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Magazine / Politique / Les lois anti-terroriste / Débats | 27.07.2007
Ensemble contre la peur
de Tanja Gabler
Fin juin 2007, des policiers et quelques citoyens attentifs ont déjoué des attentats terroristes à Londres et à Glasgow. Cela a suscité un nouveau débat sur les mesures appropriées pour combattre le terrorisme. Comment l'Europe peut-elle faire face à la menace terroriste tout en restant fidèle à ses valeurs fondamentales ?
Depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux USA, le débat fait rage en Europe sur les mesures antiterroristes efficaces à adopter. Actuellement ce sont surtout l'Allemagne et la Grande-Bretagne qui envisagent un renforcement important de leur législation. Par contre en Espagne, la discussion porte avant tout sur la possibilité d'une alliance des civilisations.

Photo:AP
Grande-Bretagne : vidéosurveillance et Conseil antiterroriste
Depuis le choc causé par les attentats terroristes dans des trains et un bus à Londres en juillet 2005, le gouvernement anglais a renforcé les lois sécuritaires en Grande-Bretagne. Outre la vidéosurveillance des lieux publics, ces nouvelles mesures comprennent le projet d'introduire des papiers d'identité porteurs d'informations biométriques, l'idée d'une base nationale de données ADN et la possibilité de placer en détention des terroristes présumés sans mandat d'arrêt.
"Nous sommes la société la plus espionnée d'Europe, avec plus de caméras de vidéosurveillance que tout le continent réuni" critiquait le Daily Telegraph du 2 novembre 2006.
Selon certains commentateurs, c'est grâce aux nouvelles lois antiterroristes qu'on a pu éviter en juin 2007 les attentats terroristes de Londres et Glasgow, et arrêter les auteurs présumés : "Les caméras vidéos massivement utilisées dans les lieux publics de Londres sont un outil fantastique pour les enquêtes. Elles permettent de rembobiner le temps et de faire apparaître à la lumière l'ennemi caché." écrivait la journaliste danoise Berlingske Tidende le 3 juillet 2007.
La presse britannique a constaté un changement dans les réactions politiques face à la menace terroriste. Alors que Tony Blair parlait constamment de "guerre contre le terrorisme", son successeur Gordon Brown emploie le terme d'actes criminels, constate le Financial Times du 6 juillet. Martin Kettle fait remarquer dans le Guardian du 7 juillet 2007 que seul le vocabulaire a changé et non la position du gouvernement. "Les tentatives d'attentats à la voiture piégée ont donné au Premier ministre l'occasion parfaite de se présenter comme le chef de la nation qu'il voudrait bien être."
Brown a annoncé la création d'un Conseil national de la sécurité voué au thème du terrorisme et placé sous sa propre direction. Il a appelé en outre à l'installation d'une base mondiale de données sur les personnes suspectées de terrorisme.
Espagne : un débat de civilisation
L'Espagne connaît la menace terroriste surtout en rapport avec l'organisation séparatiste basque Eta. Lors des attentats à la bombe commis dans des trains madrilènes en mars 2004, on évoqua d'abord la responsabilité de l'Eta. Ce n'est que plus tard que la culpabilité de terroristes islamistes fut mise en évidence.
En Espagne, le débat sur la sécurité s'est accompagné d'une réflexion sur l'intégration des musulmans dans le pays. Comment des cellules terroristes avaient-elles pu se former dans les communautés musulmanes d'Espagne dans la discrétion la plus totale ? Avait-on fait des erreurs dans l'intégration des immigrés musulmans ?
Ce débat s'est accompagné de réactions parfois violentes. En août 2006, à Malaga, on a interdit l'accès d'un avion à deux hommes pris pour des Pakistanais, les autres passagers ayant eu peur d'un attentat terroriste. D'après El País du 23 août 2006, l'islamophobie aurait augmenté. "Le terrorisme en est en grande partie responsable, mais même s'il n'existait pas, il y aurait également des manifestations de discrimination. Beaucoup de citoyens sont devenus soupçonneux. Ils se transforment en juges très expéditifs et condamnent sans raison d'autres personnes en fonction de leurs traits physiques et de leur tenue. Il est regrettable que nous, les gens ordinaires, cédions à la panique et allions plus loin que nos autorités en matière de mesures de sécurité."
José Luis Zapatero, le président du gouvernement espagnol, a répondu à ce débat en proposant, comme pendant au célèbre "choc des civilisations", de former une "alliance des civilisations" dans laquelle les pays occidentaux travailleraient en commun avec les pays musulmans pour combattre l'extrémisme.
La politologue espagnole Edurne Uriarte a critiqué le 16 novembre 2006 dans ABC l'idée d'une "alliance des civilisations" au regard de la menace islamiste : "On ne sait pas qui en est véritablement responsable, l'injustice mondiale ou les terroristes." Dans le même journal, le 13 avril 2007, Rafael Bardají reproche au gouvernement : "L'Espagne est un pays vulnérable. D'une part car elle reste dans la ligne de mire du djihadisme international, et d'autre part car le gouvernement ne s'est pas assez préparé pour faire face à cette menace permanente et n'a pas éduqué la population pour lui résister."
Allemagne : une prévention offensive
A la différence du Royaume-Uni et de l'Espagne, il n'y a pas encore eu d'attentats terroristes graves en Allemagne. Deux tentatives d'attentat à la valise piégée dans des trains régionaux ont été déjouées en 2006. Mais les services de sécurité sonnent l'alarme, l'Allemagne aussi est une cible potentielle. Il en est résulté un débat sur des mesures antiterroristes ressemblant à celui qui a eu lieu en Grande-Bretagne. En 2001, le gouvernement "rouge-vert" de l'époque a adopté deux trains de lois antiterroristes. La direction générale de la police judiciaire et la direction de la sécurité du territoire bénéficièrent alors de pouvoirs renforcé
En outre, on a posé les premiers jalons pour introduire des critères d'identification informatique dans les papiers d'identité, et on a durci la réglementation concernant l'entrée et le séjour des étrangers.
Dans le Berliner Zeitung du 24 août 2006, Andreas Förster s'est montré critique : "Dans la campagne sécuritaire menée actuellement par l'Allemagne, la finalité des propositions isolées est secondaire. Il s'agit avant tout de faire croire à l'opinion publique qu'une surveillance accrue garantit une meilleure protection contre le terrorisme et la criminalité. Une fois que ce raisonnement sera bien ancré dans les esprits, les lois sécuritaires pourront passer plus facilement le filtre du Parlement."
Lorsqu'on arrêta un suspect après les tentatives d'attentats à la valise piégée d'août 2006 en Allemagne, Stefan Reinecke, dans le quotidien de gauche die tageszeitung (taz), attira l'attention sur le succès des recherches : "Personne ne sait quel aurait été l'impact de ces attentats sur le climat du pays. C'est pourquoi il nous faut, d'abord et avant tout, remercier la police. Certains libéraux de gauche verront peut-être quelque avantage à la vidéosurveillance." Peter Carsten suit cette argumentation le 4 juillet 2007 lorsqu'il constate dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung que les lois sécuritaires ne sont pas toutes à rejeter et lorsqu'il conclut : "Ne pas se faire assassiner par un terroriste fait aussi partie des droits du citoyen."
Le ministre de l'Intérieur, Wolfgang Schäuble, a relancé le débat en juin 2007 en présentant de nouvelles exigences : vidéosurveillance étendue, espionnage des ordinateurs privés par Internet, élargissement des pouvoirs de la police, interventions militaires dans le pays même. Les partisans de l'espionnage informatique avancent l'argument que les terroristes utilisent Internet pour planifier leurs attentats. Les adversaires insistent sur le fait qu'il s'agirait d'une atteinte à l'autodétermination en matière d'information.
Christoph Seils constatait dans le Zeit du 20 avril 2007 un décalage du débat, "loin de la prévention concrète des attentats, vers un Etat sécuritaire de prévention, où le citoyen ne jouit plus du droit d'être laissé en paix, et où tout le monde peut être suspecté de terrorisme."
Europe : Convention pour la prévention du terrorisme
"Personne ne peut se sentir à l'abri des fanatiques ou regarder dans une autre direction car la menace est globale, son objectif étant les sociétés ouvertes, laïques, occidentales, démocratiques. Celles qui incarnent les valeurs que les inspirateurs du djihad détestent et veulent éliminer." constatait le journal espagnol Sur le 24 août 2006. Le journal exprimait ainsi le problème d'une lutte nationale contre le terrorisme. Les terroristes islamiques agissent par-dessus les frontières, c'est pourquoi les voix se multiplient pour réclamer un travail en commun international renforcé.
Les pays de l'Union européenne se sont mis d'accord en 2005 pour la création d'une convention pour la prévention du terrorisme, entrée en vigueur en juin 2007. C'est le premier accord international qui traite comme actes criminels diverses activités pouvant conduire à des attentats terroristes. Parmi celles-ci par exemple, l'incitation au terrorisme, le recrutement et la formation de terroristes. Les Etats membres n'ont pas pu jusqu'à maintenant se mettre d'accord sur un vaste échange de données et sur un élargissement du mandat d'arrêt européen.
"Dans les aéroports, les voyageurs commencent probablement à comprendre que les mesures de sécurité ne sont pas exagérées. Mais les Etats européens comprennent-ils à quel point il est urgent de collaborer ?" demande Adam Černý dans le journal tchèque Hospodarské Noviny du 3 juillet 2007. "Les Européens apprécient la liberté procurée par l'ouverture des frontières, mais ils ne sont pas en mesure de la préserver ensemble."
Les organisations de défense des droits de l'homme voient cette convention d'un œil critique. Selon la NGO Privacy International, les mesures antiterroristes européennes auraient été décidées sans débat public alors que dans leurs effets elles dépassent de loin ce qu'exige la situation actuelle : une fois ces mesures approuvées, les données récoltées pourraient aussi servir à d'autres fins.
Les "armes" de la société libre
L'Etat de droit risque-t-il de trop limiter la liberté individuelle ? C'est le danger que voit Simon Carr : "Ces djihadistes ne menacent pas nos valeurs. Nos vies sans doute, mais pas nos valeurs" Les mesures antiterroristes sont encore plus dangereuses que le terrorisme lui-même, écrit-il dans The Independent du 14 août 2006 : "Les gens qui menacent nos valeurs sont nos dirigeants. Ils ont créé un sentiment de panique afin de promouvoir des idées aussi peu britanniques que la détention préventive de trois mois sans accusation et l'invasion de pays étrangers pour changer leurs systèmes de valeurs."
C'est l'attitude de chacun face au terrorisme qui fait la différence, affirme le politologue allemand Herfried Münkler dans le Süddeutsche Zeitung du 27 juin 2006 : "La meilleure réponse aux attaques terroristes est donc de ne pas céder à la peur : si vous restez calmes après un attentat, si vous faites comme s'il ne s'était rien passé, les terroristes auront manqué leur objectif."
Tanja Gabler a étudié les sciences de la communication, l'ethnologie et le théâtre. Elle a travaillé en tant que rédactrice politique et économique. Elle écrit ...
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Traduction
Lydia Beutin
Langue originale Allemand
© Bundeszentrale für politische Bildung
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