fondation Friedrich-Ebert ont constaté : « Sur les sites des maisons d'édition, très peu de cliques se rapportent au contenu rédactionnel. Pas même un cinquième des réactions des utilisateurs sur la plupart des portails y compris ceux de journaux ne concernent les textes rédactionnels originaux. La plupart des cliques de souris, dont la statistique tient compte, visent l'utilisation de galeries d'images, l'accès à des dépots de titres, le service rencontre, le cours de la bourse ou encore les offres d'emploi.
Les auteurs Steffen Range et Roland Schweins désignent ce comportement de « petites truanderies » (« Taschenspielertricks »). Peu prometteur pour un imprimé qui désire s'établir sur la Toile. Ce qui serait cependant plus nécessaire que jamais, car les gens qui croient encore aux propos de certains éditeurs qui se veulent encourageants, tels que « l'imprimé ne périra pas!» sont de moins en moins nombreux. De plus suivant le cours naturel des choses ce sont surtout les « jeunes gens » qui montrent la voie vers l'avenir. Et l'imprimé leur est pour le moins indifférent. D'après l'étude JIM1 de l'association de recherche pour les médias pédagogiques dans le sud-ouest de l'Allemagne, à peine 2% des jeunes entre 12 et 19 ans ne voudraient pas avoir à se passer de journaux, et 4% n'aimeraient pas se priver de périodiques, contre 19% pour la Toile et même 24% pour l'ordinateur. Ce qui témoigne d'une assez grande attache pour ces derniers médias. L'avenir de l'imprimé se fera donc en ligne.

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Traduction
Maria Mendes
Langue originale Allemand
© Bundeszentrale für politische Bildung
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